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Festival du Cirque : les militants animalistes font entendre leur voix

« Je ne m’attendais pas quand on a lancé le festival du cirque à ce qu’il y ait une polémique sur les animaux ». A quelques jours de l’ouverture de la 1ere édition du festival international du cirque organisé par Tours Métropole, si Philippe Briand espère que le chapiteau installé à la Gloriette fera le plein (17 000 spectateurs sont espérés au long des 3 jours de représentations), le président de la Métropole ne cache pas son étonnement face à la gronde montante contre la présence de numéros avec animaux dans la programmation du festival de cirque.

(c) Collectif contre le festival du cirque

Il faut dire que depuis plusieurs mois, des militants ont mené une campagne de sensibilisation efficace  contre la 1ere édition du festival. Regroupés en collectif, ces militants n’ont pas ménagé leurs efforts pour interpeller les élus de la Métropole mais aussi sensibiliser la population à leur cause. Avec comme slogan principal « les animaux ne sont pas des clowns », le « collectif contre le Festival du Cirque » a cherché à être visible dans la rue, dans les médias ou sur les réseaux sociaux avec une certaine réussite. Sous leur pression, Tours Métropole a notamment adopté une charte de bien-être pour les animaux avec visites imposées de vétérinaires indépendants. Ils ont été par ailleurs reçus cet été par Cédric de Oliveira, vice-président de Tours Métropole aux équipements culturels et responsable du dossier du festival du cirque.

Insuffisant néanmoins pour Emilien Cousin, un des porte-paroles du collectif. « On n’a pas l’impression d’avoir été entendu. On a été reçu par Monsieur de Oliveira mais qui a dit non à nos demandes. On a bien eu un courrier comme quoi on pourrait assister aux visites médicales, mais pour l’heure nous n’avons pas reçu les modalités de ces visites et ne savons pas si c’est toujours le cas ».

Numéro d’éléphants au cirque Bouglione lors de sa venue à Tours. Les militants animalistes avaient alors manifesté contre sa présence. 
(c) Loïc Bousquet pour Photours

Malgré tout, les militants ont trouvé des relais parfois inattendus explique notre interlocuteur. « Le fait que des vétérinaires de l’agglomération prennent position avec nous, c’était une bonne surprise. Nous ne leur avions rien demandé.  » Un soutien de poids même si quelques jours plus tard d’autres vétérinaires sont venus au secours de cette pratique du cirque dans un autre communiqué.

Un exemple qui témoigne de la lutte en terme de communication. Et à ce jeu, on peut dire que les militants animalistes ont souvent un coup d’avance. Entre vidéos chocs sur des dresseurs d’éléphants maltraitant les animaux (sans que ces derniers soient réellement identifiables) ou opérations plus légères sur les réseaux sociaux comme l’appel à « noyer de messages la page facebook officielle du festival », les moyens d’actions ont été démultipliés pour toucher un maximum de monde, avec une certaine efficacité.

Le mouvement antispécisme, un mouvement en hausse.

Derrière cette question de la présence des animaux dans les cirques, on retrouve une philosophie et un combat plus large, celui de la cause animaliste. Ce mouvement appelé antispécisme, porte comme valeur première de refuser de considérer l’être humain comme supérieur aux animaux, mais aussi condamne toute attitude de discrimination envers un animal et rejette l’idée de catégorisation des animaux (animaux de boucherie, de compagnie, de loisirs…).

Nés dans les années 1970 par l’intermédiaire d’un psychologue britannique Richard Ryder, les termes spécismes et antispécismes ont été dans un premier temps popularisés par un philosophe australien Peter Singer dans son livre La Libération animale en 1975, avant de connaître un regain d’intérêt au début du XXIe siècle par l’intermédiaire de l’essor du végétarisme et véganisme et plus particulièrement à travers des campagnes de collectifs et d’associations. La plus célèbre en France étant L214, qui s’est fait connaître notamment par ses vidéos chocs tournées dans des abattoirs industriels.

action antispéciste rue Nationale (février 2017) (c) Mathieu Giua

Avec une stratégie militante claire et organisée, les mouvements animalistes sont devenus adeptes en effet de campagnes chocs, souvent à base d’images trashs filmées en caméras cachées ou d’actions de rue à base de faux sang et autres. Des campagnes visant délibérément à choquer comme pour mieux interpeller l’opinion publique. A Tours, quelques unes de ces opérations ont notamment eu lieu rue Nationale ou à Bourgueil sur le site des abattoirs.

Relire : un « happening sanglant rue Nationale.

Dans la rue mais aussi sur les réseaux sociaux qui leur confèrent une grande visibilité virale, le mouvement animaliste suscite de plus en plus d’intérêt. Emilien Cousin est un de ceux ayant amené le mouvement antispécisme et l’association L214 à Tours il y a deux ans-et-demi. « On était très peu nombreux au début, aujourd’hui plusieurs collectifs se sont montés et notre nombre est grandissant » témoigne-t-il.

Dans les faits les militants actifs restent peu nombreux au regard du retentissement de leurs actions. Une 40aine contre le cirque, malgré une communication active et un certain écho auprès de la population. Mais pour le militant, « la lutte ne fait que commencer », plusieurs actions sont déjà programmées dans les prochains mois dans les communes d’Indre-et-Loire pour sensibiliser à leur cause. Cela débutera dès ce week-end à la plaine de la Gloriette où le « collectif contre le Festival du Cirque » a prévu des actions avec comme objectif dorénavant de faire en sorte que si deuxième édition il y a à l’avenir, celle-ci se fasse sans animaux. Et si Philippe Briand avait dans un premier temps déclaré « qu’un cirque sans animaux était complètement con », le président de Tours Métropole a récemment lissé ses propos, déclarant : « Leur combat est louable et s’entend. Pour cette année c’est ainsi, et même si les animaux font partie de la tradition du cirque, nous verrons l’an prochain ». Un signe que la campagne des militants animalistes n’aura été finalement pas si inaudible que cela.

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