Politique

Un présidentiable en cache deux autres !

Jean-Gérard Paumier candidat annoncé à la présidence du futur Conseil départemental a jeté l’éponge ce mardi. Finie la candidature du maire de Saint-Avertin, Jean-Gérard Paumier et avec elle, les supputations sur un éventuel troisième tour qui aurait pu être fatal à celui qui a dirigé les services du Conseil général à la fin des années 90. Au même moment de cette défection inattendue, Pierre Louault, actuel leader de l’opposition départementale fait savoir sa volonté de se présenter au suffrage de ses collègues. Hasard ou coïncidence ? Aujourd’hui le maire de Chédigny attend son heure et se prépare à prendre le fauteuil qu’occupe le socialiste Frédéric Thomas en cas de victoire de la droite dimanche prochain.

La décision a pu surprendre : Jean-Gérard Paumier, conseiller général sortant et maire de St-Avertin n’y va pas. Si la raison invoquée semble être la volonté, dans un contexte de non-cumul, de se consacrer à sa mairie, la vérité est peut-être ailleurs. On disait dans le landerneau politique que cette candidature ne faisait pas l’unanimité. Pis, des bruits sourds du personnel départemental (environ 3000 fonctionnaires) se faisaient entendre. Mais un présidentiable peut en cacher un autre, enfin… deux autres.

Il y a une dizaine de jours nos confrères de TV Tours-Val de Loire recevaient sur leur plateau un binôme de présidentiables à droite, JG. Paumier et Jean-Yves Couteau, conseiller général sortant UDI de Saint-Cyr-sur-Loire. On pourrait aisément se tourner vers ce dernier et se dire que le candidat à la présidence du Conseil départemental est tout trouvé. Seulement voilà, c’est sans compter sur les voix des « ruraux ». Traditionnellement, la présidence de ce type de collectivité locale est donnée à celui qui représente le plus les territoires. Même si l’agglomération de Tours comprend une grande partie des habitants de la Touraine, la tradition peut avoir la dent dure. Entre 2008 et 2015, la présidence des socialistes du département est passée dans les mains de Claude Roiron, conseillère générale d’un canton urbain (Tours Nord-Ouest), de Marisol Touraine, conseillère d’un canton « rurbain » (Monts) et de Frédéric Thomas, conseiller général d’un autre canton urbain (Tours Nord-Est). Une alternance de trois présidences en sept ans avec les rebondissements et soubresauts que l’on connaît. Un va-et-vient de responsabilités dans les mains d’élus urbains. Ce qui a agacé les élus ruraux d’Indre-et-Loire, et le premier d’entre eux, Pierre Louault, leader de l’opposition départementale UMP / UDI.

« Je pense que le Conseil général a oublié les territoires ruraux au profit de l’agglomération de Tours » accuse P. Louault. « Le vote FN montre la détresse de la ruralité ». Pour le maire de Chédigny, « on est à un tournant des Conseils départementaux ». Il est vrai que les exécutifs qui vont s’installer dans les Conseils départementaux naviguent à vue avec l’espoir de trouver à l’horizon la feuille de route de ces collectivités. Car aujourd’hui, le projet de loi de la nouvelle organisation territoriale, dite loi « Notre » n’est toujours pas adopté. Difficile donc de savoir où l’on va dans la répartition des compétences entre les communautés d’agglo et communautés urbaines qui prennent de plus en plus de poids face à des conseils départementaux désuets pour certains. Se dessine, dans cette perspective, un affrontement républicain entre élus des villes et élus des champs. Pierre Louault est de ceux-ci. Cet élu de terrain, chantre d’une ruralité humaniste, milite pour une répartition des domaines de compétences.

Devant ce constat et l’envie de porter en tant que futur président la voix de ces oubliés qui se sont tournés vers le parti à la flamme, Pierre Louault va devoir revêtir dans les jours prochains la veste d’un présidentiable en campagne. La tâche pourrait être ardue pour l’homme qui n’a pas l’habitude du jeu des appareils politiques. Au delà de sa volonté propre et affichée de conduire la destinée méconnue du futur Conseil départemental, P. Louault devra se résoudre à préparer son élection du « troisième tour ». Dans ce jeu subtil il pourrait y avoir un adversaire de taille, rompu, lui, aux règles d’une telle course : Jean-Yves Couteau. On peut aussi regarder du côté des états-majors UMP et UDI à Paris. Si les investitures des candidats aux élections départementales étaient du ressort des fédérations départementales, la répartition des sièges de présidents seront vraisemblablement de la compétence des « maisons mères » de l’UDI et de l’UMP. A la vue des résultats du premier tour, la carte des départements sera d’une couleur bleue un peu partout sur le territoire. Un gâteau donc que les deux grandes formations de droite vont se partager avec une répartition visant à satisfaire les appétits de chacun.

Il ne fait guère de doute que la future présidence du Conseil départemental d’Indre-et-Loire sera sous couleur UDI. A moins qu’au détour de rebondissements comme nous avons pu en connaître au début des années 2000 avec la présidence inattendue de Marc Pommereau, un lapin sorte du chapeau. Restera à savoir qui sera le magicien à la manœuvre. La première semaine du mois d’avril sera déterminante.

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