Politique

Wilfried Schwartz cultive son côté rebelle

Le maire de La Riche n’est plus socialiste mais affirme son caractère, son idéologie… Et surtout ses ambitions. A lui désormais de se trouver des alliés.

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Plus de parti, plus de lunettes. Éloigné du Parti Socialiste, Wilfried Schwartz change de look en cette rentrée 2017. Une rentrée chargée après un été actif pour le jeune maire de La Riche : membre du comité directeur de l’Association des Maires de France, il s’est retrouvé sur les plateaux de BFMTV ou LCI pour commenter les différentes décisions du gouvernement au sujet des collectivités locales. Lui qui dit ne pas trop aimer les interviews a fait le job avec un discours bien rôdé pour critiquer les baisses de dotations que les collectivités locales vont devoir affronter…

« Bercy nous dit que les seules dépenses vertueuses sont celles qui concernent l’investissement. Mais prenons l’exemple d’une crèche (il nous avait déjà fait le même coup dans l’été, ndlr) : construire une crèche c’est de l’investissement. Mais ensuite les dépenses pour la faire fonctionner ne seraient pas vertueuses ? Pourtant, ce sont des emplois. » Et il en rajoute une couche en apprenant que les emplois aidés sont menacés : « les crèches fonctionnent souvent avec des contrats aidés. Cela permet par exemple d’avoir des effectifs suffisants pour l’accueil. A La Riche, à la Maison de l’Enfance, nous avons un poste que nous ne pouvons pas reconduire pour la rentrée. Et on a une incertitude sur les 15 autres que compte la commune. Il y a une sérieuse inquiétude sur l’avenir si l’on supprime les contrats et les aides qui vont avec. » Ce vendredi, l’élu va d’ailleurs plaider sa cause au ministère de la cohésion des territoires et ce en compagnie du président de l’Association des Maires de France.

Des projets menacés par les baisses de dotations ?

Ce qui embête Wilfried Schwartz, c’est que selon lui le gouvernement organise un simulacre de concertation : « il y a une volonté de dialogue mais concrètement il n’y en a pas. On nous présente le résultat de l’addition avant d’échanger. Il n’y a pas, je crois, une seule vision de la politique des territoires. Les maires ont conscience de la nécessité de penser à l’avenir. Ce ne sont pas tous des réactionnaires enfermés dans leur prérogatives. Exemple avec Tours Métropole : ils ont renoncé à certains aspects de souveraineté sur leurs territoires au profit de l’intérêt commun. »

On sent Wilfried Schwartz passionné par ces questions. A l’AMF, il est en train de conclure un rapport sur l’égalité des territoires avec le maire de St Flour. « On a fait de nombreuses visites et ça donne des idées sur la façon dont la métropole de Tours pourrait obtenir des financements pour des projets. » Lui que son ancien parti envisageait de présenter pour le Sénat semble trouver sa voie pour se tracer un parcours politique, celui d’un maire ambassadeur… « Je me suis saisi de ce combat à la place qui est la mienne, en tant que maire et témoin » commente-t-il simplement confirmant qu’il sera candidat afin de rempiler pour trois ans au comité directeur de l’association d’élus. « Le maire est un point de repère important, auquel les citoyens sont attachés. Il doit muter mais doit être défendu car derrière c’est du concret. Cela m’insupporte quand on laisse entendre que les communes sont responsables du déficit de l’État. »

Il veut participer à la refondation de la gauche

Et le maire de La Riche de lancer l’alerte : « l’Etat demande aux préfets des économies sur les dotations versées aux territoires ruraux. Il leur enlève un moyen d’aider les collectivités territoriales pour des projets concrets : refaire les centres-bourgs et les salles de classe, réaliser la mise aux normes pour l’accessibilité des bâtiments… Aujourd’hui, avec cette réduction de budget de 260 millions d’euros, plusieurs projets ne pourront pas avoir lieu. De plus, une administration sans moyens perd de la crédibilité voire de la légitimité. C’est inquiétant. » Et ça ne concerne pas que le rural : « il y a aussi une baisse des crédits pour la politique de la ville (dont il s’occupe à Tours Métropole, ndlr). Je vais donc solliciter le préfet pour en connaître l’impact. Je crains des remises en cause de projets associatifs pourtant essentiels sur la lutte contre l’illettrisme ou des actions d’éducation populaire. »

