SociétéInterviewsInterviews-Société

2020-2026 : quelle politique pour le commerce à Tours ?

 

Les Gilets jaunes, les grèves contre la réforme des retraites et le confinement… Tous ces événements ont entamé le moral d’un grand nombre de commerçants tourangeaux parce qu’ils ont fait baisser la fréquentation de leurs boutiques. Les soldes d’été 2020 ne semblent pas en mesure de relancer la machine et la Braderie de Tours – 2e de France – n’aura pas lieu pour cause de crise sanitaire. Pourtant, les ouvertures d’enseignes se multiplient avec l’arrivée de nouveaux concepts ou de marques nationales qui parient sur Tours pour leur développement (le glacier Amorino, Delirium Café ou Yogurt Factory viennent de s’implanter). Le centre de Tours restera-t-il le plus dynamique de France comme le prétendait une étude ?

Il y a du nouveau à la tête du service commerce de la ville de Tours. Son directeur est toujours là comme l’animateur (poste créé sous l’impulsion du maire Serge Babary) mais l’élu en charge du dossier a changé de nom. Le maire écologiste Emmanuel Denis récemment élu a choisi Iman Manzari pour reprendre cette délégation. « Je me suis longtemps occupé de commerces » se défend l’homme si on s’avise de lui dire que ce n’est pas son domaine de prédilection. Il fait aussi remarquer que sous Christophe Bouchet, Mauro Cuzzoni n’avait pas le titre d’adjoint mais seulement de conseiller municipal délégué au commerce.

Les questions protocolaires ont leur importance mais l’action de terrain en a encore plus. Le moins qu’on puisse dire c’est que l’adjoint au maire n’en manque pas. Après avoir décidé de relocaliser la Foire à l’Ail et au Basilic dans sa base originelle du Vieux-Tours (au lieu du Boulevard Béranger), il a confirmé l’annulation de la Braderie de Tours pour 2020 de peur de faire du centre de Tours un cluster Covid-19 le 6 septembre. A la place, les commerçants sédentaires seront autorisés à déballer devant leur portes tous les samedis du 1er août jusqu’au 5 septembre + le dimanche 6. Plusieurs rues seront piétonnisées et des animations organisées. Le tout réuni sous le nom de code Les Estivales.

A LIRE AUSSI : On vous dit tout sur Les Estivales dans cet article d’Info Tours

Une fois tout ça annoncé et lancé, l’élu s’attaque au dossier des marchés : depuis ce mardi 21 juillet, finis les réorganisations spéciales Covid et retour aux emplacements habituels (mais avec masque obligatoire pour les commerçants, recommandé pour les clients, et toujours la distance entre les stands et les files d’attente. On ne touche pas aux produits !). « On expérimente en permanence » explique Iman Manzari qui étudie par ailleurs une refonte du tout jeune marché de Monconseil « lancé trop tôt, trop vite » à son goût et qui ne correspondrait pas totalement aux besoins du quartier. Il imagine aussi le retour d’un marché Place de la Résistance, privée d’un tel événement depuis le déménagement du marché gourmand qui s’y installait certains vendredis soirs.

La Place de la Résistance, ça fait partie des lieux de Tours qui pourraient changer de physionomie dans les années à venir pour redynamiser le centre-ville. « En faire bien plus qu’un parking » résume l’élu qui n’exclut pas de se débarrasser totalement des voitures comme ça a été fait avec succès Place Châteauneuf par ses prédécesseurs à la mairie. On se prend aussi à imaginer que la piétonnisation estivale de la Place du Grand Marché pourrait avoir de beaux jours devant elle.

Une refonte du stationnement payant ?

Pour la Place de la Résistance comme ailleurs, la philosophie de l’élu c’est de discuter avec riverains et commerçants avant de décider. Même s’il est conscient qu’il faudra bien finir par trancher car c’est compliqué de contenter tout le monde. Autour du parking arboré où l’on trouve photographe, bars-restaus ou déco ça a déjà commencé. Résultat : Les Estivales commerçantes s’y prolongeront jusqu’au 13 septembre au lieu du 6 pour le reste de la ville, avec une série d’animations supplémentaires. Iman Manzari a deux autres « cibles prioritaires » : la Place de la Victoire et la Rue des Halles. Aucun projet concret, juste envie d’insuffler « une identité » à ces zones. « Rue des Halles l’association des commerçants a plein d’idées. » La piétonnisation d’août y aura par ailleurs valeur de test en vue d’une pérennisation. Quand on parle commerce à Tours, il y a un grand sujet qui revient immédiatement : le stationnement. La précédente municipalité a frustré bon nombre de commerçants avec la refonte des tarifs des horodateurs et la sollicitation d’une société privée pour réaliser les contrôles.

