Jusqu’au 29 septembre 2026, l’artiste ukrainienne Kateryna Svirgunenko présente son art avec l’exposition « Memoriam », au Pavillon Charles X de Saint-Cyr-sur-Loire, en collaboration avec le photographe Olivier Thillaye. Vivant en alternance à Tours et à Kyiv, capitale ukrainienne, la plasticienne nous raconte, grâce à ses œuvres, sa perception de la guerre que subit son pays depuis l’invasion de la Crimée par la Russie en 2014.
Pouvez-vous nous raconter d’où vient votre vocation artistique ? Comment l’art est-il arrivé dans votre vie ?
Ça a commencé très tôt. Je pense que je suis née artiste. Mon père était artiste lui-même et mon enfance était pleine d’art partout. Je n’ai jamais vraiment imaginé d’autres métiers. J’ai commencé à dessiner quand j’étais très petite parce que j’étais entourée de livres d’art, de matières et des dessins de mon père. Il est décédé quand j’avais 6 ou 7 ans et cela n’a pas été évident mais j’ai tout de même continué à dessiner et à apprendre.
Votre travail artistique est très porté sur le figuratif. Qu’est-ce qui vous a amenée dans cette direction-là ?
Je ne sais pas si je suis d’accord avec le terme de “figuratif”. Ça en a peut-être l’air quand on regarde mes gravures basées sur des photos. Mais, mes dessins, je ne les trouve pas du tout figuratifs. Je pense plutôt que c’est très abstrait.
C’est toujours très lié à mes expériences et à mes mémoires. C’est très personnel.
Les œuvres que vous présentez ici à Saint-Cyr-sur-Loire correspondent à une période qui va de 2014 à 2026. 2014 étant l’année à partir de laquelle il a commencé à avoir des conflits sur le territoire, notamment quand la Russie a envahi la Crimée. En quoi ces conflits armés qui touchent votre pays d’origine ont-ils influencé votre travail ?
Il faut savoir que ça a été progressif pour nous. Dans le sens où, au début, on ne se sentait pas physiquement impliqué dans la guerre étant donné que la capitale n’avait pas été touchée. On a continué à vivre notre vie. Mais au fur et à mesure de ces agressions par l’Est, c’est devenu de plus en plus grave et violent.
D’ailleurs, je ne suis pas d’accord avec l’utilisation du terme “conflit”. Quand quelqu’un vient pour vous tuer, on ne parle pas de conflit, on parle d’une attaque directe. En Ukraine, c’est pareil.
Pour ce qui est de mes œuvres, je pense qu’il faut surtout poser la question aux personnes qui viennent les regarder. Mais, de mon côté, je parle avec mes œuvres, je parle avec la langue visuelle en les remplissant de mes histoires personnelles qui se transforment dans le processus de réalisation.
Vous avez choisi de quitter Kyiv au début de la guerre pour venir vous installer ici en Touraine. Mais vous y retournez régulièrement. Comment vivez-vous cet éloignement avec votre pays ?
Il faut savoir que quand la guerre a commencé, j’étais partie pour 10 jours en vacances hors de l’Ukraine. Par conséquent, je n’ai pas fui, le fait est que je ne pouvais pas rentrer. Mais, aujourd’hui, je sais que je ne suis jamais loin de mon pays. Je suis toujours avec mes “gens”, mon histoire.

Nous parviennent des informations d’Ukraine par les médias, par les réseaux sociaux. Mais vous, qu’est-ce que vous auriez envie de nous dire de l’Ukraine que vous connaissez aujourd’hui ?
J’espère que les Européens, les Français comprennent que ce qui se déroule en ce moment en Ukraine, c’est aussi une guerre culturelle, pas uniquement une guerre de territoire ou d’argent. On défend aujourd’hui notre culture, notre identité, notre droit de continuer à vivre comme on le veut.
Continuez-vous à créer et à exposer en Ukraine ?
Oui, bien sûr. J’ai fait récemment une exposition en solo en 2025 au centre de Kyiv, à la Galerie triptyque. J’en ai fait aussi une en 2024 avec d’autres artistes ukrainiens. Et ça prouve que la vie culturelle continue en Ukraine. Il y a encore beaucoup de magnifiques expositions, c’est très dynamique.
Vous multipliez aussi les expositions ici en Touraine. Comment ressentez-vous l’accueil qui a été fait à votre art et à votre travail ici ?
Ce n’est pas facile. Je ne suis pas la même artiste qu’en Ukraine. Je suis en quelque sorte inconnue ici, en Touraine. Mais, être ici me permet de découvrir une toute nouvelle scène artistique.