Être porte-parole, c’est bien. Mais quand il ne s’exprime pas au nom de ses collègues ou de sa commune, Wilfried Schwartz est tout seul. Il n’est pas du genre à céder aux sirènes de La République En Marche – le parti du président – et les années PS sont derrière lui : « je n’ai pas envie d’accabler le parti mais un toilettage ne suffira pas. Il faut une vraie refondation. Il convient de repenser toute l’idéologie. Les militants du PS et des autres partis de gauche ont une vraie opportunité, une responsabilité générationnelle. Ils ne sont pas sous pression électorale et peuvent repenser leur idéologie. Car une gauche sans idéologie, ce n’est pas la gauche. »  Et l’élu tourangeau se dit disponible pour participer au chantier : « je crois en les valeurs de progrès social et Macron ne prend pas ce sens. Aujourd’hui je fais passer des messages en tant qu’élu local et on va voir… Ça prendra du temps. Mais construire une idéologie prend du temps. La question est : ‘quelle est la place de la gauche au XXIème siècle ?. »

« Il faut que Tours Métropole présente ses projets maintenant »

Et dans ce débat se pose aussi cette question : faut-il nécessairement être encarté pour avancer en politique ? Wilfried Schwartz aurait plutôt tendance à dire non : « je ne me sens pas seul car quand on est maire on a une majorité, une équipe. A La Riche on fait une politique à l’écoute, sur le vivre ensemble. Et je crois que maintenant elle est reconnue. Nous sommes dans une ville qui aime bien tenter des expériences de concertation, qui est à la pointe de la culture. Une ville rebelle mais où notre vision et notre politique font que chacun y trouve sa place. Il y a donc une différence entre les valeurs qui sont celles de l’équipe à l’échelle municipale et celles des partis. En 2014 on n’a pas constitué une liste de partis. Il y a eu une association de personnes avec la même sensibilité mais de différents partis, voire de candidats non encartés. Et en 2020, je ferai une proposition d’une liste d’intérêt communal qui dépassera les logiques de partis. » C’est donc très clair : le maire larichois veut rempiler pour 6 ans.

Et au-delà de la ville, il y a la métropole. Aujourd’hui Wilfried Schwartz est vice-président en charge de la politique de la ville. Et demain ? Peut-il viser plus haut ? Sans afficher d’ambition personnelle, il fixe un cap et se démarque de l’actuel président Philippe Briand (Les Républicains) : « il faut que les projets sortent maintenant pour que les citoyens comprennent l’intérêt concrets d’une métropole. Et puis si on veut une grande métropole il va falloir réfléchir en prospective. Sur la politique de développement durable, la mobilité, la politique sociale… »

Un blocage autour du mot « solidarité » ?

« Ma divergence avec Philippe Briand aujourd’hui c’est sur la prise en compte des différences entre les communes. Elles n’ont pas toutes les mêmes perspectives de développement, par exemple à cause du risque d’inondations. Il faut aussi voir comment on prend en compte les populations des différentes villes. Certaines sont plus fragiles, là où il y a des quartiers prioritaires (Tours, La Riche, St-Pierre-des-Corps et Joué-lès-Tours, ndlr). On doit se poser la question de la solidarité territoriale, avoir une stratégie. Mais j’ai l’impression qu’il y a un blocage autour de ce mot. »

Le vice-président de Tours Métropole plaide par ailleurs pour « un véritable pacte financier » avec l’État « avec des objectifs en matière d’investissement, de rayonnement, de la place de l’université, de partenariats avec les zones rurales par exemple pour fournir en produits locaux une éventuelle cuisine centrale métropolitaine… Ce sont de grands projets mais attention : si ce sont des contrats d’objectifs sans moyens, ça ne fonctionnera pas. Tout cela dépendra donc du gouvernement. » D’où l’intérêt pour Wilfried Schwartz de prendre du galon au sein de l’AMF. C’est un bon moyen de se créer des contacts haut placés pour d’éventuelles discussions futures…

Un degré en plus :

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