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Coronavirus : comment le CHU de Tours gère la crise

 

L’hôpital tourangeau est en première ligne pour l’accueil des patients infectés par le coronavirus Covid-19. Après plusieurs semaines de gestion de crise et 9 jours de confinement généralisé, comment appréhende-t-il la situation ? Nous avons pu faire le point ce mercredi avec la direction de la communication de l’établissement.

Mardi soir, le bilan quotidien de l’Agence Régionale de Santé recensait 450 contaminations au Covid-19 en Centre-Val de Loire, dont 86 en Indre-et-Loire (+15 en 24h). Le département N°37 est le 2e territoire le plus touché de la région. Il compte à ce jour 2 décès – 2 retraités de 79 et 89 ans. Des chiffres qui peuvent paraître faibles par rapport à la population tourangelle dans son ensemble (600 000 personnes) ou au regard des chiffres nationaux (1 100 morts, +240 entre lundi et mardi) néanmoins il faut rappeler que seuls les cas les plus sérieux sont testés mais aussi que le Centre-Val de Loire a vu arriver l’épidémie bien après d’autres régions comme l’Île-de-France, le Grand-Est ou les Hauts-de-France : « Nous avons plus de temps pour nous préparer » résume Pauline Bernard au CHU.

Pour faire face, l’hôpital tourangeau a largement réorganisé son fonctionnement depuis plusieurs semaines : « Chaque chef de service a organisé le rappel des patients pour reporter les interventions qui le pouvaient. Les blocs opératoires continuent de tourner mais en mode allégé. » Objectif de l’opération : redéployer des personnels pour traiter les patients atteints du Covid-19, assurer les astreintes, travailler aux urgences ou assurer le fonctionnement du centre d’accueil spécifique aux cas suspects de coronavirus mis en place au cœur de l’hôpital Bretonneau. Les autres services sont « en veille » sans pour autant être à l’arrêt.

Jusqu’à 45 lits disponibles en réanimation

Actuellement, le CHU a ouvert une cinquantaine de lits pour des patients souffrant de symptômes apparentés au Covid-19 : 17 places en médecine infectieuse, 21 lits en pneumologie, 13 en réanimation médicale. 44 étaient occupés mardi soir, « mais ce chiffre fluctue car si les tests sont négatifs nous orientons ces personnes vers d’autres services » explique Pauline Bernard.  « Nous organisons une montée en charge progressive. Quand un secteur est plein, nous ouvrons le suivant » poursuit la responsable du service communication. Au total, l’hôpital tourangeau dispose de 88 lits de médecine et 45 lits de réanimation qu’il peut affecter au suivi des patients atteints du coronavirus. Parmi ses objectifs : ne surtout pas accueillir dans un même secteur des personnes contagieuses et des malades hospitalisés pour d’autres types de pathologies.

« A ce jour il n’y a pas d’embolie de l’hôpital » veut rassurer Pauline Bernard face aux images de services surchargés dans le Grand-Est. Le CHU est d’ailleurs disposé à accueillir des patients en provenance d’autres régions, potentiellement transportés par TGV sanitaire. Mais jusqu’ici il n’a pas été sollicité pour ça. Si d’aventure ses services finissaient par être surchargés, l’établissement pourrait toujours se tourner vers les hôpitaux et cliniques dits « de seconde ligne » à Chinon, Loches, Amboise, Saint-Cyr-sur-Loire et Chambray-lès-Tours. Les deux cliniques tourangelles ont d’ailleurs installé des tentes à l’extérieur de leurs locaux pour isoler d’éventuels malades contagieux. Elles aussi ont reporté des soins pour garder du personnel disponible, au cas où.

Des centres de consultation isolés pour le Covid-19

Aux urgences de Trousseau, depuis quelques jours, « le nombre de passages est en diminution, autour de 95 personnes par jour. » Il est rappelé qu’en cas de suspicion de coronavirus, il ne faut pas s’y présenter de soi-même : « Les patients sont envoyés par le SAMU après avoir appelé le 15. » Un SAMU dont le standard a été renforcé par des médecins de ville, pour réguler les coups de fil. Il concentre toujours un grand nombre d’appels (1 100 par jour), mais moins que le pic observé au début du confinement (jusqu’à 1 400 coups de fil quotidiens). D’ailleurs, toute personne qui ressent des symptômes apparentés au Covid-19 doit d’abord contacter son médecin traitant.

Afin d’éviter que des malades contagieux ne croisent des patients sains dans leurs salles d’attente, un dispositif de consultations extérieures se met en place en partenariat entre le CHU et la médecine de ville. 3 centres sont en cours d’installation et d’ouverture à Tours (à Tours Centre chez SOS Médecins, aux Fontaines pour Tours-Sud et au gymnase Choiseul à Tours-Nord). Les cas suspects y seront vus par des médecins généralistes puis, selon leur profil, confinés à domicile ou orientés vers Bretonneau. C’est là-bas qu’on décide de pratiquer un test pour vérifier la contamination, là-bas aussi qu’on ordonne une éventuelle hospitalisation « mais très peu de patients en ont besoin » assure Pauline Bernard.

Depuis le début de l’épidémie, le CHU de Tours a réalisé 1 100 tests de Covid-19 « en priorisant les situations qui le nécessitent le plus comme les patients fragiles pour adapter immédiatement leur prise en charge s’ils sont positifs mais aussi les personnels soignants. » Vu l’évolution de la stratégie du gouvernement qui envisage de pratiquer des tests à plus grande ampleur, l’hôpital travaille avec l’ARS pour monter en puissance voir à mettre en place un dispositif de prélèvements à l’extérieur de ses locaux : « On s’adapte au quotidien » précise Pauline Bernard. « On est en vigilance permanente pour ne jamais prendre 24h de retard. »


Un degré en plus :

Concernant les masques, le CHU en utilise environ 10 000 par jour, voire plus (dont un millier de masques FFP2, ceux qui offrent une protection maximale). Selon la direction, le contingent est adapté au jour le jour selon le stock et les besoins pour éviter la rupture. Le sujet est abordé tous les jours en cellule de crise. L’appel aux dons est toujours actif si des entreprises ou collectivités veulent livrer des masques à l’hôpital.

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