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EN IMAGES : Au CHU de Tours, poursuivre les soins malgré le Covid

 

A force de tourner en boucle sur la crise du coronavirus, on en aurait presque oublié les autres pathologies. C’est même une crainte des soignants tourangeaux, formulée après avoir observé une baisse des signalements de malaises ou de problèmes cardiaques. Ils redoutent d’avoir à gérer des cas graves qui auraient pu être pris en charge plus tôt en temps normal. A partir du 11 mai, le CHU de Tours va donc relancer l’activité de certains services en sommeil depuis deux mois. Mais il y a aussi ceux qui ne se sont jamais arrêtés de fonctionner…

Dès les premières semaines de la crise du coronavirus, la direction de l’hôpital de Tours a divisé l’établissement en deux : un hôpital « Covid » et un hôpital « non Covid ». La cancérologie, les transplantations d’organes ou la maternité ont continué de fonctionner presque comme d’habitude, hormis de nouvelles procédures de protection pour éviter de nouvelles contagions. En effet, ces activités étaient impossibles à reporter ou stopper même en période de pandémie. Les urgences ont également poursuivi leur activité avec un circuit dédié aux cas suspects de Covid-19, et un autre pour les autres patients. Habituellement 160 personnes se présentent à l’accueil chaque jour, début mai elles étaient en moyenne 100 à 110 dont 10 à 15% qui venaient pour le coronavirus.


Parmi les services en activité en dehors de l’unité Covid, il y a aussi la gériatrie. Son activité a augmenté de 25% car les personnes âgées avaient moins de possibilités que d’habitude pour se faire prendre en charge ce qui a conduit à en orienter plus vers ce service.


Les visites des proches étant interdites, l’hôpital a été équipé de tablettes tactiles pour organiser des rendez-vous visio avec les proches des patients. De nombreux appareils ont été financés grâce à des dons. Ici c’est Alberte, 85 ans, qui l’utilise. Le dispositif est amené à perdurer dans les prochaines semaines car malgré le déconfinement les visites seront réservées pour les accouchements, les personnes en fin de vie et les enfants en pédiatrie.


Martial, 84 ans, hospitalisé en gériatrie au CHU de Tours le 6 mai 2020. Il est là pour un problème gastrique. Dans le service les chambres doubles sont supprimées et les séjours raccourcis au maximum. Martial doit ainsi quitter Bretonneau ce jeudi.


Dans les prochaines semaines, les soins vont reprendre progressivement à l’hôpital. Les médecins vont rappeler les personnes qui avaient rendez-vous pendant le confinement pour reprogrammer leurs rendez-vous mais elles devront remplir un questionnaire 48h avant de venir pour vérifier qu’elles n’ont pas développé des symptômes du Covid-19. Si c’est le cas, elles pourront bénéficier d’une téléconsultation (80 postes sont réservés exprès pour ça) ou alors elles se feront prescrire un dépistage. D’ici fin mai, le service virologie sera en capacité d’en analyser 2 400 par jour (6 fois plus qu’aujourd’hui) en fonctionnant 7 jours sur 7 et 24h/24 avec 50 personnes en relais. Les prélèvements proviendront de Tours mais aussi d’Amboise, Chinon, Loches, de l’Indre et du Loir-et-Cher.


Les patients âgés sont particulièrement surveillés car ce sont ceux qui ont le plus de risques de déclencher des formes graves du Covid-19. Sur les 327 hospitalisations recensées en deux mois, plus de la moitié avaient dépassé 65 ans. Néanmoins, les guérisons sont aujourd’hui de plus en plus nombreuses et seuls 2 à 3 nouvelles hospitalisations sont recensées chaque jour en unité Covid, contre un record de 27 en 24h fin mars. 34 décès sont à déplorer dans l’établissement soit moins de 50% du total dans le département.


« Il faut que l’hôpital conserve son agilité » déclare sa directrice Marie-Noëlle Gérain-Breuzard, ouvrant la voie à de nouvelles adaptations dans les prochains mois selon l’évolution de la situation. Cela concerne notamment le personnel, très mobilisé ces dernières semaines. De nombreux renforts ont été nécessaires, notamment d’étudiants. A ce jour, les services restent en tension sans pour autant être surchargés (18 cas en réanimation), « nous sommes en capacité d’accueillir des blessés en quantité, par exemple en cas d’accident » illustre le Pr Frédéric Patat, président de la commission médicale d’établissement.

Photos : Pascal Montagne

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