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Ce que l’on trouve derrière la grande porte du Hameau St Michel

A deux pas de l’Institut de Touraine et de la Basilique St Martin, le Hameau St Michel se niche au fond d’une impasse discrète, à côté de quelques belles demeures de ce quartier du centre-ville de Tours. Ça se sait peu, mais il est ouvert à tout le monde toute l’année via son restaurant associatif. Et ce n’est là qu’un exemple des actions menées derrière ses murs… Visite guidée.

L’histoire du Hameau St Michel débute dans la première moitié du XXème siècle. De 1941 à 1955, la Congrégation religieuse des Sœurs Oblates de Montluçon acquiert progressivement plusieurs bâtiments de l’Impasse Rabelais. Au départ, des jeunes filles y sont accueillies sous la forme d’un foyer ; au début des années 60 on y organise des ateliers couture pour des personnes handicapées, l’école d’infirmières y pose également ses valises pour quelques temps à partir de 1962. En 1977, les Sœurs restent propriétaires mais se désengagent de la gestion au profit d’un couple laïc, les Garnier, qui héberge des jeunes placées sur décision de justice. Suivent l’ouverture de différentes antennes en lien avec l’hôpital ou le Conseil Départemental, toujours au bénéfice de jeunes filles (le site n’est devenu mixte qu’en 1999).

Aujourd’hui, c’est l’association Soliha (Solidaire pour l’Habitat) et la société immobilière Ficosil spécialisée dans la mise à disposition de logements pour des personnes « en situation d’exclusion sociale » qui gèrent le Hameau St Michel via un bail signé jusqu’en 2040 avec les sœurs.

« Ici, on cherche à mélanger les publics »

Sur le site, 46 chambres sont dédiées à des étudiant(e)s (principalement inscrit(e)s à la fac de médecine), sans conditions d’accès particulières. Ensuite, 10 logements T1 ou T2 sont réservés au dispositif CESAME du Conseil Départemental, c’est-à-dire l’accueil de familles en difficulté avec des enfants de moins de 3 ans. Via une convention avec l’association Enfance et Pluriel (qui s’occupe de l’Institut Médico Educatif – IME – de Seuilly, près de Chinon), il y a 3 chambres pour des personnes ayant une déficience mentale ou des troubles du comportement, elles sont situées dans une petite maison avec cuisine collective. Et puis il y a l’une des trois pensions de famille du département d’Indre-et-Loire, autrement dit un dispositif où des personnes fragiles et isolées disposent de leur propre logement mais aussi d’espaces communs pour passer des moments en groupe. 22 adultes peuvent y dormir.

La salle commune de la pension de famille.

« Notre projet est centré sur la mixité sociale, on cherche à mélanger les publics, faire en sorte que des gens qui aillent bien et moins bien puissent se parler » explique Stéphanie Hoinard, la directrice du Hameau : « cela permet par exemple aux étudiants en médecine de rencontrer des publics fragilisés auxquels ils auront à se confronter dans le cadre de leur futur métier. Cela tire tout le monde vers le haut. »

« Le restaurant associatif, c’est meilleur que la cantine du lycée »

Et ça fonctionne car chaque année, le Hameau St Michel reçoit plus de demandes de logements étudiants que le nombre de lits qu’il peut louer : « c’est un modèle qui convient aux familles, les jeunes peuvent se concentrer sur leur travail » explique Stéphanie Hoinard qui met à leur disposition une salle calme sous les toits pour étudier en solitaire ou en groupe mais surtout le restaurant associatif du rez-de-chaussée, ouvert midi et soir du lundi au vendredi, ainsi que le samedi midi. « 70% de nos repas sont servis aux résidents, et 30% à des gens de l’extérieur » explique la directrice qui voit passer des travailleurs, des élèves des lycées des alentours ou des retraités du quartier : « ici on mange un repas complet pour 8€ après avoir payé une cotisation de 8€ pour adhérer à l’association », « et c’est meilleur qu’à la cantine » lâche un groupe d’ados dans un grand sourire en attendant l’ouverture du self dans le petit salon d’accueil avec piano.

L’entrée des logements pour les familles avec jeunes enfants.

Si le look des locaux n’est pas toujours très moderne (surtout au restaurant, qui doit prochainement être remis au goût du jour), le Hameau St Michel cultive sa quiétude et son côté chaleureux dans de belles demeures historiques qui ont tout de même été rénovées dans les grandes largeurs ces 4 dernières années via un chantier à 1,6 million d’euros. « Ici c’est un peu familial, tout le monde s’entend, j’ai plaisir à venir y travailler » nous glisse Chantal, qui connait les lieux depuis 40 ans. De plus, le site dispose de quelques beaux coins extérieurs dont la terrasse du self (très appréciée en été, notamment pour son calme) ou la tonnelle de la pension de famille. Cette dernière dispose également d’une élégante salle commune avec souvenirs aux murs, jeux de société, créations des résidents et grande table façon auberge.

Une volonté de s’ouvrir encore plus vers l’extérieur

Dans la pension, deux salariés – deux « hôtes » – se relaient pour « dynamiser la vie collective » via des sorties ou des animations. « Leur mission ce n’est pas de l’accompagnement social pur et dur » insiste Stéphanie Hoinard, d’autant que parmi les 22 pensionnaires, beaucoup travaillent. Il n’empêche, « il y a une forte part de collectif, ce qui n’est pas forcément le cas de toutes les pensions de famille » assure la directrice.

Dans l’avenir, le Hameau St Michel souhaite s’ouvrir encore plus vers l’extérieur. Via son restaurant, mais pas que. Stéphanie Hoinard nous parle d’expositions, de cafés des langues, de la possibilité de louer des salles pour des réunions associatives ou encore d’accueillir des touristes de passage en mode auberge de jeunesse une fois les étudiants partis, donc entre juin et septembre pour 17 à 20€ la nuit, petit déjeuner inclus. Un dispositif qui attire déjà des étudiants de l’Institut de Touraine ou des personnes engagées dans le parcours de la Loire à Vélo.

En poste depuis un an et demi, mais ayant fait carrière dans le social, la directrice réfléchit également à un éventuel agrandissement via l’acquisition de locaux dans les rues voisines pour étendre son action en faveur des publics en situation de handicap : « c’est vraiment dans nos valeurs de participer au relogement de personnes qui ne trouveraient pas facilement quelque chose », d’autant qu’il y a des résultats : « deux des jeunes arrivés récemment via l’IME ont aujourd’hui un travail et un appartement, le troisième a également un emploi mais a récemment subi un refus pour un appartement. »


Un degré en plus :

La page Facebook du Hameau St Michel.

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