Société

Alice, étudiante en Master à Oxford !

Episode #2 sur 2

Si vous êtes un lecteur assidu de 37 degrés, vous connaissez sans doute Vincent, le Tourangeau de 19 ans qui est entré dans la prestigieuse école Polytechnique Paris en septembre 2014. Voici le tour d’Alice, une Tourangelle de 23 ans qui, depuis sa scolarité sur les bords de Loire jusqu’en Seconde a un parcours assez… complexe !

Ces portraits de jeunes tourangeaux aventureux sont l’occasion de découvrir des filières pas toujours connues et de rappeler que les études supérieures ne sont pas forcément un long fleuve tranquille.

Episode #1 publié le mercredi 27 mai 2015

Etudes transatlantiques, suite.

37° : Nous sommes début 2014, tu es de retour au Canada pour ton dernier semestre de Bachelor bilingue en ‘Etudes anglaises et littérature comparée’ à l’Université de Montréal et un jour le facteur a sonné à ta porte…

Alice : Et j’ai reçu une lettre d’admission pour Oxford, pour mon Master ! J’ai complètement halluciné, jamais au grand jamais je n’aurais pensé pouvoir être prise là bas ! Mais c’est vrai que j’avais quand même un bon «carnet» (dossier) et mes profs m’aimaient bien alors… Moralité de l’histoire : soyez fous, postulez pour le meilleur du meilleur parce qu’on ne sait jamais, vous pourriez être pris !

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37° : En septembre 2014, te voici de retour en Europe, installée à Oxford, donc ?

Alice : J’ai commencé les cours, les séminaires et les tutorats. J’habite dans une résidence universitaire, j’ai fait un autre gros emprunt pour me payer la vie ici et les frais de scolarité, qui sont dantesques…C’est un peu la merde côté financier, mais je me dis qu’après je me trouverai un super boulot qui remboursera tout, en consulting, marketing (les étudiants sortant d’Oxford commencent tous leur carrière en moyenne avec un salaire de 2000-3000 livres minimum par mois), il faudra que je vende mon âme un peu avant de faire ce que j’ai vraiment envie de faire, c’est-à-dire travailler dans des organisations non gouvernementales en faveur du droit et de la condition féminine.

La «sweet life» à tous les niveaux

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 37° : Alors cette vie à Oxford, c’est aussi bien qu’on l’imagine ?

Alice : Je me suis fait des super potes internationaux, tous ultra brillants, geeks mais ouverts d’esprit et fêtards comme moi. Y a des évènements (des ‘socials’) tous le temps: diners formels, garden parties, bals… On ne s’ennuie pas ici. Les bibliothèques, les «colleges» (je suis à Kellogg College, fondé par un célèbre Américain qui vendait des céréales !), les cloîtres, les petites rues, tout est magique et magnifique. La rue perpendicualaire à la mienne abrite le mec de Radiohead, et le peintre Turner y habitait. A deux pas de chez moi y a le pub ‘The Eagle and Child’ qui accueillait Tolkien et C.S Lewis quand ils buvaient pour se donner du courage dans l’écriture de leurs bestsellers. Oxford, c’est la ville d’Oscar Wilde, de Lewis Caroll aussi (Alice était la fille d’un des doyens de l’université).

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37° : La vie d’étudiant à Oxford, c’est aussi le sport… Comment tu t’en sors ?

Alice : J’ai essayé de faire un peu d’aviron mais c’est pas trop mon truc, moi je suis plutôt yoga et sport à la cool, mais quand on se promène sur le canal on peut voir les ‘rowers’ s’entraîner. C’est magique. Et quand il y a des compétitions, il y a une ambiance d’enfer. Les soirées et la «night life» ici c’est super, vu que c’est une ville étudiante, il y ce qu’on appelle des ‘bops’, soirées d’Oxfordiens (‘Oxonians’) dans les «collèges» (facs) où l’alcool coule à flots, avec des thèmes plutôt débiles généralement.

37° : Côté culturel, ça donne quoi ?

Alice : Je suis passionnée de musique (guitare et chant jazz ou lyrique/opéra, j’avais un groupe jadis), de théâtre (j’ai fait pas mal d’ateliers improvisation et d’interprétation à Montréal et avant aussi, en France), j’ai participé à une pièce de théâtre féministe intitulée ‘Seven’ mise en scène par une fille de ma classe, dans le cadre du Forum des Droits de l’Homme de Mansfield College.

On n’est pas là pour rigoler, non plus…

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37° : C’est bien joli tout ça, mais tu bosses un peu quand même ?!

Alice : Pour avoir mon année je dois écrire deux grosses dissertations (7.000 mots) et un mémoire (12.000 mots), mes travaux de recherche portent sur:

– La «vieille fille» au cinéma dans trois films (Bridget Jones, Muriel’s Wedding, et Broken English), la construction de l’identité féminine, la stigmatisation des femmes célibataires dans les ‘chick flics’ et popculture et post-feminisme ou troisième vague féministe

– La prostitution en Inde (analyse des discours contreproductifs de ‘sauveurs’ d’ONG locales et internationales opposées aux discours des travailleurs du sexe Indiens eux-mêmes qui s’organisent en lobbies et syndicats), problématiques de genre appliquée aux théories sur le développement international

– La représentation des femmes dans les tableaux d’Edouard Manet, les débuts du féminisme en France au XIXe, la réponse des femmes artistes de l’époque (Marie Cassatt, Eva Gonzales, Berthe Morisot, Rosa Bonheur…) + réponse contemporaine avec des groupes comme les Guerilla Girls.

Tout ça est très large, j’ai beaucoup de liberté dans les choix de sujet, je fais un peu ce que je veux du moment que ça parle des femmes et du féminisme. Et bien sûr le tout en Anglais !

Nous allons suivre la suite des aventures d’Alice et nous la retrouverons très certainement dans nos colonnes dans les prochains mois…

Légende photos

  1. Alice devant Kellogg College
  2. Alice à un dîner formel à Exeter College, avec des copines de son propre «college».
  3. Alice fait la folle à la Taylorian Library (où une fois elle s’est retrouvée assise en face d’Ingrid Bettencourt !)
  4. Alice au début de l’année lors de sa ‘Matriculation ceremony’. Elle porte le ‘subfusc’, uniforme oxfordien que l’on doit porter pour cette occasion, pour tous les examens et pour la cérémonie de remise de diplômes. Cette tenue est composé d’une cape noire (longue pour les ‘graduates‘, courte pour les ‘undergraduates‘), d’un bas noir, d’un haut blanc avec ruban noir pour les filles ou cravate noire pour les garçons, et éventuellement d’un chapeau noir – mais pas obligatoire. «La ‘Matriculation ceremony’ c’est l’événement qui permet de devenir officiellement un étudiant d’Oxford. On entre dans le Sheldonian Theatre, le doyen prononce de mystérieux mots en latins et on ressort et TADAM on devient Oxfordien.»
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