Politique

Un conseil municipal pas comme les autres.

Hier, 14h00. Serge Babary vient de donner une conférence de presse exceptionnelle suite au décès tragique de Jean Germain. Toute la ville est sous le choc et sa représentation avec. Pour des raisons légales, le conseil municipal n’a pas pu être ajourné. Stupeur et tristesse pouvaient se lire sur tous les visages.

Les yeux sont rouges et les regards en disent long sur ce qui s’est passé quelques heures plus tôt du côté de la place de la Liberté. Jean Germain s’est suicidé avec un fusil de chasse.

Le public est venu nombreux pour assister à ce conseil exceptionnel.Jean-Patrick Gille et Serge Babary échangent en aparté. La fraternité républicaine est de mise, en attendant l’inévitable début des polémiques, qui seront nombreuses dans les prochains jours.

IMG_8625Serge Babary fait une déclaration : « J’ai perdu un ami. J’adresse mes condoléances à ses deux fils et à sa famille. Je veux saluer l’engagement de Jean Germain pour sa ville. Ville où il est né ». Et d’ajouter « Tenir ce conseil municipal, c’est aussi rendre hommage à celui qui a conduit à la destinée de notre ville pendant 19 ans». Jean – Patrick Gille prend la parole à son tour. « Le 7 avril est un drame pour nous tous.  Jean Germain était un visionnaire et un bâtisseur pour notre ville. Sa disparition nous submerge d’émotions. La douleur qui nous frappe ne nous permet pas de continuer à siéger dans ce conseil municipal. Nous nous retirons…».

L’opposition prend la parole et se retire. Elle ne participera pas au conseil municipal. Celui doit néanmoins suivre son cours, le budget de la ville est malheureusement une priorité. La majorité est, elle aussi, groggy.

La vie municipale prend le pas. Le maire reprend la parole et rend hommage à Michel Le Du, conseiller municipal disparu le mois dernier.

En remplacement de feu Michel Le Du, Pierre – Louis Moreau est intronisé comme nouveau conseiller municipal. Le maire déroule l’ordre du jour. On sent une ambiance lourde. Le visage et l’action de Jean Germain sont dans toutes les mémoires des personnes présentes : élus, journalistes et public. Alain Dayan est là et son regard en dit long sur l’épreuve qu’il est en train de vivre. Ce fidèle parmi les fidèles vient de perdre un ami.

La sphère médiatique en ébullition est K.O

Il y a des concordances d’évènements et des hasards que l’on aimerait ne pas connaître. La date du conseil a coïncidé avec celle du début du procès des « mariages chinois ». Le vote du budget pour l’année 2015 avait joué la vedette la semaine dernière dans les médias locaux. Cette semaine, tous les journalistes avaient marqué d’une croix rouge dans leur agenda le rendez-vous judiciaire de Lise Han et Jean Germain avec le tribunal correctionnel. Tout s’est emmêlé au moment où l’on a appris le suicide de Jean Germain. La sphère médiatique en ébullition est K.O. Déjà les langues se délient. Les uns accusent la presse d’être responsable du matraquage sur la personne de l’ancien maire. « La presse et le parquet sont responsables de sa mort » a lancé froidement Maître Tricaud, le conseil de Jean Germain, en fin de matinée. Les autres essaient de trouver les raisons qui ont poussé le sénateur à l’irréparable.

« Fraternité républicaine »

Quoi qu’il en soit, le temps est venu pour tous d’exercer une trêve. D’abord par respect pour l’homme et ses proches. Ensuite parce que le temps médiatique, en pareil cas, ne nous oblige pas à toujours faire le « buzz ». Bien sûr, le rapport au temps de l’information a changé et les chaînes d’infos y ont largement contribué. Mais surtout, c’est le respect et la déontologie qui doivent nous animer. Dans les prochains jours et prochaines semaines, le rapport à la presse et aux médias va être tendu. Ce que nous avons pu entendre dans les couloirs et coursives du palais de justice et de l’hôtel de ville laisse présager une vindicte qui ne fera du bien à personne. Il y a le deuil à faire pour un homme public qui a contribué à accompagner pendant 19 ans le destin de notre ville, mais aussi de l’Université jadis. Puis viendra le temps des souvenirs, de tous les souvenirs. Personnalités, élus, anonymes s’exprimeront pour exorciser des souvenirs parfois douloureux, heureux ou malheureux. Dans pareil cas aussi dramatique soit-il, il y a des règles à respecter. C’est aussi ça la fraternité républicaine.

Ah, j’oubliais : le conseil municipal s’est tenu jusqu’au bout. Continuité républicaine oblige…

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