Politique

Un fauteuil pour deux au Parti Socialiste d’Indre-et-Loire

Le feuilleton continue chez les socialistes tourangeaux. Alors qu’officiellement, Francis Gerard a été élu jeudi au poste de premier secrétaire fédéral, d’autres semblent contester la sincérité du scrutin. Avec le risque pour la rue de Solferino d’annuler l’élection d’un frondeur ? Pas si sûr, la sortie de crise semble se profiler mais avec une proposition étonnante. Eléments de réponses pour essayer de comprendre quelque chose dans la galaxie des instances locales du PS.

Acte 1

La semaine dernière, surprise générale chez les socialistes tourangeaux. Ce qui devait être une simple formalité, presque une évidence, se transforme en cauchemar pour les cadres et certains militants du parti. Jeudi dernier, deux candidats s’affrontent pour espérer occuper le fauteuil de premier secrétaire fédéral comme jadis Jean Germain ou Jean-Patrick Gille. Franck Gagnaire, porteur de la motion A après l’éviction surprise du sortant Michael Cortot, est face à Francis Gerard, portant les couleurs de la motion B « frondeuse ». A 22h45, rififi chez les socialistes. Francis Gerard est élu avec 16 voix d’avance. Comment cela a-t-il pu être possible alors que trois semaines auparavant, la motion A avec 328 voix avait devancé la motion B recueillant 218 suffrages ? Une différence confortable de 90 voix qui ne faisait guère de doutes sur l’issue de la nomination de Franck Gagnaire. Pourtant c’est bien M. Gerard, « un socialiste exigeant » qui va l’emporter devant un parterre de militants ce soir-là médusés d’un côté, contents de l’autre. Le réservoir de voix s’est inversé. F. Gagnaire recueille 246 voix et F. Gerard , 262 voix.

Acte 2

Les 16 voix d’avance étonnent, interpellent, interrogent. Pourtant l’explication semble simple. Le jeudi matin, quelques heures avant le scrutin, le futur-ex premier secrétaire, Michael Cortot, se fend d’une lettre aux militants dénonçant son éviction par un « clan ». En ligne de mire de cette accusation, Jean-Patrick Gille et Franck Gagnaire. Si l’on analyse le nouveau rapport de force, on en déduit, chiffres à l’appui, que plus d’une centaine de militants ont décidé de passer dans l’autre camp. Pourtant chez les socialistes, les courants et les motions sont aussi durs à déplacer qu’une commode de grand-mère. Alors quelle est l’explication ? Difficile à dire. Le courrier de M. Cortot n’est peut-être pas étranger, pour une partie du scrutin, à ce transfert de voix. Mais il faut regarder aussi du côté des militants du PS 37. Ils ont assisté à ce qui tue actuellement les partis politiques. Des luttes fratricides pour un poste, un siège, un mandat, une fédération. Alors le militant PS est comme le Français, il exprime un ras-le-bol devant les mots, les attitudes, les bassesses, les manœuvres. Mais pas seulement. Il souhaite que cela change, que ça bouge pour que les idées avancent. Car depuis, quelques temps, le débat d’idées n’est plus l’ADN des partis. Tours est l’une des multiples copies de ce rejet en bloc, non pas de la politique, mais des politiques.

Acte 3

Au PS, on veut éviter un drame. Rue de Solferino, les résultats de Tours n’ont pas été validés. La maison-mère suspend le résultat jusqu’au Conseil National du PS, samedi prochain. « Cette situation n’est pas tenable politiquement » pour Franck Gagnaire. Néanmoins, Francis Gerard détient aujourd’hui une majorité. Certes, une majorité qui tient par la fronde de Michael Cortot et de « ses amis » qui vient bon gré mal gré de s’inviter à la table des négociations. Seulement voilà, chez les socialistes, il existe un crime de lèse majesté : que les idées issues de la motion majoritaire, la A en l’occurrence, ne puissent pas trouver écho dans l’incarnation même d’un premier secrétaire fédéral. Alors, on imagine une sortie de crise qui vaut ce qu’elle vaut. Francis Gerard se voit proposer une gouvernance bicéphale afin d’atténuer cette fâcheuse cohabitation. Un exécutif à deux têtes : Pour F. Gerard, la validation du poste de premier secrétaire et pour Franck Gagnaire, un poste de premier secrétaire adjoint. Il est toujours louable de vouloir sortir de la crise. Reste maintenant à Francis Gerard de prendre acte de cette proposition. A moins qu’il ne voit pas dans cette proposition, une sorte de surveillance rapprochée de son futur mandat de patron du PS d’Indre-et-Loire. Une sorte de mise sous tutelle qui n’en porte pas le nom.

 Epilogue

 Ce jeudi, les signataires de la motion A qui siègent dans les instances fédérales se réunissent au siège du PS tourangeau pour discuter des suites à donner, mais aussi pour établir une stratégie afin de faire entendre raison à F. Gerard. A n’en pas douter, les « barons » ne seront pas loin des échanges qui promettent d’être houleux. Car, ne l’oublions pas, au sein même de ces signataires, certains sont des soutiens de M. Gerard. Jeudi soir, ce sera grosse chaleur au premier étage de la rue de la Fuye.

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