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Coronavirus et conséquences économiques : l’avis d’un économiste de l’Université de Tours

 

Les magasins de chaussures André qui déposent le bilan, des petites entreprises qui se demandent comment elles vont surmonter la pandémie, l’État qui réfléchit à nationaliser (par exemple Air France)… La crise du coronavirus et le confinement imposé à 50% de l’humanité créent d’immenses incertitudes économiques. Nous en avons discuté avec Pascal Favard, directeur du département d’économie à l’Université de Tours.

« Clairement il va y avoir une crise économique » déclare d’emblée Pascal Favard. « La vraie question est ‘Est-ce que la crise est surmontable rapidement ou pas ?’ Emmanuel Macron a dit qu’aucune entreprise ne serait livrée à la faillite mais jamais aucun État n’a réussi à empêcher 100% des entreprises à rester vivantes. Il est clair que l’aide apportée va sauver des entreprises mais peut-être aussi qu’elle va aller à des sociétés qui n’en ont pas vraiment besoin donc j’attends de voir. D’autant qu’après il va falloir trouver un moyen de payer la dette qui va désormais dépasser la valeur du PIB. »

L’économiste tourangeau suit notamment de près la réponse européenne à cette situation inédite : « Le scénario privilégié c’est que la Banque Centrale Européenne rachète de la dette, mais pas sûr que les Allemands soient trop d’accord. Sauf que pour financer cela, il n’y a pas 36 solutions : c’est ça, augmenter les impôts – ce que je ne crois pas – ou demander un effacement de la dette ce qui risque d’empêcher l’État d’emprunter de nouveau pendant un certain temps, donc je n’y crois pas non plus. »

Une nouvelle économie après le Covid ?

Naturellement, « plus ça dure, plus c’est grave » commente Pascal Favard. « Le bon exemple c’est une grève à la SNCF : un jour ça va, mais quand ça dure un mois il faut un certain temps pour que tout redémarre, certaines machines ne se rallument plus… On risque aussi de voir tout le monde se précipiter pour commander le matériel qui permettra la reprise du travail. Les fournisseurs privilégieront sans doute les bons clients, ceux qui payent rapidement. Ce qui mettre encore plus en danger ce qui ont des difficultés de paiement. » L’universitaire prend l’exemple de la Chine : « On n’est pas au sommet de l’État donc on n’est pas forcément bien informé mais eux-mêmes disent qu’ils ont du mal à faire reprendre leur économie. »

Depuis le début de ce confinement, on entend dire que le caractère inédit de cette pandémie pourrait modifier radicalement le fonctionnement de l’économie mondiale avec un phénomène de relocalisation de certaines industries en France ou au moins en Europe. « C’est peut-être parce que je suis vieux mais je n’y crois pas » tranche Pascal Favard qui s’appuie sur l’histoire : « Si on repart en mai, la crise du coronavirus pourrait nous faire perdre 8% du PIB. Quand il y a eu la crise du phylloxera – une maladie de la vigne venue des États-Unis – cela a impacté toute la viticulture française qui représente 6% du PIB. Après cela, rien n’a changé parce que la mondialisation a toujours existé. Je ne crois même pas à la relocalisation des masques. »

Le « casse-tête » de la nationalisation

Même scepticisme quand il entend dire que des grands patrons réduisent leur rémunération : « Elles finiront par revenir à leur niveau d’avant. On peut dire que c’est injuste mais c’est un marché, et les entreprises sont prêtes à embaucher des gens chers. Regardez après la crise de 2008, on a dit que les prêts risqués dans les banques c’était fini mais il y en a encore beaucoup aujourd’hui. Les gens qui dirigent ce système font des calculs à long terme et s’ils font ces choix c’est qu’ils y gagnent. » Europe 1 racontait pourtant ce jeudi que le croisiériste américain Carnival originaire des États-Unis mais immatriculé au Panama pour raisons fiscales pourrait payer très cher ce choix au vu des conséquences du coronavirus. « Peut-être qu’ils auront des aides quand même, regardez l’exemple Lehman Brothers en 2008 » nuance Pascal Favard.

Néanmoins, « c’est sûr, pour le tourisme ça va être compliqué cet été » indique le spécialiste. Alors faut-il nationaliser Air France pour l’aider à passer le cap ? « C’est une bonne idée à court terme mais ça peut être un casse-tête si ça dure car quand ce type d’entreprise fait grève elle a un pouvoir considérable. »

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