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Don du sang, du donneur au patient

Les équipes de l’établissement français du sang (EFS) appellent régulièrement aux dons. Du don à la transfusion d’un patient, en passant par les batteries de tests ou la distribution, nous vous expliquons toutes les étapes nécessaires, pour certaines souvent méconnues.

Il y a quelques semaines, François Toujas, président de l’établissement français du sang (EFS) appelait à donner son sang « d’urgence ». « En Indre-et-Loire, nous augmentons petit à petit mais il faut continuer à donner parce que nous sentons que la situation reste précaire », assure le docteur Valérie Rouif, responsable des prélèvements dans le département. D’autant que, depuis le confinement, l’EFS rencontre de nouvelles problématiques. « Le problème que nous avons c’est le travail et les cours à distance. Dans les facs, nous voyons d’habitude beaucoup de donneurs. Dans les entreprises, nous essayons de faire des collectes mais, avec le télétravail, ce n’est pas si facile. Il y a donc de nouvelles réflexions à faire. Nous sommes en train de prévoir les collectes de 2021 et, pour ces lieux, nous nous posons beaucoup de questions. »

Malgré la bonne volonté des Tourangeaux, les besoins ne diminuent donc pas et le médecin estime que l’on « peut toujours trouver un endroit où donner ». Pour le donneur, cela ne représente en plus qu’une petite heure de son temps. C’est là que commence le parcours des poches de sang, avant une transfusion à un patient qui en aurait besoin. Mais au fait, que se passe-t-il exactement ?

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Entretien médical et don

Le donneur est enfin décidé, c’est aujourd’hui qu’il ira donner son sang. Si, auparavant, il pouvait se présenter le jour même à l’endroit du don, il est désormais plus sage de ne pas venir à l’improviste. « Avec le Covid, il est préférable de prendre un rendez-vous pour ne pas surcharger les lieux de collecte », indique Valérie Rouif. À son arrivée sur place, toutes les mesures sanitaires seront respectées : gel hydroalcoolique, changement de masque… Il reçoit alors un questionnaire à remplir avant de rejoindre un médecin pour un entretien. « Le médecin va reposer des questions en fonction de ce que la personne a rempli. Il s’agit de questions sur votre vie, ce qu’il s’est passé avant, si vous avez déjà connu des interventions, bénéficié d’une transfusion, eu une maladie… En fonction des réponses, nous déterminerons si la personne peut donner ou non. » Afin d’éviter de se déplacer pour rien, une sorte de pré-questionnaire est disponible en ligne. Parmi les thèmes abordés : grossesse, prise de drogue, traitement pour une maladie chronique, opération, prise de médicament, voyage récent… « Nous avons moins de problème avec ça en ce moment parce que les gens bougent moins mais il y a par exemple des régions d’Italie où il faut attendre vingt-huit jours pour revenir donner », explique la responsable des prélèvements.

Après avoir obtenu l’accord du médecin, le donneur se fait piquer. Une opération qui dure une dizaine de minutes. Les infirmiers récupèrent des tubes de sang puis ils continuent avec une poche de sang, de 400 à 480 ml, en fonction du sexe, de la taille et du poids du donneur. Après une collation, il a fini sa mission. Le sang, lui, continue son parcours. Commence alors un long chemin.

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Les voyages des tubes et des poches de sang

D’un côté, il y a donc les tubes, remplis en début de prélèvement. Ils seront récupérés chaque soir dans les lieux de collectes et emmenés à Angers. « Il n’existe plus que quatre endroits où peuvent être faits les examens en France : Angers, Lille, vers Annecy et Montpellier. » La capitale du Maine-et-Loire reçoit ainsi tous les tubes de l’Ouest, de Biarritz jusqu’à la Bretagne. « Là-bas, une série de tests biologiques est réalisée afin de nous assurer qu’ils ne contiennent pas les grandes pathologies que nous redoutons comme le VIH, les deux hépatites, la syphilis… » Si une anomalie est détectée, la poche correspondante sera évidemment mise de côté. Le donneur sera ensuite prévenu. Le lendemain, à 13h, tous les tubes doivent être analysés avant d’être détruits.

