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6 mois plus tard, les cinémas de Tours reprennent (enfin) du service

Une attente interminable pour les cinéphiles comme pour les professionnels du secteur. Ce mercredi 19 mai, les cinémas fermés depuis le 30 octobre peuvent enfin rouvrir leurs portes. Certes, avec des contraintes car le gouvernement lève progressivement les restrictions anti-Covid. Mais l’essentiel c’est de reprendre, de diffuser à nouveau des films… Un redémarrage qui se prépare depuis plusieurs jours. Ambiance aux cinémas Studio et au CGR des Deux-Lions.

« On nettoie tout du sol au plafond, il faut que ce soit vraiment parfait » : Philippe Lecocq est enthousiaste. Impatient, aussi. Le directeur des cinémas Studio de Tours prépare activement le retour du public dans les 7 salles de son multiplexe du centre-ville. « On prépare les choses de manière intensive. On a peu de temps mais tout sera prêt » poursuit-il. Idem quelques kilomètres plus au sud : « On est content de se préparer » souligne le directeur du CGR des Deux-Lions sur fond d’alarme incendie en cours de test. Pierre Crétet nous décrit le protocole de réouverture du CGR des Deux-Lions, le plus gros complexe du département d’Indre-et-Loire (12 salles, 30 salariés, 900 000 entrées en 2019) : gel hydroalcoolique à disposition, incitation à réserver sa place à l’avance, prix promo pour les abonnés (6€)… Tout est bon pour rassurer et attirer du monde.

Dans un premier temps, seul le personnel de direction du CGR reprend du service. A partir du 19 mai, la trentaine de salariés reviendra à tour de rôle : « Tout le monde reprend mais on continue le chômage partiel » explique Pierre Crétet. Aux Studio, le télétravail est maintenu en partie mais il y a du monde sur site pour relancer les machines. Les horaires ont été aménagés car le couvre-feu à 21h contraint l’organisation : « Nous allons relancer les séances du matin vers 10h45-11h. Ça avait bien marché en 2020 » souligne Philippe Lecocq. Même chose aux Deux-Lions d’autant que – durant trois semaines – les dernières séances débuteront vers 18h30-19h : « Il faut que les films se terminent au plus tard à 20h45 pour que les gens aient le temps de rentrer chez eux avant le couvre-feu de 21h » détaille le directeur.

Une jauge contrainte

Avantage : les Studios programment Mandibules de Quentin Dupieux qui dure à peine 1h17 ce qui permet de le caler à 19h15. Une petite ruse avec l’agenda. Tout sera plus simple le 9 juin quand on devra rentrer au plus tard chez soi à 23h, puis le 30 quand on pourra tout simplement se débarrasser de cette contrainte horaire et des attestations.

Le 30 juin c’est aussi la date à partir de laquelle les salles de cinéma n’auront plus besoin de calculer leur affluence. En attendant, c’est 35% de fauteuils occupés maximum du 19 mai au 8 juin (avec deux fauteuils entre chaque groupe, composé de 6 personnes maximum), 65% du 9 au 29. « Cela veut dire pas plus de 200 personnes dans notre plus grande salle » explicite Pierre Crétet aux Deux-Lions. « Pas plus de 100 chez nous, et 20 dans le Studio 6, notre plus petite salle » illustre Philippe Lecocq. D’où la réservation en amont proposée un peu partout, qui permet au passage de se rendre compte de l’attente pour le cinéma : « Pour un manga qui sort le 19 mai on compte déjà 15 000 préventes sur tout le réseau CGR français » se félicite le directeur du multiplexe de Tours-Sud.

Plusieurs films très attendus

Ainsi, outre des films sortis fin 2020 et peu exploités comme Adieu les cons ou Garçon chiffon, toute une série de nouveautés vont apparaître sur les écrans ce 19 mai et dans les semaines suivantes. « Il a fallu négocier avec les distributeurs pour éviter l’embouteillage de sorties » détaille Philippe Lecocq aux Studio qui refuse de surcharger sa grille de nouveautés : « On ne brade pas nos films en ne les diffusant que quelques jours ou sur peu de séances. On respecte les œuvres. » Le multiplexe art et essaie diffusera ainsi une quinzaine de films par semaine, une vingtaine aux Deux-Lions, une dizaine au Ciné Loire de Tours-Nord. Des sites où c’est plus le nombre d’entrées qui dictera la longévité de la programmation : « Il ne faudra pas trop attendre si on veut vraiment voir un film » prévient Pierre Crétet.

Parmi les longs métrages attendus : The Father (qui s’est illustré aux Oscars tout comme Drunk) puis plus tard des blockbusters comme Les Minions, Kaamelott, un nouveau Fast and Furious ou le nouveau volet de la saga OSS 117, précédé d’un joli buzz critique.

Des incertitudes sur l’avenir

Les cinémas vont donc reprendre vie progressivement. Dans un premier temps sans confiseries. De son côté la cafétéria des Studio ne rouvrira que le 9 juin car sa terrasse est trop petite pour que ce soit rentable avant. Suivra à la fin du mois une programmation spéciale autour du cinéma asiatique pour compenser l’annulation du festival déjà resté au placard en 2020 sans oublier la Cinémathèque qui prolonge ses soirées de films cultes jusqu’au 12 juillet. Les avant-premières avec artistes arriveront plus tard : « On y pense » soulignent les deux directeurs, sans trop s’avancer.

Qu’est-ce que tout cela va donner économiquement ? C’est la grande inconnue. Après l’effervescence des premiers jours, quel public durable pour les salles obscures ? Cela dépendra autant des sorties que de la météo ou de l’évolution de la pandémie donc pas question de faire des prédictions. La seule chose qu’on sait c’est qu’un public cinéphile fidèle montre de l’affection pour la pratique du cinéma, à en juger par la fréquentation « satisfaisante » de la bibliothèque des Studio restée ouverte ces derniers mois ou de l’abonnement de soutien au cinéma « qui n’a jamais aussi bien marché. » D’ailleurs, nombre d’abonnés acceptent de ne pas prolonger leur carte pour compenser la fermeture. La direction s’en dit touchée ce qui fait qu’au final « l’association ne s’en sort pas trop mal ».

Photo d’illustration.

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