Politique

« Penelope Gate » : Le droit et la morale, piliers instables de notre démocratie

Depuis plus de dix jours, les Français et les Tourangeaux assistent médusés à l’affaire du « Penelope Gate ». Derrière les soupçons d’emplois de complaisance à l’Assemblée Nationale et à la revue des « Deux Mondes », cela pourrait être la goutte de trop pour une démocratie malade et habituée des arrangements.

L’opinion publique s’est habituée depuis très longtemps à ce que la vie politique ait son lot d’affaires et de scandales. Vécus comme une sorte de fatalité, comme un dommageable constat conduisant beaucoup à une réplique digne d’une brève de comptoir « ils sont tous pareils, tous les mêmes », les derniers scandales, Cahuzac ou même Thevenout, ont considérablement affaibli le rapport des « politiques » avec leurs électeurs. Au milieu ,les médias sont souvent accusés de jeter de l’huile sur le feu. Mais le devoir d’informations est le plus important car il est aussi un veilleur démocratique.

La réalité de l’affaire Fillon est plus profonde et amène le droit et la morale à faire ici chemin divergent

Il est facile et difficile à la fois de comprendre le réflexe « pavlovien » des soutiens de François Fillon et de la maison-mère des Républicains à faire bloc autour du candidat Fillon. Une sorte de conditionnement aveugle consistant à crier au complot et à nier la réalité.

Cette réalité est plus profonde et amène le droit et la morale à faire ici chemins divergent. Rien n’interdit dans les conventions qui régissent le statut d’attaché parlementaire à ce qu’un député engage son épouse ou qu’une parlementaire embauche son mari. Si vous faites le tour des Sénateurs qui ont leur épouse à leur côté, vous serez surpris du chiffre. Donc en droit public ou droit parlementaire, rien dans la loi française. Pour trouver une interdiction gravée dans le marbre, il faut se tourner que côté du parlement européen où il est prohibé que le conjoint ne vienne grossir les rangs des attachés parlementaires. Mais là aussi, certain(e)s député(e)s européen(ne)s ont leurs arrangements. Il peut exister des prête-noms pour que le salaire d’attaché revienne dans l’escarcelle du couple.

Aux juges de se subroger à la vindicte toujours passionnée et parfois velléitaire de l’opinion publique pour dire ce que le droit exprime et autorise

Et puis derrière l’affaire du « Penelope Gate » catastrophique moralement au sens philosophique du terme, mais aussi en terme de morale républicaine, il convient pour notre pays et sa représentation nationale justement de s’interroger sur le vrai statut de l’élu. Celui visant à prévoir et régler les dispositions pouvant permettre à toutes et tous de devenir député ou élu local. Le constat est alarmant. 577 députés représentent les plus de 62 millions de français à la diversité sociale et professionnelle forte. Mais au sein du Palais Bourbon, le « sociologique » est inversement proportionnel à « l’anthropologique » parlementaire. Haut-Fonctionnaires détachés, professeurs en disponibilités, avocats, importants chefs d’entreprises, etc… Une partie seulement de la France préside au destin des Français et de la république. Alors, il est temps que l’ensemble des griefs portés aux élus soit mis sur la table. Sans passion, sans émotion, sans poujadisme, on doit travailler à ce qui doit être interdit et être autorisé par la loi. Pour qu’ici plus qu’ailleurs, la morale et le droit soient liés dans le sens de l’intérêt général. Sinon à quoi bon essayer de convertir les cœurs et les âmes électorales au discours visant à prédire aux uns et aux autres que les années à venir sont au sacrifice ? Comment expliquer aux plus pauvres et à la classe moyenne qu’il faut encore se serrer la ceinture de l’austérité au moment où certains posent dans un célèbre hebdomadaire dans l’opulence d’une vie très confortable qui a pu être gagnée, en partie, avec l’argent du contribuable ? Aux juges désormais de se subroger à la vindicte toujours passionnée et parfois velléitaire de l’opinion publique pour dire ce que le droit exprime et autorise.

Ce qui était donné imperdable pour la droite, il y a encore quelques semaines est aujourd’hui quasiment ingagnable en avril prochain pour elle

Mais il est déjà trop tard en ce qui concerne l’adéquation des discours et des actes. Les Français et les Tourangeaux ne peuvent plus entendre les raisons annoncées d’un sacrifice à venir pour remonter le pays. Et ce n’est pas l’actualité des derniers jours qui va balayer d’un revers de main cette affaire qui est un vrai séisme pour la droite. Très froidement, certains élus pensent que l’électeur va oublier. Au point même de crier au matraquage médiatique, au complot… Au point même, ce week-end, d’être sur les marchés, tracts en main, pour dire « Stop » à tout cela. Une attaque terroriste a remplacé, un temps comme premier titre du 20h, un scandale politique qui n’en sera peut-être pas un pour le gouvernement des juges. Mais pour le tribunal populaire de l’opinion, le réquisitoire est dur : le candidat à la primaire aux 4 millions de votants doit jeter l’éponge. François Fillon doit quitter le ring de la présidentielle sous peine que la droite ne soit K.O dans les prochaines semaines. Ce qui était donné imperdable pour elle, il y a encore quelques semaines, est aujourd’hui quasiment ingagnable en avril prochain pour elle. Puis, s’installe dans le discours populaire, la fatalité et la résignation : « Si ce n’est pas lui, ce sera un autre qui en croquera ! Ils sont tous pareils ». Des mots qui résument aussi un état d’esprit. Mais des mots sur lesquels toutes et tous doivent lutter pour que demain la démocratie ne soit pas une simple expression ou redevienne une intention. Certes, la nuit du 4 août 1789 était un rêve des pères de la République et des « Lumières » qui ont éclairé le chemin de l’égalité pour tous. Il ne s’agit pas non plus de jeter l’opprobre sur le monde politique et les élus… Mais il s’agit de réfléchir tous ensemble à une république plus juste et plus humaniste. Car s’il y a bien un sentiment qui anime toutes et tous, c’est celui de la justice déclinée sous toutes ses formes. Et de justice, il en sera question dans les prochains jours… Notre processus démocratique en dépend.

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