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Comment la Covid-19 a bousculé le projet du Nouvel Hôpital Trousseau à Chambray

C’est peu dire que la crise du coronavirus a eu et va avoir une influence sur l’idée que la France se fait de son service public hospitalier. Revalorisation des carrières, évolution du parcours de soins… La pandémie rebat les cartes, modifie les usages, pousse le gouvernement à prendre des décisions fortes (comme les augmentations de salaires de 183€ actées lors du Ségur de la santé). A l’aune de cette situation inédite dans le monde moderne, à quoi ressemblera l’hôpital de demain ? Pour répondre à cette question il faudra regarder du côté de l’Indre-et-Loire !

Le CHU de Tours qui va totalement reconstruire son site de Trousseau d’ici 5 ans sera – en quelque sorte – le prototype de l’établissement hospitalier post-Covid. Programmé dès 2014, le chantier doit se concrétiser à partir de 2022 avec la construction d’un nouvel hôpital pédiatrique, d’urgences modernes, d’un grand site de recherche ou encore d’un bâtiment logistique dernier cri. Plus de 100 000m² de locaux neufs pour un total de 700 lits…

Eh oui ! Alors qu’on croyait le projet bien ficelé depuis de longs mois, le coronavirus a entraîné de profondes modifications des plans… La directrice Marie-Noëlle Gérain-Breuzard l’annonçait dès le 2 juin sur Info Tours et 37° :

« On ne met pas tout par terre pour recommencer mais on prépare une évolution. »

7 mois plus tard on en sait un peu plus, à l’occasion du lancement d’une concertation publique qui a pour but de recueillir l’opinion de la population sur cet hôpital du futur. Les explications nous viennent du Dr François Lagarrigue :

« Dès le printemps nous avons travaillé sur la façon d’actualiser le projet et nous avons décidé de modifications en profondeur. Nous proposons par exemple la création d’une unité épidémique dédiée dans chaque hall d’hospitalisation pour les adultes et les enfants. 44 lits supplémentaires seront créés de façon à répondre de façon très rapide en cas d’afflux de patients. Ensuite il y aura une généralisation des chambres individuelles. Certaines seront dédoublables pour répondre à des pics d’activité. Nous allons également créé des circuits protégés et des sas de protections pour les secteurs les plus concernés par des patients pris en charge pour des germes transmissibles : aux urgences, sur les unités de soins cliniques ainsi que sur les plateaux techniques et opérationnels. »

Ça, c’est en quelque sorte pour la partie visible de l’hôpital. Le CHU de Tours compte également revoir « en profondeur » la sécurisation de ses locaux techniques et son dispositif de traitement d’air : « Nos centrales étaient à l’air libre et ce choix n’était pas pratique. Nous allons donc le modifier » explique la direction de l’établissement.

Vue d’ensemble du futur hôpital.

Tout cela a un coût… et pas des moindres. Le budget initial du NHT de Chambray c’est 378 millions d’€… Il faut en rajouter 66 directement ou indirectement liés à la crise du coronavirus (20 millions d’€ seront dédiés à la construction d’un parking souterrain sur 2 étages qui n’était pas envisagée au départ mais qui est devenue essentielle pour garantir une bonne accessibilité des lieux). Afin de financer cette enveloppe imprévue, le CHU qui prévoyait de payer les travaux via ses fonds propres, de l’emprunt et des subventions réclame une rallonge à l’Etat. 75 millions d’€ lui avaient déjà été promis… Il espère désormais un complément « au prorata du coût du projet », donc peut-être autour de 15 millions d’€ si l’on fait un rapide calcul. Des négociations sont en cours.

En revanche la pandémie ne devrait pas avoir de conséquences sur le calendrier de réalisation du chantier. Les fouilles archéologiques auront lieu cette année, les travaux de terrassement au printemps et à l’été 2022 pour une livraison des locaux fin 2025 et une entrée en service l’année suivante après plusieurs mois de déménagement.

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