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Après le cancer, difficile retour au travail pour les malades

Les chiffres sont alarmants : selon la Ligue contre le Cancer, 1 personne sur 3 ne retrouve pas son travail ou décide de le quitter après la maladie. Concernant les chômeurs, seuls 30% ont un emploi deux ans après la fin de leur traitement. A l’occasion d’Octobre Rose – le mois de lutte contre le cancer du sein – nous avons rencontré Catherine Barbe, médecin coordonnateur de l’hôpital de jour du CHU de Tours, un service situé dans le bâtiment Kaplan de l’hôpital Bretonneau. C’est là que les patientes et les patients viennent faire leurs chimiothérapies…

 

Evoquez-vous la question professionnelle avec les patients ?

Au moment de l’annonce, on l’aborde sur le plan de l’arrêt de travail. Dans la plupart des cas ils cessent leur activité pendant toute la durée des soins, que ce soit la chirurgie ou la chimiothérapie ce qui peut durer un an. C’est tout à fait pertinent à cause de la fatigue mais aussi parce qu’ils vont devoir affronter des choses qu’ils ne connaissent pas. Malgré tout, certains veulent poursuivre leur activité. On essaie donc de tout mettre en œuvre pour que ce soit possible, même si tout dépend de la tolérance de la chimiothérapie. Pour certains cela ira relativement bien, d’autres moins. Parfois ils peuvent continuer leur activité professionnelle au départ et cesser ensuite. Nous sommes ouverts à tous leurs souhaits, et on s’adapte.

Ensuite, dès que les traitements de chimiothérapie sont interrompus, ou dès qu’ils vont l’être, c’est une question qu’on repose aux patients : « voulez-vous reprendre et dans quelles conditions ? » Certains demandent un temps partiel, ce qui me parait être une bonne solution quand l’interruption a été un peu longue.

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C’est essentiel pour ces personnes de reprendre une activité ?

C’est sûr que c’est un cap important. Tellement important que certaines ont peur de ne pas pouvoir faire face à la charge de travail. A ce moment-là, il faut les entourer car les problématiques sont diverses. Je pense par exemple à la question financière, essentielle : en fonction des professions l’interruption de travail peut engendrer des pertes de revenus importantes et ça va être crucial pour elles de reprendre leur emploi. Nous faisons alors appel à nos assistantes sociales qu’elles puissent bénéficier d’aides ou de ressources supplémentaires si elles ont trop peu de revenus.

 

Toute personne qui suit une chimiothérapie au CHU de Tours est suivie par une assistante sociale ?

En tout cas toutes peuvent l’être. Nous n’imposons rien aux patients mais c’est quelque chose qu’on va leur proposer dès le départ, dès l’annonce des traitements. On leur explique qu’un certain nombre de professionnels sont à leur disposition pour régler leurs problèmes : des assistantes sociales mais aussi des diététiciennes. Tous n’en ont pas besoin, certains savent gérer leurs problématiques avec des aides de leur travail par exemple.

C’est difficile de faire la part des choses entre « Je veux reprendre une activité professionnelle » et « Je peux reprendre une activité professionnelle » ?

En effet. Selon les professions cela peut être un problème physique, comme un patient très affaibli après les traitements parce qu’il s’est trouvé pendant un mois dans une chambre sans bouger après une greffe. Il faut donc qu’il puisse s’en sortir, retrouver confiance en lui sur ses capacités physiques. A ce moment-là on se fait aider par des kinés ou des éducateurs sportifs. On a pu démontrer tout le bénéfice de l’activité physique donc on encourage vraiment nos patients à en avoir une dès le début de la prise en charge. Ça va être très important pour retrouver une pleine possession de leurs moyens physiques.

 

Certains ont peur de perdre leur travail suite à leur cancer ?

Bien sûr. Il y a la crainte de ne pas faire face à la charge de travail, mais pas seulement. Certains, remplacés pendant leur absence, se trouvent confinés dans des postes moins intéressants ce qui n’est pas toujours facile pour eux.

 

Quelles sont les alternatives ?

Nous n’avons pas de moyen de pression auprès des employeurs cependant les assistantes sociales peuvent se mettre en rapport avec les entreprises, ou en tout cas faire part de leurs droits aux patients pour qu’ils réclament un changement de poste ou son aménagement.

 

Pendant le traitement, vous évoquez parfois la possibilité d’une reconversion ?

Tout à fait. Du fait de cet arrêt, certains patients se rendent compte que le poste qu’ils occupaient n’était pas pleinement satisfaisant, ne les rendait pas heureux, et ils réfléchissent à une reconversion. C’est toujours un temps de pause et de réflexion pour eux, ils pensent par exemple à leur hygiène de vie, se demandent s’ils passaient assez de temps avec leurs proches…

Après ça, ils sont plusieurs à changer leur approche de la vie, par exemple en modifiant leur alimentation, leurs objectifs professionnels, en prenant un temps partiel au lieu d’un temps plein… Parfois ils changent même radicalement de travail en faisant des formations pour un nouveau métier. On a aussi le cas de figure de patients très entourés pendant leur traitement mais qui, au moment de reprendre le travail, se rendent compte que ça ne se passe pas bien au point d’être désemparés. Ainsi, deux ans après le cancer, il arrive que les patients aient à affronter une période très difficile. On peut alors remobiliser nos supports pour les aider à rebondir avec les assistantes sociales ou les psychologues.

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