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Tours Métropole en fait-elle assez pour l’économie ?

Ce jeudi c’est jour de conseil métropolitain Salle de la Camusière à Saint-Avertin. Le gros morceau à l’ordre du jour : évidemment le budget 2021, premier sous l’ère de Wilfried Schwartz. D’autres sujets majeurs voire pointilleux doivent également être abordés, de la 2e ligne de tramway à l’avenir de l’autoroute A10 en passant par la politique économique de l’agglomération.

A Tours Métropole c’est Thierry Chailloux qui gère les questions économiques. Elu maire de Ballan-Miré pour la première fois en 2020, il prend ses fonctions dans une période particulièrement délicate en raison de la crise du coronavirus. Voilà pourquoi une des premières mesures prises par l’assemblée de l’agglo fut la création d’un dispositif de subventions publiques pour les entreprises mises en difficulté par les mesures de confinement et la persistance des restrictions sanitaires.

« On a accordé 300 aides, pour un budget moyen de 3 000€. 42% des dossiers concernent des hôtels ou restaurants ; 17% des entreprises du monde de la coiffure, de l’esthétique ou de la remise en forme ; 10% l’organisation d’événements ou de spectacles et 5% les magasins de vêtements » détaille le vice-président. Une centaine de dossiers ont été refusés car ils ne correspondaient pas aux critères, une centaine d’autres restent en instance, en attendant un examen par les chambres consulaires qui les analysent avant de décider du montant à allouer : « On souhaite quand même les honorer pour ne pas faire de déçus » explique Thierry Chailloux qui estime que la procédure devrait être achevée d’ici un mois.

Une stratégie métropolitaine pour la relance

Et après ? Jeudi 18 mars, Tours Métropole a installé sa Mission Relance, une assemblée parallèle au conseil métropolitain composée d’élus, de chefs d’entreprises « issus de secteurs plus ou moins touchés par la crise », de représentants du secteur touristique ou encore de membres de la CCI et de la CMA. « Le calendrier est assez resserré, on ne veut pas d’un gros machin qui dure 10 ans » assure le vice-président ballanais. Deux nouvelles réunions sont programmées les 22 avril et 4 juin, à l’issue desquelles l’agglomération devrait annoncer une série de mesures « qui seront mises en œuvre dès cet été. »

Les choses ne sont pas encore décidées mais un point semble clair : Tours Métropole ne débloquera pas particulièrement de budgets pour ces opérations. Thierry Chailloux amorce quelques pistes : « On travaille à la façon de mieux accompagner les entreprises, qu’elles n’aient pas 5-6-7 interlocuteurs différents. » C’est le retour du projet de Guichet Unique déjà évoqué sous le précédent mandat, soit une instance capable de combiner en un seul lieu différents acteurs allant de la Région à la BPI en passant par la Métropole ou la CCI. « On regarde aussi comment des entrepreneurs qui ne sont plus en activité pourraient apporter du soutien concret aux entreprises en difficulté ou les moyens de créer de la solidarité entre les entreprises qui vont bien et celles qui ne vont pas bien » poursuit le vice-président évoquant « un travail de dentelle à imaginer » en particulier sur la question de l’emploi, et ce en rapport avec le Conseil Régional qui a la compétence de la formation.

Comment on soutient l’innovation ?

Dernier point sur lequel une réflexion est engagée : « On sait qu’une épargne importante s’est constituée depuis la crise, et on s’interroge sur la façon dont cette épargne pourrait être utile à notre économie locale, peut-être via un système de financement participatif. » L’élu insiste bien : ce ne sont que des pistes, les décisions viendront en fin de printemps.

Au-delà de la stratégie post-Covid, Tours Métropole se dit également moteur dans le domaine de l’innovation : cette année 2 millions d’€ seront accordés pour le développement de la recherche sur les nouvelles technologies dans le domaine de la micro-électroniques, « un secteur porteur qui fera les emplois de demain » nous dit Thierry Chailloux en s’appuyant notamment sur ST Microelectronics, basée à Tours. Autres plans : le soutien à l’industrie des biomédicaments (600 000€ d’enveloppe spécifique en appui d’un projet privé) ou pour les nouvelles filières de traitement des déchets (notamment pour faire avancer un projet autour du retraitement du cuir). Mais le grand pari de l’agglo c’est les ressources humaines avec l’envie d’implanter à Mame « une smart-base RH », comprenez un laboratoire d’innovations pour faire de Tours rien de moins que « la capitale française des ressources humaines qui – à terme – sera en mesure d’accueillir des sièges de groupes parce qu’elle aura été identifiée comme performante dans ce domaine de gestion du personnel » avance le vice-président rappelant que l’armée a déjà basé ses services RH en Touraine.

Des orientations critiquées

Au-delà de ce nouveau projet pour l’ex-imprimerie de Tours devenue Cité de la Création et de l’Innovation, Tours Métropole souhaite ouvrir les lieux avec des activités économiques et culturelles pour le grand public mais aussi l’implantation prochaine d’un restaurant. La restauration du dernier étage du Pavillon Prouvé avec vue panoramique sur Loire est à l’étude avec l’obtention espérée de financements dans le cadre du plan de relance.

Des ambitions affichées comme multicartes et volontaristes… mais qui rendent sceptiques le prédécesseur de Thierry Chailloux à ce poste : Thibault Coulon, élu de Tours qui siège désormais dans l’opposition. « Il n’y a pas de vision économique, pas de stratégie. La Métropole est coupable de non-assistance à entreprises en danger » assène-t-il, la définissant comme « spectatrice » de la situation. Des charges qui s’appuient sur l’absence de réunion de la commission économie avant le vote du budget 2021 ou le manque de documents venant détailler les projets de soutien à l’innovation. C’est un budget gonflé pour faire croire qu’on fait beaucoup alors qu’on est inerte » poursuit l’élu déçu qui compte notamment attaquer sur le projet de création d’un « aéroparc durable » à proximité de l’aéroport de Tours. Selon lui l’enveloppe qui lui est consacrée est enveloppée de flou : « Je ne conteste pas la dépense, mais ce que l’on met dedans. »