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Coronavirus : la Touraine en voie de paralysie

 

Avec 13 cas officiellement confirmés vendredi par les autorités de santé, on ne peut pas dire que le coronavirus Covid-19 soit fortement présent en Indre-et-Loire. 13 malades clairement identifiés sur une population de 600 000 personnes, soit un taux de pénétration de 0,002%. C’est aussi moins de 0,5% des cas nationaux. Néanmoins, une certitude : le nombre de personnes contaminées va augmenter, peut-être à terme atteindre des dizaines voire centaines de milliers de cas dans tout le pays. Alors en vertu du principe de précaution la vie locale ralentit progressivement, voire se fige dans certains secteurs. Retour sur une semaine où la situation s’est tendue de jour en jour.

Nous sommes vendredi 13 à la mi-journée, devant la gare de Tours. Le tram qui arrive de Joué-lès-Tours est bien rempli. Pas de différence avec une journée habituelle. Quand les portes s’ouvrent, un jeune homme sort de la rame avec un masque façon tête de mort pour recouvrir sa bouche. Que faut-il conclure de cet effet de style ? A-t-il envie de se protéger d’un virus qui rôde avec une certaine originalité ? Par ce geste et cet attribut probablement inefficace pour empêcher la moindre infection, affiche-t-il sa défiance face à un monde qui sombre dans une certaine paranoïa ? Il est parti très vite, on ne lui a pas posé la question.

Pas de rassemblement avec plus de 100 personnes

A part quelques anecdotes comme celle-ci, vue de la rue, la vie semble encore se dérouler normalement. Mais dès lundi, ce sera tout autre chose. Jeudi soir le président Emmanuel Macron a prononcé un discours de 27 minutes pour faire le point sur l’épidémie de coronavirus et la façon dont la France compte agir pour ralentir l’expansion de la maladie. Près de 25 millions de personnes ont regardé son intervention, ce qui en fait l’allocution présidentielle la plus suivie de l’histoire pour un chef de l’État. On y a appris la fermeture de tous les établissements scolaires jusqu’à nouvel ordre et la mise en place de mesures exceptionnelles pour les salariés et les entreprises, « quoi qu’il en coûte ». Vendredi midi, le 1er ministre a surenchéri en annonçant l’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes. Les vainqueurs des élections municipales devront donc fêter leurs succès en petit comité, le scrutin étant par ailleurs maintenu.

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Une fois le discours avalé, se pose la question de son application concrète en Indre-et-Loire. Et quand on passe des coups de fil, logiquement, la réponse est identique : « Nous organisons une réunion de crise. On en saura plus dans quelques heures. » Depuis l’interdiction des rassemblements de plus de 1 000 personnes on recensait déjà de nombreuses annulations d’événements sportifs ou culturels mais là elles tombent par grappes. Rouziers-de-Touraine, Joué-lès-Tours, Tours… Les matchs de basket, les spectacles… Même les entraînements de tennis amateurs. Sur Facebook, on reçoit nombre de notifications d’événements annulés en mars ou en avril. Plus de catch impro, plus de conférence de presse pour annoncer l’ouverture du Bateau Ivre, plus d’Assises du Journalisme… La plupart des grands concerts et spectacles sont décalés après l’été, en espérant que la situation sera réglée d’ici là. La Foire de Tours ne débutera que le 29 mai au lieu du 1er mai… encore une fois si les règles ont été assouplies.

Ce qui fait le dynamisme d’une société tombe en rade d’un coup d’un seul.

« Jusqu’à quand » est clairement l’interrogation qui s’affiche sur toutes les lèvres. Malgré la promesse de cours à distance, des parents se demandent comment ils vont bien pouvoir occuper leurs enfants. Nombre d’entreprises s’inquiètent de leur survie face aux retraits massifs de commandes… Les intermittents du spectacle s’interrogent sur la façon de conserver leurs droits face à toutes les soirées sans travail qui s’annoncent pendant de longues semaines. Ce qui fait le dynamisme d’une société tombe en rade d’un coup d’un seul. Il n’y a pas de mesure de quarantaine mais plus le temps passe, moins on a de raisons de sortir de chez soi. Et c’est bien l’objectif du gouvernement et des pouvoirs publics qui veulent limiter les déplacements au strict nécessaire.

Pénurie dans les magasins

Entre lundi et vendredi ce qui n’étaient que des préconisations sont devenues des injonctions. Oubliez les visites aux personnes âgées, par exemple. Chaque annonce entraîne son lot de questions parfois sans réponses, voire de théories complotistes… On nous répète aussi à longueur de temps de source officielle que ce qui est vrai à un instant T ne le sera plus forcément le lendemain à la même heure. Exemple : mardi à 14h30 la préfecture d’Indre-et-Loire détaille les mesures d’hygiène pour les bureaux de vote lors des élections municipales. Une lectrice nous interroge : « Les écoles seront-elles désinfectées avant le retour des enfants en classe lundi ? » On se renseigne, la réponse est oui. Mais en fait peu importe, car quelques heures plus tard on apprend leur fermeture totale dès le lendemain du scrutin.

Un défi pour les futurs maires

Cette évolution constante de la situation perturbe une organisation bien rodée. Il n’y a plus de routine qui compte et il faut s’adapter. Le genre de situation qui crée de la peur et pousse, par exemple, à dévaliser les rayons de pâtes, de riz voire… de papier toilette, sans que l’on comprenne vraiment la raison de ces gestes. Ainsi l’Italie – pays confiné – a gardé des supermarchés ouverts et Wuhan – au plus fort de sa quarantaine – autorisait encore des sorties pour s’alimenter. Ce genre de comportement est donc contre-productif, en dehors de toute rationalité, mais pas non plus incompréhensible quand on voit que toutes les conversations tournent autour de cette épidémie, que les JT y consacrent la quasi-totalité de leur temps d’antenne et que même notre boîte mail ne parle plus que de ça.

La prise de précautions bien légitime pour sauver des vies, concept érigé en priorité N°1 face à tout le reste, entraînera mécaniquement des conséquences sûrement bien plus longues que l’épidémie elle-même. Et même la réactivité de pouvoirs publics conscients de l’impact pour les petites entreprises ou les intermittents du spectacle ne parviendra pas forcément à sauver tous les meubles. Pas le temps de prendre leurs marques : les nouvelles équipes qui s’apprêtent à prendre la direction des mairies vont devoir affronter en priorité une situation qui ne figure dans aucun programme électoral (gestion des écoles, du personnel, des saisons culturelles chamboulées). Un baptême du feu où toute erreur peut avoir des répercutions notables.

Fort heureusement, malgré toute cette actualité anxiogène, on trouve encore moyen de se détendre, parfois de façon imprévue. En témoigne ce message d’un élu du Conseil Départemental d’Indre-et-Loire sur Twitter :

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