De l’autre côté, se trouvent les poches. « Nous les envoyons à la préparation puisque, nous à Tours, nous ne travaillons pas dessus. » Il y a deux départs par jour, vers Poitiers cette fois-ci : celles du matin sont envoyées l’après-midi et celles de l’après-midi le lendemain matin. Lorsque les professionnels habilités pour cette mission les reçoivent, la poche est filtrée. « Quand nous faisons un prélèvement de sang, au bout d’un moment, les globules rouges vont être tombés. Au-dessus surnage le plasma et, juste entre les globules rouges et le plasma, nous avons la couche leuco-plaquettaire composée de globules blancs et de plaquettes. Comme nous souhaitons seulement garder les plaquettes, nous allons retirer les globules blancs », détaille Valérie Rouif. Et de poursuivre : « Ensuite, nous passons tout ça à la centrifugeuse, nous pressons. Le kit que nous utilisons a automatiquement des poches à l’arrière et, quand nous allons presser, ça va faire partir le plasma d’un côté et les globules rouges de l’autre. Et si on a besoin des plaquettes, les plaquettes aussi. »

Si tous les éléments sont ainsi séparés, c’est pour une bonne raison. « Ce que l’on transfuse au patient, ce n’est pas la poche de sang du donneur telle quelle. Nous lui transfusons seulement le composant dont il a besoin. Tout ne se garde pas de la même façon donc nous sommes obligés de les séparer. » Les globules rouges se conservent quarante-deux jours quand les plaquettes ont seulement sept jours. Le plasma résiste plus longtemps et a une durée de vie d’un an. La qualification des dons, possibles grâce aux tubes, est ensuite effectuée à 13h.

© EFS Maxime Gautier
© EFS Maxime Gautier
© EFS Maxime Gautier
© EFS Maxime Gautier
Stockage à Bretonneau 

Les poches reviennent finalement en région Centre-Val de Loire. « Elles font beaucoup de voiture », plaisante le médecin. Pour l’Indre-et-Loire, elles sont stockées au CHU de Bretonneau. Vient alors le moment de la distribution. « Chaque clinique ou hôpital autour va faire ses demandes en fonction de ses besoins. Un hôpital sait qu’ils vont opérer une personne atteinte d’un cancer et qui a besoin de plaquettes, il fait donc une demande. Le service distribution s’occupera ensuite du transport. »

Cependant, ce qui revient à Tours peut également être distribué hors du département, voire même hors de la région. « L’idée c’est que l’on aide tout le monde. Par exemple, s’il y avait eu des problèmes pour faire des collectes lors des intempéries dans le Sud, nous aurions dit qu’il fallait faire partir des poches à Nice. Il nous arrive également d’aider les hôpitaux parisiens. Ils sont beaucoup et ça peut être compliqué d’avoir assez de poches. » Les professionnels doivent aussi être vigilants à la consommation de chacun, pour qu’aucun composant ne se perde. « Nous surveillons tout. Il ne faut pas que l’on détruise les poches alors que c’est un don. Nous essayons de faire au mieux. » 

Chaque année, ce sont ainsi des milliers de Français qui peuvent être soignés grâce aux dons. Un slogan de l’établissement français du sang indique d’ailleurs : « Prenez une heure pour sauver trois vies. » 

Quelques chiffres pour l’Indre-et-Loire (2019)

  • 130 dons du sang ont été effectués. On compte également 2.225 dons de plasma et 1.610 dons de plaquettes.
  • 940 donneurs. Parmi eux, 52% sont des femmes et 49% ont moins de 40 ans.
  • 906 sont de nouveaux donneurs. Cela représente une hausse de 19,4%.
  • 959 patients ont bénéficié d’une transfusion.
  • 568 dons sont nécessaires chaque semaine.
  • Il existe 1 maison du don à Tours et 367 collectes mobiles dans tout le département.
  • 3,8% d’indice de générosité. Il s’agit du rapport entre le nombre de donneurs et le nombre de personnes en âge de donner.
Un degré en plus 

Pour prendre rendez-vous à la maison du don de Tours : 02.47.36.01.01
Pour prendre rendez-vous pour donner dans une collecte : www.mon-rdv-dondesang.efs.sante.fr

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