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Crues en Indre-et-Loire : l’inondation de zones inondables

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Les crues du Cher, de l’Indre et dans une moindre mesure de la Loire n’en finissent plus d’alimenter les conversations depuis la semaine dernière. Une situation inquiétante que les autorités surveillent de près, avec pour crainte principale la crue du Cher et notamment la pression émise sur la digue à hauteur de Villandry.

C’est bel et bien la crainte d’une rupture de digue qui fait la gravité de la situation actuelle. Une crainte jugée sérieuse au point d’évacuer près de 1000 personnes des habitations menacées depuis la semaine dernière sur les communes de Villandry ou La Chapelle aux Naux. Sans amoindrir la situation et sans oublier ce risque majeur, en prenant un peu de recul on se rend compte néanmoins que si la crue du Cher reste importante, elle est, contrairement à ce qu’on peut entendre, pas exceptionnelle. Une crue telle que celle-ci est en effet d’ordre similaire à celle de Mai 2001 et peut se reproduire en moyenne tous les dix à vingt ans, généralement au printemps (rappelons que la grande crue de 1856 s’est déroulée début juin également).

L’implantation des hommes en zones inondables

Depuis l’antiquité, les hommes ont aménagé le fleuve et construit dans son lit majeur pour y vivre. Au fil des siècles ils ont ainsi conquis des espaces appartenant à la rivière tout en cherchant à s’en protéger. Le système de protection actuel constitué de digues, est pour la majeure partie hérité du XIXe siècle, à la suite des trois grandes crues successives de 1846, 1856 et 1866 : « Ces crues mettent en évidence le cercle vicieux constitué par l’ascension successive des levées et de l’eau. L’ingénieur Comoy, chargé a cette époque d’élaborer un plan de défense contre les inondations, montre qu’il est illusoire et dangereux de rehausser encore les levées. Décision est prise de mettre en oeuvre un programme de 20 déversoirs qui ouvriraient 18 des 33 vals endigués. Mais devant la résistance des riverains exposés, seuls 7 ouvrages sont réalisés entre 1870 et 1891. En Indre-et-Loire, deux déversoirs sont aménagés dans la digue de la rive gauche du Cher, à Villandry, à proximité de la confluence avec la Loire. La crue de 1907 est la dernière manifestation inquiétante. La longue période sans crue forte qui l’a suivie favorise alors l’oubli du risque par les différents acteurs » explique ainsi la présentation du projet de PPRI.

Au cours du XXe siècle, la hausse de la démographie et l’urbanisation exponentielle au détriment des milieux naturels va multiplier en effet les risques pour les hommes, peu soucieux des dangers liés aux fleuves. Il faudra attendre la fin du XXeme siècle pour qu’une prise de conscience commence à s’opérer. Il est cependant trop tard pour faire marche arrière et les enjeux vont être alors de réduire la vulnérabilité des hommes et de leurs biens en cas de catastrophe naturelle.

Plus d’un quart de la population d’Indre-et-Loire soumise aux risques d’inondations.

Sur le Val de Tours, près de 130 000 personnes vivent actuellement en zone inondable, telle que décrite par le projet de PPRI du Val de Tours. Ce même périmètre est inscrit depuis 2012 comme un territoire a risque important (TRI), c’est à dire un secteur où se concentrent fortement des enjeux exposés aux inondations. Si on élargit au département de l’Indre-et-Loire c’est 26,36% de la population qui vit en zone inondable soit près de 160 000 personnes.

NB : Par zone inondable comprendre les terres ayant déjà été par le passé immergées. Ces zones correspondent ainsi à la limite des plus hautes eaux connues.

Des zones inondables transformées par l’action des hommes, qui servaient préalablement naturellement de zone de dissipation des eaux quand les rivières sortaient de leur lit mineur. Pour les occuper, les hommes les ont donc protégées en contenant les rivières dans leurs lits mineurs par des systèmes d’endiguement, contribuant ainsi au renforcement de la violence des catastrophes éventuelles. En effet, l’eau ne pouvant plus s’étendre librement entre les coteaux, dans son lit majeur naturel (pour rappel le lit majeur de la Loire correspond à l’ensemble du Val compris entre son coteau Nord et le coteau Sud du Cher), sa pression exercée devient de facto plus importante et donc plus dangereuse en cas de rupture de digue. C’est ce phénomène qui s’est produit au XIXe siècle et ce même phénomène qui inquiète actuellement les autorités préfectorales.

