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Quel budget à Tours en 2021 ? Un casse-tête pour l’équipe d’Emmanuel Denis

Emmanuel Denis

Près de 6 mois après son élection comme maire de Tours, Emmanuel Denis réunit un conseil municipal important ce mercredi 16 décembre. La séance commence à 9h avec le débat d’orientations budgétaires comme premier point de l’ordre du jour (la promesse de plusieurs heures de discussions). Le maire et son équipe vont ainsi dévoiler leurs premières pistes d’envergure pour la gestion de la ville dans un contexte complètement incertain en raison de la crise du coronavirus.

Emmanuel Denis en avait parfaitement conscience en s’installant dans le bureau du maire de Tours : les premiers mois de son mandat seraient très largement dédiés à la gestion des conséquences locales de la pandémie de Covid-19. On sait maintenant avec certitude que ce sera encore plus long… « Nous construisons notre budget 2021 en sachant que la crise va se poursuivre » commente son adjoint aux finances Frédéric Miniou, chargé de présenter les orientations budgétaires de la commune ce mercredi lors du conseil municipal. Un débat indispensable avant le vote du budget réel dans le courant de l’hiver. « Les chiffres changent tous les jours et l’incertitude prévaut » poursuit l’élu qui estime l’impact de la crise à 5 millions d’€ dans les finances de la ville, entre le coût supplémentaire lié à l’achat de protections sanitaires et les pertes de recettes (près de 2 millions d’€ en moins pour le stationnement payant, mais aussi moins de locations de salles ou encore peu d’entrées dans les musées).

Casser la dynamique « de sous-investissement chronique »

5 millions d’€, c’est 2,5% du budget total de la commune… Dit comme ça cela peut paraître faible mais on peut aussi dire que cela représente 20% des nouveaux projets d’investissements de la ville (en moyenne 24 millions d’€ réalisés chaque année depuis 2014). Bref, c’est beaucoup d’autant que la Covid devrait encore faire sentir son impact sur les comptes en 2021 : certaines mesures sanitaires vont perdurer et il ne faut pas s’attendre à revenir tout de suite à une fluidité comme en 2018-2019. Dans le meilleur des cas, ça se fera en 2022, voire en 2023-2024.

Frédéric Miniou, adjoint aux finances

Dans ce contexte, élaborer un budget relève du casse-tête. Il faut à la fois se montrer ambitieux pour accompagner la relance… et prudents pour éviter de devoir couper des crédits en catastrophe à la dernière minute. Ainsi, Frédéric Minou annonce que Tours programmera « raisonnablement » entre 30 et 35 millions d’€ d’investissements en 2021. Un chiffre comparable à l’objectif de 2020… sachant que seuls 23 millions d’€ ont finalement été réalisés. Le nouvel élu espère bien faire mieux pour casser « le sous-investissement chronique » de Tours (inférieur de 32% aux villes de taille comparable). Les 12 millions d’€ d’investissements non réalisés en 2020 seront reportés sur 2021, auxquels devraient donc s’ajouter 18 à 23 millions d’€.

Un vaste plan immobilier

Qu’y aura-t-il dans cette enveloppe ? Le détail précis on ne l’aura que l’année prochaine mais on sait par exemple que les sommes dédiées à la voirie et à l’aménagement public resteront de 3,6 millions d’€. Le budget de fonctionnement du CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) sera lui revu à la hausse pour venir en aide aux plus précaires. Ensuite, il y a l’ambition de végétaliser la ville (4 dossiers déposés pour verdir des cours d’écoles) et, surtout, le maire souhaite « amorcer un plan local de résilience écologique et solidaire » comprenant un vaste plan de rénovation des infrastructures immobilières qui coûtera entre 400 et 500 millions d’€ sur dix ans (une somme qui comprend le Plan Ecoles et un futur plan pour les sites sportifs, dont l’annonce est imminente). « Nous allons travailler pour que les investissements réduisent nos dépenses de fonctionnement » argumente Emmanuel Denis. Donc que l’argent dépensé pour les travaux diminue à terme la facture d’électricité ou de chauffage.

Pour faire des économies, il est également question de poursuivre la politique de vente de patrimoine et de « maîtriser nos dépenses à travers davantage de sobriété » même si le dispositif dit « Cahors » qui empêche les grandes collectivités d’augmenter leurs dépenses de fonctionnement de plus d’1,2% par an est suspendu depuis le premier confinement, « et qu’il ne devrait pas revenir avant 2023 » selon Frédéric Minou. Cela dit, il va falloir trouver de l’argent… « Il y a de réelles opportunités à saisir avec le plan de relance et la refonte du contrat de plan Etat-Région » poursuit l’adjoint aux finances de la ville qui cite aussi l’Union Européenne comme pourvoyeur potentiel de subventions. En 2021, Tours table ainsi sur 7 à 9 millions d’€ d’aides extérieures pour son développement contre 4,7 millions en 2020. Un exemple : l’agrandissement et la rénovation du gymnase du Hallebardier au Sanitas coûte 9,2 millions d’€ avec 80% de financements hors-mairie, le maximum légal.

Poursuite de la réduction de la dette

2021 sera par ailleurs marquée par l’entrée en vigueur d’un nouveau montage fiscal : la taxe d’habitation disparaissant progressivement (sauf pour les ménages les plus aisés, les logements vides et les résidences secondaires), la ville va perdre cette recette. En compensation, elle recevra l’argent de la taxe foncière du département et – si nécessaire – une enveloppe complémentaire de l’Etat. En revanche, elle perd la possibilité de faire varier ce taux d’imposition à la hausse pour se dégager de nouvelles recettes. Comme levier il lui reste juste le taux de taxe foncière (qui ne bougera pas en 2021, promesse de l’exécutif municipal cette semaine). Les taxes et impôts, ça représente 84 millions d’€ de rentrées d’argent à Tours, pratiquement la moitié de toutes les recettes. A noter que Frédéric Miniou espère une hausse de la Dotation de Solidarité Urbaine, celle aide de l’Etat aux villes en difficulté financière.

Des dépenses en hausse, des investissements complexes à réaliser et des recettes parfois incertaines… Les orientations budgétaires présentées ce mercredi donneront le ton mais seront soumises à caution, à l’évolution de la situation dans les prochaines semaines et les prochains mois. Pour l’instant, l’équipe d’Emmanuel Denis semble d’ailleurs rester dans une certaine continuité dans sa politique financière, par rapport à ce qui s’est fait ces dernières années. L’une des meilleures preuves c’est l’objectif de poursuite du désendettement : 210 millions d’€ en 2019, 2021 millions en cette fin d’année 2020 et donc moins de 200 millions l’année prochaine, « une première depuis des décennies » insiste Frédéric Miniou qui constituera prochainement un groupe de travail municipal pour étudier de près la gestion des dépenses publiques communales.

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