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« Gilets Jaunes » : pourquoi ils sont (re)venus manifester à Tours le 8 décembre

La Préfecture d’Indre-et-Loire annonçait samedi soir que 1 800 personnes avaient participé à l’Acte IV de la mobilisation des « Gilets Jaunes » à Tours. Certaines sources affirment même que près de 5 000 personnes sont descendues dans la rue. Une certitude en tout cas : il y avait plus de monde que le 1er décembre. Malgré les annonces d’Édouard Philippe présentées comme un geste en réponse au mouvement et malgré les incidents marquants de la Place Jean Jaurès 7 jours plus tôt. C’est donc une foule déterminée à ne rien lâcher et à porter ses revendications le plus fort possible qui a marché dans le centre-ville. Nous avons pris le temps de la discussion en leur compagnie pour comprendre ce qui les motivait.

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Un groupe de jeunes amis croisé Rue des Tanneurs :

« Édouard Philippe a essayé de contourner le mouvement. Ses annonces sur la suspension de la taxe carbone c’est juste pour essayer de ralentir la mobilisation. Pendant ce temps Emmanuel Macron n’est pas présent auprès des citoyens. On voudrait qu’il réagisse, qu’il donne des preuves qu’il nous a entendus. Aujourd’hui nous avons le sentiment de payer H24, qu’il veut rembourser la dette de la France en une fois. »

« J’ai 20 ans et je suis au SMIC. La hausse annoncée de 58€ ça ne représente rien pour moi. Je vis encore chez mes parents et nous sommes trois, des triplés. Ce quotidien-là Emmanuel Macron ne peut pas le comprendre. Il a été banquier et il ne sait pas ce que c’est de vivre avec le salaire moyen. C’est pour cela que je suis revenu aujourd’hui alors que j’ai eu trois côtes fêlées la semaine dernière après des violences policières. Pourtant j’étais seulement en train de ramasser mon téléphone tombé par terre. »


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Philippe, 64 ans, de Nazelles-Négron, rencontré Rue de la Victoire :

« Je suis venu pour défendre l’avenir de mes enfants et de mes petits enfants et c’est le 4ème rassemblement que je fais depuis le 17 novembre. Ce mouvement c’est celui du peuple qui s’exprime. Droite ou gauche on s’en fout et ça m’a apporté un peu d’oxygène de croiser tous ces gens. Je suis à la retraite depuis 4 ans et je touche 1 150€ par mois. Quand j’ai quitté mon entreprise dans le milieu de la maroquinerie, j’ai eu une prime de départ de 8 000€, on m’en a pris 2 000. Aujourd’hui joindre les deux bouts ce n’est pas toujours facile. On calcule, on jongle avec les imprévus. Il y a un ras le bol de tout le monde après 35-40 ans de mauvaises politiques. Emmanuel Macron n’est pas le seul responsable mais là c’est trop tard, il est hors sujet. On nous dit qu’il faut faire des économies mais qu’ils commencent par eux : la vaisselle de l’Élysée, je ne vois pas pourquoi il fallait la changer. Et les sommes que touchent nos dirigeants ne sont pas forcément justifiées (dans son dos, Philippe arbore un slogan qui montre l’écart entre le salaire d’Emmanuel Macron et sa retraite, ndlr). »


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Gaëlle, 32 ans, de Tours, vue aux Halles :

« Sur ma pancarte il y a un côté qui évoque la division par deux du prix du permis de chasse et de l’autre côté le fait que le gouvernement autorise Total à importer 300 000 tonnes d’huile de palme par an. Pour moi les questions de justice sociale et d’environnement sont liées. C’est pour ça que je suis venue aujourd’hui avec mon gilet jaune et ces slogans le jour de la Marche pour le Climat. Je fais deux manifestations en une. L’État nous demande beaucoup d’efforts mais ne montre pas l’exemple, j’aurais d’ailleurs voulu écrire encore plus de choses sur mes cartons. Je suis végétarienne et pour moi, au lieu de taxer l’essence, on pourrait taxer la viande. L’essence certaines personnes qui vont travailler ne peuvent pas s’en passer mais pour la viande on peut changer sa manière de consommer, réduire les quantités. Et puis il y a une chose que je ne comprends pas : si l’on touche le SMIC on a le droit à la prime d’activité… Cela veut bien dire que ce salaire n’est pas suffisant ! »