Le débit du Cher comme inquiétude première

Depuis la semaine dernière, la conjonction de la hauteur du Cher (atteignant 4m98 dimanche) et de son débit (850 m3 / seconde ce même jour) laissait craindre une rupture de digue du côté de Villandry. Car si les digues sont actuellement plus hautes que le plus haut niveau des eaux connues, l’idée que des brèches se fassent préalablement à leur submersion inquiète. Les modélisations ces dernières années ont montré en effet qu’une montée des eaux rapide et forte pouvait faire céder les digues bien avant qu’elles ne soient submergées, du fait notamment de leur fragilité causée par le temps (« Terriers d’animaux, arbres, canalisations et maisons encastrées sont des facteurs aggravants la déstabilisation de la digue » est-il ainsi noté dans le projet de PPRI). Si les regards ces dernières années se sont surtout tournés vers la Loire avec 13 millions d’euros injectés par les collectivités publiques, les digues du Cher doivent également faire l’objet d’une attention particulière. A raison d’un million d’euro par kilomètre de rénovation, ces travaux coûtent chers et c’est pourquoi le Préfet d’Indre-et-Loire a demandé la semaine passée à la ministre de l’Environnement une aide d’urgence.

Pour le moment, la prévention a prévalu avec l’évacuation des populations les plus exposées au risque d’inondations. Si la digue venait à lâcher, c’est un véritable torrent qui se dirigerait en effet à grande vitesse, de l’ordre de 400 m3/ seconde (soit la moitié du débit du Cher actuellement), sur les plaines avoisinantes. Un courant tellement puissant qu’en quelques heures il dévasterait tout sur son passage. L’eau libérée prendrait alors vraisemblablement la direction de l’ancien cours du Cher en direction de La Chapelle aux Naux, d’où l’évacuation de cette commune, bien qu’elle ait toujours été hors d’eau depuis la semaine passée. Pourquoi une telle direction ? Tout simplement parce qu’elle correspond à la zone d’écoulement naturelle de la rivière. En 1778 pour répondre à des besoins de navigation, sa confluence avec la Loire fut en effet modifiée et établie 15 kilomètres plus en amont que la confluence naturelle, qui se situait au niveau de Bréhémont. Les rumeurs de volonté de faire rompre la digue et sacrifier ainsi Villandry et ses alentours pour protéger Tours est par ailleurs non fondée. Il faut savoir qu’en cas de rupture de digue, selon la violence du courant, il peut y avoir un reflux contraire, créant une onde pouvant se transformer en vague et allant jusqu’à une dizaine de kilomètres en amont, soit aux portes de Tours. Une surcatastrophe que les autorités souhaitent logiquement à tout prix éviter.

Quelles solutions pour lutter contre les inondations ?

Le constat qui prévaut aujourd’hui est que l’Homme occupe des espaces naturels des rivières et qu’il ne pourra pas empêcher les inondations si elles doivent avoir lieu. Ce constat est celui qui est pris en compte dans le projet actuel de révision du PPRI du Val de Tours. (Voir notre article détaillé à ce sujet). Les réflexions faites privilégient le contrôle des inondations en envisageant notamment la création de différentes zones ayant chacune une spécificité :

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– Les zones A : non urbanisées, ou peu urbanisées et aménagées correspondant au champ d’expansion des crues (Zones naturelles, agricoles) ou au lit mineur des cours d’eau. Elles doivent conserver leur vocation de champs d’expansion des crues.

– Les zones B : urbanisées (Hors zones C) de moyenne densité, majoritairement monofonctionnelles (habitat ou activités). Ces zones n’ont pas vocation à être étendues ni fortement densifiées mais peuvent accueillir un complément d’urbanisation suivant le niveau d’aléa auxquelles elles sont exposées.

– Les zones C : urbanisées correspondant aux centres villes ou centres bourgs des communes, caractérisées par leur caractère historique, la densité et la continuité de leur bâti, et la mixité des fonctions urbaines. Ces zones ont vocation à conserver leur caractère urbain (maintien de la population, des services, commerces…).

Pour l’ensemble de ces zones le PPRI se fixe comme objectifs de : « préserver le champ d’expansion des crues et la capacité d’écoulement et de vidange du val en réduisant la vulnérabilité des constructions, en n’augmentant pas significativement la population vulnérable, en améliorant la résilience des territoires (retour à la normale après la crise) et en préservant la capacité des espaces derrière les digues permettant le renforcement de celles-ci »

Cependant, le PPRI étant un document opposable aux autre documents d’urbanisme, certains élus rechignent encore face aux contraintes qu’il appose et tentent de négocier ici ou là des aménagements pour d’éventuels futurs projets urbains. Espérons que les craintes occasionnées ces derniers jours puissent faire prendre conscience qu’il est temps de changer de paradigme pour aller vers celui de la sécurité des personnes avant tout.

Lire également : Quand la Gloriette devait être urbanisée

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