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[HistLoire] Le Champ de Mars et le quartier Lasalle à Tours

HistLoire, c’est une chronique régulière sur 37° où nous vous proposerons un petit focus sur un pan d’histoire tourangelle. Ce mois-ci, découvrez l’histoire du Champ de Mars et du quartier Lasalle à Tours.

Tours fut longtemps une ville de casernes. Un temps aujourd’hui révolu comme en témoigne les fermetures des casernes Beaumont-Chauveau en 2009. Pourtant, après la première guerre mondiale, la ville accueillait 7000 militaires, soit 10% de sa population de l’époque.

En effet, avant les casernes que l’on connait aujourd’hui, Tours possédait d’autres quartiers militaires : La caserne Marescot, devenue aujourd’hui collège des Recollets (rue Georges Delperier), la caserne du général Meunier au sein du château de Tours et le quartier Lasalle avec le champ de Mars voisin.

Ces derniers lieux sont de loin les plus intéressants. Avec huit hectares de terrains, leur emprise foncière était importante comme le montre le plan ci-dessous (en haut à gauche) :

 Tours plan bid 1898

Cet emplacement correspond aujourd’hui approximativement à la zone suivante : En bleu, le champ de Mars. En rouge, le quartier Lasalle.

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 Le quartier Lasalle :

Les casernes du quartier Lasalle, ont été ouvertes au XIXe siècle pour le régiment de cavalerie jusque-là installé dans la caserne du général Meunier (cette dernière étant alors investie par un régiment d’infanterie). Les casernes du quartier Lasalle apportaient plus d’espace pour ce régiment, le champ de Mars offrant un terrain de manœuvres idéal.

La construction du quartier Lasalle débuta en 1843, sous la mandature du maire Auguste-Eugène-Marie-Antoine Walwein (maire de1835 à 1847). Cette construction fut financée conjointement par la ville et l’Etat et confiée au Génie, l’objectif étant de créer une caserne modèle.

RAA 501 FT17Collection Particulière

En 1918, le quartier Lasalle change de locataire. En effet, à cette date s’y installe un régiment d’Artillerie d’Assaut qui devient en 1920, le 501° Régiment de Chars de Combat. La présence du Champ de Mars n’est pas étrangère à cette installation, ce dernier permettant d’avoir un terrain pour les chars.

Lors de la Seconde Guerre Mondiale, comme toutes les installations militaires, le quartier Lasalle est réquisitionné par les services allemands. Il sert de lieu d’incarcérations (internements de personnes juives, emprisonnement de détenus). A la Libération, des sinistrés des bombardements y sont hébergés.

L’après-guerre, à Tours est l’occasion de repenser la trame urbaine. Après d’âpres négociations, l’armée accepte de libérer certaines de ses casernes : La caserne Marescot disparait ainsi que le quartier Lasalle. Le déclassement de ce dernier est officialisé en 1950. Cette décision n’est alors que l’aboutissement de ce qui se passait déjà sur le terrain. En effet, depuis 1945, la partie Est du quartier était occupé par le centre d’apprentissage Charles Péguy (actuel Lycée Bayet). Le lycée occupera les anciens locaux militaires jusqu’en 1960, date de construction de bâtiments plus modernes. Ce déclassement des quartiers militaires, permet de construire sur sa partie ouest, la nouvelle usine Mame qui s’installe sur trois hectares.

Le Champ de Mars :

Le Champ de Mars était donc le terrain de manœuvres des militaires. Auparavant, ce lieu était lors de la Révolution, l’endroit où l’on procédait aux exécutions à Tours. Il s’appelait alors la place du Serment Civique.

tours-champ-de-mars-terrain-de-manoeuvreCollection Particulière

Ce terrain était le lieu de contact entre la population tourangelle et les militaires. En effet, outres ses fonctions militaires, le Champ de Mars était le lieu de diverses activités comme le marché aux bestiaux, qui s’y tenait chaque semaine. La mairie l’utilisa pour des festivités également. C’est à cet endroit que le cirque Barnum et l’éléphant Fritz furent en représentation les 10 et 11 juin 1902, avant que ce dernier ne soit tué car devenu incontrôlable. C’est également sur le Champ de Mars que Buffalo Bill et sa troupe tinrent deux représentations pour les tourangeaux dans le cadre de leur tournée européenne en 1905.

Après la seconde guerre mondiale, la mairie envisagea un temps d’ériger sur le Champ de Mars un complexe sportif. Ce projet fut avorté face à la pénurie de logements dans la ville. En 1950, fut décidé de construire une centaine de logements sociaux.

Les traces du quartier Lasalle et du Champ de Mars aujourd’hui :

De nos jours, il ne reste pas grand-chose de cette époque militaire. Seule la toponymie des rues rappelle aujourd’hui la présence de l’armée dans ce quartier : Rue du commandant Bourgoin, Allée du général Verneau, rue du 501e régiment de chars de combat…

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Immeubles du Champ de Mars (c) DR

Le souvenir du Champ de Mars perdure également avec la rue éponyme, connue pour abriter l’ancienne maison close l’Etoile Bleue, aujourd’hui siège de la Jeune Chambre Economique de Tours. L’histoire du nom de cette rue constitue d’ailleurs une anecdote amusante. En effet, cette rue s’appelait initialement rue des prêtres. Mais face aux activités de débauche se tenant dans cette rue, son nom était mal approprié. Une demande des habitants fut formulée pour changer son nom. Elle prit alors le nom de rue du Champ de Mars car elle menait à cet endroit.

La topographie garde également la trace du Champ de Mars. En effet, la trame urbaine conserve une forme triangulaire (composée par le boulevard Preuilly, l’avenue Proudhon et la rue du docteur Chaumier), héritière des installations du Champ de Mars et du quartier Lasalle.

Un degré en plus :

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