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Émeline, infirmière au CHU, rencontrée Boulevard Béranger :

« Je viens pour la première fois, parce que je travaillais les autres samedis. Là j’étais du matin, et je suis arrivée juste après mon service à l’hôpital. Financièrement ma vie est compliquée, je gagne 1 300€ après 17 ans de carrière. Chaque jour je fais 80km pour aller travailler, je chauffe ma maison au fuel, mon mari est artisan et j’ai 4 enfants dont deux jumeaux handicapés de 7 ans et demi. Seul un des deux peut aller à l’école parce qu’il n’y a pas assez de places. Emmanuel Macron ne respecte pas ses promesses en termes de handicap. »


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Sylvie, de Montbazon, employée dans la grande distribution et vue près de la Cathédrale :

« C’est super de voir que l’on est nombreux aujourd’hui, de montrer qu’il a plus de pacifistes et ne pas laisser le champ libre à ceux qui cassent. C’est ma première manifestation avec les Gilets Jaunes, et je suis venue après la Marche pour le Climat. Je suis un peu ‘bi’ aujourd’hui. Je plaide pour une économie qui va vers l’écologie, et pour une éducation à l’écologie. Mais je pense aussi qu’Emmanuel Macron doit rétablir l’Impôt sur la Fortune. Moi, je ne suis pas une grande consommatrice, je fais attention. Mais d’une manière générale il faut arrêter de ponctionner les pauvres. Et les classes moyennes ne sont pas riches. C’est ce que je suis venue dire aujourd’hui : Emmanuel Macron se réunit essentiellement avec des riches, dans des colloques, avec un réseau de relations constantes. Mais qu’est-ce qu’il connait de la base ? Il est loin des réalités. On donne aux gens l’idée qu’ils peuvent s’en sortir mais en fait non. En quelque sorte il y a un système de castes, comme en Inde. »


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David, 43 ans, d’Ambillou, en Père Noël sur les marches de l’Hôtel de Ville :

« C’est mon 3ème samedi de manifestation. On veut montrer notre détermination au gouvernement et dire que l’on souhaite un droit de vote plus direct, que toutes les décisions passent par référendum. Aujourd’hui, une fois dans leur siège doré, les députés ne représentent pas forcément nos idées. Ils font ce qu’ils ont envie et ce qui les arrange. Pour mettre en place ce système, on pourrait facilement organiser des votes par Internet. Les assemblées de Gilets Jaunes parlent de plus en plus de cette citoyenneté directe. Les gens ne croient plus à cette Vème République.

Mon costume, c’est pour montrer mon pacifisme. Je regrette qu’il ait fallu tous ces dégâts sur Paris pour être entendus. Mais cette semaine le 1er ministre a simplement beurré le moule : reporter la taxe carbone et la hausse de l’électricité, ça me fera économiser 100€ en 2019 mais ce n’est pas uniquement ce qui nous intéresse. Par exemple pourquoi ne pas rendre les autoroutes gratuites alors qu’il est prouvé que c’est là qu’il y a le moins de morts ? Aujourd’hui mes moyens ne me le permettent pas quand je pars en vacances. Une amie monte souvent sur Orléans, un coup sur 2, malgré la fatigue, elle ne prend pas l’autoroute car elle ne peut pas payer 24€ de péage. Pour redonner du pouvoir d’achat, on pourrait aussi inciter à acheter français avec des produits détaxés. »


Photos : Delphine Nivelet et Pascal Montagne

A voir également notre diaporama sonore : « A l’écoute de… la manifestation des Gilets jaunes ».

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