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Un nouveau groupe parlementaire pour « gratouiller » la majorité d’Emmanuel Macron

 

Jamais très loin mais pas trop près non plus. Depuis plusieurs mois, la députée tourangelle Sabine Thillaye se fait remarquer en prenant quelques distances avec les instances d’LREM. En début d’année, elle se trouvait exclue du groupe parlementaire pour préserver son poste de présidente de la commission des affaires européennes. Quatre mois plus tard, on la retrouve dans le tout nouveau groupe de l’Assemblée Nationale baptisé « Ecologie, Démocratie, Solidarité », aux côtés – notamment – du député Cédric Villani qui a mené une campagne macroniste dissidente pour les élections municipales de Paris. Vu le tempérament de l’élue de la 5e circonscription d’Indre-et-Loire, cette adhésion est logique… sans faire état d’une fracture avec la politique de la majorité.

En 3 ans de mandat, Sabine Thillaye a beaucoup voyagé. Son poste de présidente de la commission des affaires européennes l’a emmenée un peu partout sur le continent. Depuis mi-mars, c’est fini et les réunions se font en visioconférence : « Ça nous apprend que certains déplacements peuvent être évités. Cela nous a aussi permis d’entendre d’autres acteurs comme les think tank » commente-t-elle.

A l’ordre du jour des réunions : la crise sanitaire et ses conséquences sur l’économie, par exemple le suivi de la Politique Agricole Commune ou la solidarité financière entre les différents pays de l’Union Européenne. « Je suis très contente de l’accord intervenu entre la France et l’Allemagne pour proposer un plan de relance européen de 500 milliards d’euros. On a fait bouger les lignes en Allemagne. La prise de conscience de l’idée de solidarité européenne ce n’est pas un vain mot » applaudit la Tourangelle qui salue l’action d’Emmanuel Macron dans ce domaine se disant, « 100% en phase » avec la ligne européenne du chef de l’Etat : « On a montré que l’Union Européenne a su réagir dans le cadre de ses compétences. »

Des parlementaires en manque de pouvoir

Parallèlement, cette situation inédite a mis en lumière les différences de systèmes politiques selon les Etats… avec l’inévitable comparaison France-Allemagne : « On a vu les avantages et inconvénients d’un état central comme la France et fédéral comme l’Allemagne. Le système fédéral qui donne des compétences de santé aux Länder a permis de prendre des décisions plus proches du terrain. Mais on a vu que c’était plus compliqué de mettre d’accord les 16 régions pour organiser le déconfinement » analyse Sabine Thillaye qui se refuse à accabler la gestion de crise de Paris : « Oui il y a eu des balbutiements, oui le gouvernement aurait pu mieux faire mais c’est très très difficile de prendre les bonnes décisions. » Tout de même, avec son regard européen elle constate que pendant la crise « le contrôle parlementaire a été malmené et le pouvoir exécutif renforcé. Pas que chez nous en France, mais dans tous les Etats membres, en particulier la Pologne et la Hongrie. »

C’est une des raisons qui l’ont poussée vers le groupe « Ecologie, Démocratie, Solidarité ». « Nous sommes dans une Ve République où le pouvoir des parlementaires n’est pas le même que les parlementaires allemands. Et en Finlande, la commission des affaires européennes est la plus importante. » Alors, « ce nouveau groupe mérite de gratouiller là où on doit gratouiller en ce moment » nous dit Sabine Thillaye. Gratouiller, ça veut bien dire ce que ça veut dire. Les élus engagés avec elle ne sont pas les frondeurs de François Hollande. En privant LREM de sa majorité absolue à l’Assemblée, ils espèrent pouvoir infléchir certains pans de sa politique.

Une pression écolo

« Les lignes bougent mais ça ne va pas assez loin en matière d’environnement. Il faut axer la relance sur le green new deal. Je rêve d’un grand groupe parlementaire fort comme celui des Verts en Allemagne » avance la députée tourangelle, qui prend au passage quelques distances avec la méthode du gouvernement sur la réforme des retraites, là-encore en s’appuyant sur l’exemple de Berlin : « A mon avis il faut rentrer plus dans le dialogue social. En Allemagne le climat est bien plus apaisé grâce au système de codécisions dans les entreprises. »

Cette réforme des retraites, les Gilets Jaunes, la crise du coronavirus… « Quand je vois tout ce qu’on a vécu depuis le début du mandat, je me dis que j’ai bien choisi mon moment pour m’engager en politique » pointe Sabine Thillaye (dont le scrutin de 2017 n’était pas la première candidature, seulement la première avec une telle exposition via les couleurs d’LREM). Elle insiste : « Ce groupe ce n’est pas un nouveau mouvement mais une force de propositions », par exemple pour continuer de plaider en faveur d’une accélération de l’interdiction des plastiques à usage uniques que la situation actuelle semble parfois relégitimer. « On va sortir petit de la crise, trouver des réponses et réagit. Je pense que les choses bougent » veut croire l’élue franco-allemande militant, avant tout, pour des solutions à l’échelle européenne.

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