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Centre LGBT : l’accueil et l’écoute, en permanence

La marche des fiertés de Tours aura lieu samedi prochain. Comme toujours, c’est le centre LGBT de Touraine qui prépare ce rendez-vous annuel. Tout au long de l’année, l’association fait aussi un travail d’accompagnement auprès des personnes qui le souhaitent. Les rencontres se font souvent lors de temps dédiés nommés les « permanences d’accueil et d’écoute ».

« Je suis confiant, je suis sûr que ça va s’arranger ». Ce sont les quelques paroles que Ludovic Gross, trésorier du centre LGBT de Touraine, adresse à un jeune homme qui quitte les locaux d’accueil de l’association. Sa demande d’asile a été rejetée. L’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) reproche au demandeur d’avoir parlé « en des termes convenus ». Autrement dit, le juge n’a pas trouvé l’histoire du jeune réfugié convaincante, celle d’un homme d’origine angolaise obligé de quitter son pays car l’homosexualité y est illégale. À ce stade, il n’y a rien d’autre à faire qu’écouter.

Nous sommes quartier Velpeau, à Tours, pendant un temps de permanence d’accueil et d’écoute (PAE) du centre LGBT de Touraine. Ces rendez-vous ont lieu le mercredi et le samedi dans un petit local rue du Dr Denoyelle. En 2017, l’association en a animé 90 pour 120 bénéficiaires dont l’âge peut varier de 14 ans à 86 ans. Comme chaque année depuis 2013, ces permanences ont vu leur fréquentation augmenter d’environ 30 %. Une fréquentation qui passe de 11 à 16 participants par PAE en moyenne, allant jusqu’à 25 participants pour les plus fréquentées. Au total, cela représente 1353 visites uniques.

« Les échanges autour du mariage pour tous en 2013 ont créé une porte d’entrée pour l’expression de toutes les LGBT-phobies », explique Emmanuel Ferreira, 27 ans, référent des actions sociales et co-président du centre. À cette époque, SOS homophobie avait recueilli 3517 témoignages d’actes LGBT-phobes sur le territoire, soit son chiffre le plus important jamais enregistré. En 2014 et 2015 le nombre de témoignages avait chuté mais, depuis 2016, il augmente à nouveau (+19,5% par rapport à 2015). « S’il y a de plus en plus de monde aux permanences, c’est également grâce à l’efficacité des bénévoles et à la qualité de l’accompagnement », précise Ash Claveau, co-fondateur du centre. Les personnes viennent y chercher un espace sécurisant dans lequel elles peuvent parler librement de leur transidentité, homosexualité ou bisexualité.

« L’esprit du centre est communautaire mais pas communautariste, précise Emmanuel Ferreira. C’est le seul moment où certaines personnes vont oser se présenter en adéquation avec ce qu’elles sont, habillées comme elles veulent. » « Ailleurs il y a toujours du jugement, explique Gabriel, mais pas ici ». Il fréquente l’association depuis janvier 2016. « Mon psy m’a dit que je souffrais d’une dysphorie de genre (Terme médical qui désigne la détresse de la personne transidentitaire face à un sentiment d’inadéquation entre son sexe assigné et son identité de genre, NDLR). J’ai toqué ici pour voir s’il y avait de la lumière. Aujourd’hui j’ai accepté de vivre en homme dans un corps de femme. »

Ash Claveau, Marina Bonnefoi et Emmanuel Ferreira (de gauche à droite), tous membres du centre LGBT de Touraine.
Ash Claveau, Marina Bonnefoi et Emmanuel Ferreira (de gauche à droite), tous membres du centre LGBT de Touraine.

La société demeure particulièrement discriminante envers les personnes transgenres. C’est contre ces discriminations que se battent les membres du collectif Trans Posé-e-s. Iels (pronom neutre, préféré par le collectif pour qualifier un ensemble de personnes sans les englober dans un masculin, NDLR) participent aujourd’hui à la permanence du centre. Leur objectif principal est de fournir de l’aide et des informations aux personnes transgenres et intersexes. « Nous sommes très politiques, expriment-iels d’une seule voix. Les trois quarts du temps nous sommes invisibles aux yeux de la loi. Pour la société, on n’existe pas. »

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En quelques dizaines de minutes c’est une vingtaine de personnes qui a rejoint le centre. Elles se retrouvent autour des canapés et entament une discussion. Beaucoup sont timides, d’autres prennent plus facilement la parole. A l’ordre du jour : la lettre ouverte écrite par les associations traditionalistes AFC, Tous pour la famille et Alliance Vita. Celles-ci critiquent les affiches de la marche des fiertés, qui a lieu le samedi suivant, et affirment qu’elles font la promotion de la GPA. « La GPA n’est pas le sujet ! Si maintenant ils en sont à imaginer ce que disent les uns et les autres ! », s’exclame Marina Bonnefoi, bénévole au centre LGBT. « Il fallait s’attendre à ce qu’ils réagissent », répond une autre membre du centre.

Le débat s’oriente rapidement vers l’affiche en elle-même et durera longtemps. Est-ce que l’image convient ? Etait-ce possible de représenter la diversité du mouvement avec l’image d’une seule personne ? L’affiche de la marche des fiertés doit-elle porter un message ? Les arguments sont développés dans le calme. Chacun suit les règles de conduite relatives aux PAE : il n’y a pas d’interruption de parole, toutes les réactions sont admises, et nombre d’entre elles sont parfois critiques.

Ash Claveau fustige une photo présente dans le livret de la marche, celle d’un enfant porté à bout de bras. « On en avait parlé, cette image n’est pas bonne. J’ai peur que LMPT (La Manif pour tous, NDLR) ait le dernier mot sur ce coup là ! » Les attentions sont centrées sur l’événement de samedi. Le parcours de la marche, la sécurité, les problèmes d’accessibilité aux handicapés… De nombreux sujets y sont liés, il faut les préparer. « On s’y retrouve à onze heures pour l’installation », entend-on derrière la porte du local.

Plus loin, sur la place devant les locaux de l’association, les bénévoles terminent le debriefing de la PAE. Il est aussi question de la marche et de son affiche. « L’organisation de la marche est stressante », confie l’un d’entre eux. Cette année, le défilé défendra la PMA « pour toutes et tous » précisent les bénévoles, incluant ainsi les hommes transgenres. Pour l’équipe du centre LGBT de Touraine, si la marche est un moment de fête, elle doit également rester politique.

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