Société

Alice, étudiante en Master à Oxford… ou pas !

Episode #1 sur 2

Si vous êtes un lecteur assidu de 37 degrés, vous connaissez sans doute Vincent, le Tourangeau de 19 ans qui est entré dans la prestigieuse école Polytechnique Paris en septembre 2014. Voici le tour d’Alice, une Tourangelle de 23 ans qui, depuis sa scolarité sur les bords de Loire jusqu’en Seconde a un parcours assez… complexe !

Ces portraits de jeunes tourangeaux aventureux sont l’occasion de découvrir des filières pas toujours connues et de rappeler que les études supérieures ne sont pas forcément un long fleuve tranquille.

DSC_0147

Des internats très spéciaux !

37° : Comment a commencé ta scolarité à Tours ?

Alice : J’ai fait quasiment toute ma scolarité à Notre Dame la Riche, puis une année de lycée en Seconde à Descartes avant de partir en internat aux Demoiselles de la Légion d’Honneur en région parisienne. J’y ai obtenu un Bac Littéraire Mention Très Bien. C’est un établissement assez particulier, créé par Napoléon I pour les pupilles de la nation, où l’on doit porter l’uniforme, faire la révérence quand la directrice entre en classe.

On entre sur dossier et si on a un parent direct qui a la légion d’honneur (il y a des militaires du côté de mon père).

37° : Avec ce bac en poche, qu’est-ce que tu as eu envie de faire ?

Alice : Sans véritablement savoir pourquoi, mon choix s’est porté sur cet effroyable concours d’entrée à Sciences Po Paris. Que j’ai raté. J’ai enchaîné par une année d’hypokhâgne à Paris au Lycée Condorcet, j’ai obtenu une bourse de l’Etat et une bourse pour ma mention au bac et je me suis retrouvée dans une résidence universitaire de jeunes filles dans le 16e appelé ‘le foyer des lycéennes‘ (il a officiellement changé de nom en 2011 et s’appelle désormais «Lycée d’Etat Jean Zay internat d’excellence» – ndr) pour les élèves méritantes et boursières qui sont en prépa (à Henri IV, Louis-le-Grand et compagnie…).

«Mon rêve américain»

37° : Comment s’est passée cette prépa pour toi ?

Alice : C’était une expérience très intéressante, une formation de très haut niveau, mais globalement cela a été difficile : j’étais entourée de personnes tristes et ennuyeuses (hormis quelques rares personnes en or) et de quelques professeurs obtus et imbus d’eux-mêmes et sans pédagogie. Je ne rêvais qu’une chose: me barrer à l’étranger le plus vite possible et vivre mon «rêve américain». J’ai validé mon année avec une équivalence d’un an de Lettres Modernes à la Sorbonne.

37° : Tu as alors vraiment préparé ton départ à l’étranger ?

Alice : Pas tout de suite. Des mois ont passé et peu à peu l’échappatoire a pris forme à partir d’une idée suggérée par une amie de lycée : partir au Canada. S’exiler pour étudier trois ans dans une université nord américaine francophone, aux frais de scolarité bien moindres qu’une fac américaine (qui reviendrait à environ 30 000 dollars l’année).

37° : Vous aviez un «plan» bien précis ?

Alice : Oui, faire une licence (un «bachelor») de Sciences Politiques là-bas en trois ans et revenir ensuite en Master à Science Po Paris sans passer le concours (car ensuite, on est considéré comme ‘étudiant étranger’). Je suis partie à Montreal en août 2010 et j’ai arrêté mon «Bachelor» en Sciences Politiques en octobre ! J’ai réalisé que je m’étais lancée dans une voie qui n’était pas la mienne tout compte fait.

Un bout de vie au Canada

37° : Tu étais au Canada, tu ne pouvais plus trop reculer, comment tu as géré cette nouvelle envie de changement ?

Alice : J’ai changé directement pour un Bachelor bilingue en ‘Etudes anglaises et littérature comparée’ à l’Université de Montréal. J’avais emprunté pour aller là-bas et je travaillais à côté en même temps que mes études, plein de petits boulots étudiants. D’ailleurs ce n’était pas nouveau pour moi, j’ai travaillé tous les étés depuis mes 18 ans, surtout à Tours dès que je revenais, notamment comme serveuse, vendeuse, caissière… un peu de tout et dernièrement cet été j’ai été guide touristique à la tour Eiffel !.

37° : Comment tu résumerais cette nouvelle vie au Canada ?

Alice : Les soirées d’intégration alcoolisées à la bière en fût, les pom-poms girls, les casiers rouges, le Starbucks coffee rempli d’étudiants travaillant sur leur Macbook pour terminer un devoir, l’hiver à -30°c, la poutine … Tel était mon quotidien au Canada !

37° : Tu es revenue en Europe en 2012, mais plus longtemps que prévu…

Alice : Je suis partie 6 mois en échange universitaire à l’UCL à Londres en Littérature anglaise. Pareil, je bossais 25h par semaine en même temps que mes études pour me payer la vie là-bas parce que mes parents ne pouvaient pas tout financer. J’ai validé mon année avec des équivalences. Ensuite je me suis retrouvée en galère pendant 6 mois en France à cause d’une bêtise administrative qui m’a empêché de renouveler mon visa canadien pour finir ma licence !

Le féminisme en ligne de mire

37° : Comment tu as mis à profit cette «quarantaine administrative» ?

Alice : J’ai fait plein de petits boulots pour éviter d’être un parasite auprès de mes parents, pour me rendre utile et j’ai passé aussi mon temps à préparer des dossiers de candidature pour des masters à l’étranger. De façon un peu «suicidaire», je postule finalement pour deux seulement :

-un Master en Women’s Studies à l’université d’Oxford en Angleterre. J’avais fait un peu de théorie féministe et de genre au Canada dans certains de mes cours, mais sinon je n’y connaissais rien et ce n’est certainement pas en France que j’aurais connu tout ça vu que les universitaires féministes sont complètement planquées dans nos universités et qu’il n’existe qu’un seul Master d’études féministes à Paris 8, créé il y a très peu de temps.

-un Master en Creative and Cultural industries à Kings College, en Angleterre.

J’ai postulé à Oxford parce que je me disais que comme fan d’Harry Potter je pourrais toujours dire que j’ai postulé à Oxford une fois dans ma vie !

Alors, Alice sera-t-elle prise à Oxford ? Ou disparaîtra-t-elle à jamais dans une longue file d’attente devant l’Ambassade du Canada à Paris ?

Vous le saurez en lisant le second épisode de cette aventure mercredi prochain dans 37 degrés !

Print Friendly, PDF & Email