Politique

Tours / Orléans : un fauteuil pour deux ?

Si depuis plus de deux ans et le passage des deux villes à droite, les rapprochements entre Tours et Orléans ont été nombreux sur différents sujets (à l’instar de la French Tech Loire Valley), difficile de masquer les antagonismes de ces dernières semaines. La cause ? Le statut de métropole souhaité par ces deux sœurs ligériennes. Explications.

Si Tours et ses élus de tous bords font front commun pour obtenir ce statut qui pourrait propulser la ville dans « le cercle fermé des villes qui comptent » ; depuis l’annonce savamment orchestrée par Orléans, de sa volonté de devenir métropole, cette dernière a pris un avantage réel sur ce dossier sensible. « La métropole, ce n’est pas fini !… » déclare pourtant encore fortement le député PS Jean-Patrick Gille qui met par ailleurs en avant « le consensus et l’union sacrée » symbolisée par la défense du dossier tourangeau aux côtés de Serge Babary, Philippe Briand et Jean-Gérard Paumier dans le bureau du Ministre de l’Aménagement du Territoire, Jean-Michel Baylet.

« Tous les éléments sont requis aujourd’hui pour devenir métropole » (Serge Babary)

Quand on interroge les élus, le maire de Tours, Serge Babary en tête : « tous les éléments sont requis aujourd’hui pour devenir métropole ». Tours pourra être éligible car « elle a une zone d’emplois de 400 000 habitants » rappellent conjointement Serge Babary et Jean-Patrick Gille. Seulement, deux ans de retard ont été pris suite aux changements de majorités à Tours et dans l’Agglomération et Tours se retrouve face à un problème de calendrier et de conjonction des statuts qui font défaut. Au 1er janvier 2017, Tours devrait se transformer à minima en communauté urbaine.

Et si Orléans ne répond pas aux mêmes critères, son salut vient de la future loi sur… la métropole parisienne ! Dans ce projet de loi aux 42 articles, 41 sont consacrés à Paris et le 42ème aux autres métropoles éligibles. Dans cet article 42, il serait dit que les capitales régionales, donc Orléans, seraient de facto métropoles. Les autres villes importantes des régions apprécieront. Fort de cet argument, Orléans s’est donc déclarée postulante à ce titre et statut. Et au-delà, de la future guéguerre qui se prépare entre les deux villes, il faut regarder de près l’impact que pourrait avoir les différents scenarii :

  • Tours et Orléans sont métropoles toutes les deux. Une compétition s’engagera pour être la plus attractive en termes de créations d’emplois, d’innovations et de grands projets architecturaux ou culturels. Un match qui pourrait pousser les élus de Tours, entre autres, à des ambitions qui manquent aujourd’hui. Mais avoir deux métropoles dans la plus petite région de France, c’est aussi montrer ses muscles aux très importantes régions voisines. Petites mais costaudes les villes ligériennes, voilà ce que pensent certains élus des deux agglomérations.
  • Orléans est la seule qui remporte le match. Un axe de facto va se créer entre Paris et la ville de Jeanne d’Arc, laissant loin derrière Tours et son bassin économique restreint. Tours qui serait coincée d’un côté par l’axe Orléans Métropole-Paris et de l’autre plus à l’ouest par Nantes et sa grande métropole économique et culturelle. Bien seule serait alors la ville qui a vu naître Balzac.

« Je souhaite que les deux villes soient métropoles. Sinon cela pourrait créer un préjudice d’images… » (François Bonneau)

Mais qu’en pense le Président de la Région Centre Val-de-Loire, François Bonneau, lui, qui fut soupçonné par certains de favoriser Orléans et le Loiret, son département de naissance et de résidence ? « Je souhaite que les deux villes soient métropoles. Sinon cela pourrait créer un préjudice en terme d’images… » répond l’intéressé… Et quand on lui parle de l’antagonisme ressenti par les Tourangeaux avec Orléans, il affirme tout de go que « la démarche de Tours est fondée ! ». Mais ce chantre de l’équilibre des territoires avertit : « Notre Région devra jouer collectif si l’on a deux métropoles. Il faudra aussi un équilibre de la région avec Chartres, Blois ou Châteauroux… ». Pas question pour le président Bonneau d’oublier les autres. Pour le président régional c’est aussi l’occasion de voir « cette armature métropolitaine créer un souffle réel et favoriser le fait de travailler ensemble ». Rassembleur le président de la région ? Certainement. Volontaire et soucieux de ne fâcher personne ? Sûrement. Il s’en est même confié à Manuel Valls nous dit-il, lui pour qui le sujet des deux métropoles peut aussi être un caillou dans la chaussure…

Du côté de Tours, pour ne pas rester en marge, chacun s’affaire en coulisses… Jean-Patrick Gille vient de rédiger un courrier au Président de la République pour l’interpeller sur le sujet. Serge Babary monte aussi au créneau. Tours a des potentiels : trois autoroutes, une ligne à grande vitesse, un aéroport, une université plus importante qu’Orléans et de la place pour recevoir des grandes entreprises qui pourraient venir chercher la quiétude d’un territoire où il fait bon vivre. Pourtant la majorité des Tourangelles et Tourangeaux reste dubitative sur une issue favorable… Les Tourangeaux commencent à s’inquiéter et accusent à demi-mots leur classe politique d’être endormie. Espérons que les mois à venir les fassent mentir…

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