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A cause du coronavirus, « aucune activité avant fin août » pour Tours Evénements

 

La Foire de Tours reportée à deux reprises, des spectacles décalés voire annulés, des congrès remis à plus tard… En quelques semaines, Tours Evénements a subitement vu son année se décomposer, en raison de la crise du coronavirus. Son directeur estime que les conséquences de cette crise se verront à long terme, au moins jusqu’en 2022.

« On est la mauvaise industrie au mauvais moment » répète le directeur de Tours Evénements Christophe Caillaud-Joos. Avant même le début du confinement mardi 17 mars, son entreprise qui gère le Parc Expo de Tours et le Vinci avait dû réagir en urgence à la crise du Covid-19. Dans les premières semaines de mars, la Foire a été décalée du 1er au 29 mai, plusieurs salons reportés en juin ou en fin d’année… Ça n’a pas suffi. La Foire est désormais envisagée du 10 au 18 octobre, l’American Tours Festival n’aura pas lieu. Globalement, « notre activité sera nulle jusqu’à fin août » explique le patron de la société, même si le chef de l’Etat laisse pour l’instant la porte ouverte à une reprise progressive des événements festifs à partir de mi-juillet.

Conséquence : 85% des 82 collaborateurs de Tours Evénements sont au chômage partiel, une partie de l’équipe est en télétravail à mi-temps. Il reste le comité de direction, le service Ressources Humaines, la sécurité et un peu de commerce pour préparer la Foire. Les réunions se font naturellement en visioconférence. « Aujourd’hui on a une trésorerie suffisante pour absorber les problèmes qui nous arrivent et maintenir le salaire de nos collaborateurs au chômage partiel à 100%. Avec le scénario actuel de reprise, nous ne sommes pas en danger mais je ne dirais pas la même chose si les événements ne repartent qu’en décembre ou en janvier » analyse Christophe Caillaud-Joos.

La Foire d’octobre encore en sursis

La situation évolue de manière fluctuante. Ce qui est vrai un jour ne l’est pas forcément le lendemain, voire quelques heures plus tard, en témoigne l’énorme flou déclenché par le ministre de la culture qui évoque la possibilité d’organiser de petits festivals à partir du 11 mai quand le président interdit les grands rassemblements deux mois de plus. Qu’est-ce qu’un petit festival ? Quelle jauge ? Quelles conditions ? Les organisateurs nagent en plein brouillard, d’autant que tout le monde se demande si un rassemblement – même de quelques dizaines de personnes – sera bien prudent. Cette incertitude n’échappe pas à Tours Evénements dont le 1er jour coché sur l’agenda est une convention avec 1 000 personnes le 29 août. Puis il y a d’autres événements professionnels, des concerts… « Qui me dit que je serai en capacité de les tenir ? C’est une vraie question » s’interroge le directeur régulièrement en rapport avec le ministère de la culture, le secrétariat d’Etat au tourisme ou d’autres grandes villes afin de recueillir les bonnes infos.

La Foire n’échappe pas aux questionnements : « On fait tout pour qu’elle se tienne. Pour cela on travaille sur l’élaboration d’une sorte de cahier des charges sanitaires. Demain, peut-être qu’on vous prendra la température et qu’on vous demandera de vous laver les mains devant nous à l’entrée, pareil pour un concert. Il faut des éléments de ré-assurance pour le public » avance Christophe Caillaud-Joos. La réduction des jauges est également à l’étude. La Foire peut rassembler plus de 20 000 personnes en une journée, jusqu’à 9 000 pour une grosse soirée au Village Gastronomique : « Peut-être qu’on sera amenés à réduire l’affluence à 5 000 personnes. »

Des conséquences sur l’emploi à long terme

Dans ce contexte, pas simple non plus de commercialiser les espaces dans les halls. Tours Evénements nous dit donc qu’elle propose des offres promotionnelles et ne demande pas nécessairement d’acomptes : « Il faut qu’on aide les commerçants d’autant qu’on ne veut pas faire une Foire au rabais en octobre, même si on doit y laisser des plumes financièrement. » De l’argent, l’entreprise en perd aussi avec l’American Tours Festival, par exemple parce qu’elle ne réclamera pas de remboursement des sommes déjà versées à certains artistes (les grosses têtes d’affiche ne sont pas concernées). D’ailleurs, l’organisation annonce bien l’annulation de l’événement et pas son report. « Les billets seront remboursés et non valables pour 2021. Nous travaillons également sur de nouvelles têtes d’affiche » informe Christophe Caillaud-Joos sans pour autant « tirer un trait sur tout ».

Si la vitrine publique de Tours Evénements ce sont les salons et festivals, la structure fonctionne également en grande partie grâce aux événements professionnels. C’est là qu’elle gagne le plus d’argent. 2020 sera une année quasi morte et « pour l’instant 2021 ne se remplit pas aussi bien que d’habitude. On a pas mal de cas de congrès qui sont déplacés jusqu’en 2022, tout est en train de se décaler » nous dit le directeur qui s’attend à un secteur perturbé pendant 2 ans, avec également un impact sur les hôtels, les traiteurs, les métiers techniques, le recrutement d’hôtes et hôtesses d’accueil… « On recrutera moins, on commandera moins de petits fours. Il va y avoir des licenciements. Oui le gouvernement aide la filière mais il va falloir faire plus. Ce qui se passe aujourd’hui c’est une catastrophe » conclut Christophe Caillaud-Joos.

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