Arrivée de migrants de Calais en Indre-et-Loire

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Le plan de démantèlement de la Jungle de Calais et la répartition des milliers de migrants qui l’occupaient sur tout le territoire français a débuté cette semaine. Un peu partout en France, des collectivités et des citoyens qui n’avaient rien demandé voient ainsi recréées sur leur territoire d’innombrables mini-jungles. Une situation intenable pour les Français qui voient là partir leurs impôts dans l’accueil de ces populations. Des migrants qui une fois arrivés peuvent bénéficier d’un logement chaud et confortable, tandis que de nombreux Français souffrent sans aucune aide. Des migrants qui à l’avenir poseront de plus de nombreux problèmes ne serait-ce que par leur difficulté d’intégration et à cause de la politique de regroupement familial qui leur permettra de faire venir toute leur famille…

Rassurez-vous, ce genre de propos ne sont pas issus de notre pensée, mais résument les trop nombreux messages postés ces derniers jours sur les réseaux sociaux. En effet, au lieu d’un déferlement de migrants, c’est bien un déferlement de haine qui s’est propagé sur chaque publication d’article de presse évoquant l’arrivée de populations évacuées de Calais.

En Indre-et-Loire : 110 réfugiés sur une population départementale de 600 000 habitants…

Des commentaires hâtifs, virulents et emprunts de racisme décomplexé qui deviennent légions et qui interrogent. Oui car si les réseaux sociaux sont parfois comparés avec moquerie à une espèce de discussion de comptoir 2.0, plusieurs différences notables sont toutefois à relever : le poids et l’effet caisse de résonance qu’ils ont et l’impression d’impunité que les internautes peuvent avoir en les utilisant, oubliant que ces espaces sont publics. Ajoutons à cela que l’écran d’ordinateur apporte un sentiment de sécurité rendant facile la sortie de propos qui ne sauraient être dits au quotidien, dans la rue, en public. C’est pourquoi minimiser ces réactions serait une erreur,  parce qu’elles sont finalement révélatrices de la pensée de leurs utilisateurs, qui se lâchent sur ces réseaux plus facilement qu’ils ne le feraient en réel.

Des propos d’autant plus à prendre au sérieux qu’ils s’entretiennent les uns les autres et qu’il est souvent compliqué de contredire sans s’attirer les foudres de ces mêmes internautes. Pourtant il faut rétablir quelques vérités. Tout d’abord loin d’un déferlement de migrants, rappelons que l’Indre-et-Loire n’accueillera à terme que 110 réfugiés (et que seulement 46 sont arrivés hier) dans ses deux CAO (Centres d’accueil et d’orientation) situés à à Tours et à Saint-Pierre-des-Corps. 110 réfugiés sur une population départementale de 600 000 habitants… De plus, les autorités préfectorales précisent que « la mise à l’abri dans le CAO est temporaire. Elle doit permettre aux acteurs associatifs d’aider les migrants à constituer un dossier de demande d’asile puisque la très grande majorité de ces personnes s’inscrit dans cette démarche. Il sera procédé ensuite à leur réorientation dans le dispositif d’hébergement déjà existant, dédié aux demandes d’asile (Centres d’accueil de demandeurs d’asile – CADA). ». En clair, ces populations bénéficieront simplement de l’aide que la loi permet déjà d’avoir, comme pour tout demandeur d’asile.

L’autre, la source de tous les maux

Mais au delà de ces aspects concrets et techniques sur les droits des demandeurs d’asile, les messages diffusés depuis cette semaine révèlent surtout une ignorance autour de ces questions migratoires et sont souvent issues de réflexions autour de croyances plus ou moins fondées et d’argumentaires peu étayés et souvent fallacieux comme pour les discours annonçant « une vague de migrants sans précédent ». La France court-elle à  sa perte ? comme semblent le (faire) croire ces messages remplis d’amalgames. Il suffit pourtant de regarder dans l’histoire récente de la France et remonter à des épisodes migratoires majeurs – desquels d’ailleurs certains de nous et de ceux qui dévoilent publiquement leur haine et se disent « fiers d’être Français » sont issus – pour se rendre compte que non. Ce furent les migrations des Italiens, des Polonais, des Portugais ou encore plus récemment des Boat-People Vietnamiens. Des immigrations qui ont apporté au final bien plus de richesse à la France qu’elles n’en ont coûté.

