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Emplois aidés : l’inquiétude des associations

Depuis plusieurs semaines, la question des emplois aidés agite les débats. L’annonce au cœur de l’été de leur gel et leur diminution par le gouvernement d’Edouard Philippe cause en effet de multiples inquiétudes.

Les élus locaux et régionaux montent au front

Inquiétudes chez les élus responsables de collectivités d’abord. Ces derniers ont en effet réagi à tour de rôle pour signifier leur inquiétude et mécontentement. Il faut dire que ces emplois, CUI-CAE pour la plupart sont largement utilisés par les collectivités en raison de leur faible coût grâce aux aides de l’Etat. En première ligne des élus mécontents, on retrouve le maire de La Riche, Wilfried Schwartz qui en qualité de vice-président de l’Association des Maires de France, tire la sonnette d’alarme dans les médias ces dernières semaines. A la Région, François Bonneau évoque de son côté une menace sur 220 emplois dans les lycées de la région : « Si la mesure est confirmée, nous n’en aurons plus aucun en septembre 2018. Pourtant ils sont essentiels et nous n’avons pas les moyens d’embaucher 120 ou 130 personnes pour les remplacer. C’est un vaste plan social. De plus, la dimension sociale est aussi importante que l’aspect financier. Ce sont des jeunes qui reprennent confiance avec ces emplois. Pour d’autres, ça leur permet de repartir. Et il ne faudrait pas que les réformes soient payées par les plus fragiles. »

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Une inquiétude partagée par les élus écologistes, ainsi que par Jean-Patrick Gille qui ont publié un communiqué la semaine dernière évoquant des « structures culturelles, sportives, d’insertion professionnelles… qui risquent de mettre la clé sous la porte ».

L’inquiétude des associations

Principales touchées par ce gel et la diminution à venir en 2018 (Le nombre d’emplois aidés doit passer sous le nombre de 200 000 contre 280 000 en 2017 et 460 000 en 2016), les associations qui ont régulièrement recours à ce type d’emplois en raison de leurs faibles budgets.

A la Fracama (fédération régionale des musiques actuelles), organisme regroupant une trentaine d’associations culturelles de la région Centre-Val de Loire, on craint des retombées sur les associations. « Nous avons fait une petite enquête auprès de nos membres et d’après les premiers retours cela impacterait huit structures avec 17 postes non renouvelés ou alors des annulations de recrutements prévus mais qui ne sont plus possibles » explique Emmanuelle Hullot, la directrice de la Fracama.

« Seules deux structures seraient en capacité d’absorber le choc, pour les autres nous avons de grandes inquiétudes » poursuit-elle. A écouter les interlocuteurs que nous avons interrogé, tous pointent une brutalité dans cette décision qui remet en cause des équilibres déjà fragiles, sans laisser l’occasion de se retourner : « Une partie de nos adhérents ont des craintes réelles sur la pérennité des structures parce qu’il n’y a pu avoir aucune anticipation » explique la directrice de la Fracama.

Autre problème pointé, alors que la justification de ces baisses d’emplois aidés est la précarisation qu’ils ne solutionnent pas, est justement le risque d’augmentation de la précarité dans ces secteurs associatifs à la trésorerie à flux tendu : « Ce qui risque de se passer c’est que les associations, qui n’ont pas de grands moyens, risquent de compenser en passant par des services civiques ou des stagiaires, simplement parce qu’ils ne peuvent pas embaucher en contrats classiques. Ce n’est pas l’idéal mais c’est la réalité du secteur et cela va renforcer la précarité pour ses acteurs »

A Tours, Radio Béton fait partie des huit structures membres de la Fracama touchées par la réforme. « Nous avons un animateur en Cap Asso qui a démissionné en juillet et nous devions le remplacer avec un CAE, mais entre temps nous ne pouvons plus le faire » explique Thomas Cherrier, le président de la radio tourangelle, «  le Conseil d’Administration doit se réunir pour savoir ce qu’on fait, mais on aura peut-être pas d’autre choix que de prendre un service civique du coup, même si cela ne nous satisfait pas ». Mis devant le fait accomplis, beaucoup des structures touchées n’ont ainsi que peu de marge de manœuvre et doivent trouver des solutions en urgence ou arrêter certaines missions. « On est tous conscients que les emplois aidés ce n’est pas l’idéal, mais sans eux beaucoup de structures associatives ne peuvent pas continuer. On va attendre de voir le nouveau dispositif annoncé pour janvier 2018 mais nous sommes inquiets et nous sonnons l’alerte » poursuit Thomas Cherrier.

« Nos associations assurent une certaine forme d’intérêt général, avec maillage territorial important, cela paraît normal que la force publique aide en retour » conclue de son côté Emmanuelle Hullot.

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