Bilan du Plan Etincelle :

Les Estivales remplace le Plan Etincelle que l’ex-maire Christophe Bouchet avait créé pendant le confinement. Il voulait distribuer 30 000 bons d’achat de 50€ financés par la ville pour permettre à des soignants ou des personnes précaires de faire des achats dans les boutiques ou les restaurants. Budget total : 1,5 million d’€… Mais la dernière tranche de 500 000€ a été annulée par Emmanuel Denis à son arrivée au pouvoir. Pour les 20 000 bons mis en circulation avant le second tour des Municipales, 25% sont revenus pour l’instant (soit 250 000€). Certains ne sont plus valables (date limite : 15 juillet), et les commerçants sont invités à contacter l’hôtel de ville rapidement pour se faire payer.

Au passage, Iman Manzari critique le mode de distribution « parfois hasardeux » de la précédente équipe : « Certaines personnes ne se voyaient pas utiliser les bons car elles ne comprenaient pourquoi elles pouvaient en disposer. Des associations en ont également reçu bien plus que ce qui correspondait à leurs besoins. »

Pendant le confinement et la campagne électorale, une nouvelle pétition a circulé pour réclamer une heure gratuite. La mesure figurait d’ailleurs dans plusieurs programmes. Pour Iman Manzari, pas question de la tester pendant Les Estivales. Il promet tout de même de « revoir » la politique tourangelle dans ce domaine, ouvrant la voie à une fin de la DSP. « C’est un vaste chantier et il faut qu’on ouvre ce chapitre rapidement mais on ne le fera pas à la va-vite. » Une première réunion est programmée cette semaine. L’élu souhaite également poursuivre les démarches pour installer des panneaux indiquant le nombre de places restantes dans les parkings souterrain. Là, c’est avec le groupe Indigo qu’il faut négocier.

Quels commerces en haut de la Rue Nationale ?

Alors que plusieurs nouveaux commerces éclosent chaque moi en ville, la nouvelle équipe municipale a son idée sur les enseignes qu’elle souhaite voir s’implanter. « J’ai une priorité c’est le commerce de proximité » explique Iman Manzari. Il a demandé à ses collègues adjoints de quartiers d’identifier les besoins et se dit prêt à acheter des locaux commerciaux pour les louer à tarif préférentiel dans certains cas : « On le fera si j’arrive à offrir de l’équité sur l’ensemble des territoires. » Il compte également jouer l’intermédiaire avec les bailleurs privés pour les encourager à accueillir des boutiques éphémères, en dehors des périodes de Noël. La mairie serait alors garante des porteurs de projet et pourrait les soutenir financièrement : « On ouvre le dossier cet été, j’espère qu’on pourra commencer vite » souligne celui qui estime que personne n’a à y gagner quand des locaux restent vides. Les raisons à cela : parfois le prix, parfois l’emplacement, peut-être les deux de temps en temps. D’où l’idée d’une plateforme pour combler les trous du gruyère.

Y’a-t-il des enseignes indésirables à Tours ? On se souvient du combat d’Emmanuel Denis contre l’implantation d’un McDonald’s Place du Grand Marché. « On ne pourra pas bloquer ce type de commerce mais on ne verrait pas d’un bon œil de nouvelles installations » commente Iman Manzari qui souhaite encourager « le mieux manger et le mieux acheter », les circuits courts, l’écoresponsabilité. Son grand dossier des prochains mois : le haut de la Rue Nationale et ses commerces attendus au rez-de-chaussée des immeubles : « On travailler avec Héraclès (la société chargée de louer les cellules, ndlr). J’ai l’impression qu’on peut discuter avec eux, à se concerter même si la ville n’a pas la main sur les enseignes qui seront finalement retenues. Certaines d’entre elles ont déjà signé, d’autres sont encore en cours de négociation. » L’ouverture est attendue au printemps 2021.

Print Friendly, PDF & Email