J’exclue ici volontairement les immigrations des peuples marocains, tunisiens ou encore algériens qui bien qu’ayant relevé la France au sens propre du terme en participant activement à la reconstruction du pays après la Seconde Guerre Mondiale, sont aujourd’hui marqués d’un fer rouge lié à une islamophobie grandissante qui s’exprime au plus grand jour et qui est amplifiée par les attentats tragiques qui ont touché la France depuis l’an dernier. Cette même islamophobie qui peine aujourd’hui à se dissimuler  dans les propos de haine divulgués au grand jour sur les réseaux sociaux.

Le rejet et la peur de l’autre sont bien souvent issus d’une ignorance de celui-ci. Une ignorance qui renvoie l’être humain à son instinct primaire protecteur, celui-là même qui le fait se rattacher à une identité qu’il ne saurait pourtant lui même bien souvent définir ou appliquer au quotidien les concepts qui lui sont faussement déclinés. Les migrants contre « nos SDF » lit-on souvent dans cet argumentaire de rejet, comme pour mieux opposer les différentes populations en détresse. Le « nos » accolé au terme SDF renvoyant à ce même sentiment d’appartenance. Pourtant ce sont ces mêmes SDF, souvent invisibles au quotidien, et à qui il y a encore si peu de temps on donnait trop de privilèges pendant que d’autres « se lèvent tôt et travaillent dur pour payer leurs impôts ». Question d’opposition encore, comme pour mieux se réfugier et renvoyer ses propres difficultés dans le rejet de l’autre, cause de tous les maux.

Un déferlement de haine pas si étonnant

Nul question ici de politique, nul question de droite ou de gauche, mais simplement d’humanisme et de recul sur des événements dont certains se servent pour attiser les oppositions. Hier les SDF, les assistés, les fonctionnaires, les privilégiés, aujourd’hui les migrants, demain peut-être vous. Mais ne soyons pas dupes, quelques milliers de personnes pour la grande majorité ayant fui leur pays en guerre, ne feront pas sombrer la France dans le chaos et ne viendront pas « polluer » votre vie comme on peut trop souvent le lire.

armee_syrienne_lors_de_combats_urbainQuotidien en Syrie, pays de nombreux réfugiés

Mais un déferlement de tels propos est-il si étonnant au final ? Non, les signaux sont visibles depuis longtemps déjà, entre une fachosphère qui a remporté la bataille du net pour reprendre le titre d’un article de Rue 89 (citant un classement publié sur Médiapart), une droite qui sur fond d’élections à venir se perd dans son rapport au Front National comme en témoigne le refus de s’opposer franchement à l’initiative des élus Frontistes « Ma commune (région) sans migrants », comme ce fut le cas à Tours, Joué-lès-Tours ou au Conseil Régional, et enfin une gauche déboussolée, inaudible et qui n’ose plus s’afficher comme telle, perdant par la même de son côté la bataille des idées. Mais comme dit plus haut, cette question ne saurait se regarder que par le prisme de la politique. Il y a bien d’autres responsables également à commencer par nous-mêmes médias, trop souvent pris par la course à l’information et ne prenant plus le temps de faire œuvre de pédagogie et d’explication, en préférant à cause d’une concurrence exacerbée, se contenter d’informations rapides à diffuser. Responsabilités individuelles également dans une période où l’individu prime sur tout et où le NIMBY (Not in my back yard ou pas près de chez moi) est élevé comme raison d’être. Un peu de tout cela sans doute et beaucoup plus encore. Il est pourtant grand temps de faire amende honorable et d’élever de nouveau le vivre ensemble, la solidarité et la fraternité comme valeurs essentielles à notre société.

Un degré en plus :

> Relire notre portrait d’un migrant venu en France parce que persécuté dans son pays à cause de son homosexualité

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