Politique

Parti Socialiste : syndrome d’une fracture annoncée

Le duel Hamon / Valls laissera quoiqu’on en dise des traces indélébiles. Entre revenu d’existence et social-libéralisme, le fossé entre les deux gauches se creuse. Difficile de croire que la gauche tourangelle échappera à la dure fatalité du cataclysme post 2ème tour des primaires.

Hier soir, les Français de gauche mais pas seulement, ont pu assister à un duel au sommet entre deux visions d’un socialisme que Manuel Valls a théorisé comme les « gauches irréconciliables ». Face à face, deux purs produits de la maison à la rose, d’appellation d’origine contrôlée version Solferino. Les deux récipiendaires à la présidentielle ont suivi les mêmes traces, celles d’un mentor au parlé vrai : Michel Rocard. L’un se dit héritier d’une gauche réaliste, l’autre d’une gauche sociale et renouvelée. Frontalement, ils se disputent les voix de militants et sympathisants qui ont déjà quitté le navire en perdition.

Le PS à Paris et en province est agonisant, asphyxié par une trop longue apnée

Manuel Valls veut présider, Benoit Hamon veut essayer. Essayer des choses nouvelles et construire un nouveau laboratoire d’idées, avorté depuis la tentative de Vincent Peillon et Arnaud Montebourg de créer le Nouveau Parti Socialiste dans les années 2000. Mais c’était sans compter sur les éléphants du PS qui n’aiment pas les ambitions visant à toucher au « système ». Aujourd’hui, le PS à Paris et en province est agonisant, asphyxié par une trop longue apnée. Pas d’air, aucun vent frais d’idées qui étaient durant les années Mitterrand, l’essence des socialistes et de leurs alliés. Si la primaire de ces dernières semaines a montré les envies de certains, elle a surtout révélé la grande fracture de la gauche. Exit la grande gauche qui fait front commun face à la droite républicaine et le FN comme un caillou dans la chaussure.

Aujourd’hui, le bipartisme de notre Vème République est mort. Malgré les tentatives des gouvernements se succédant depuis 1988, pour éviter que les mécontentements dans les urnes ne se retrouvent dans les régions ou même à l’Assemblée Nationale, le paysage politique est morcelé. Un tripartisme de conceptions de la conduite de l’Etat plutôt que de droite ou gauche. Aujourd’hui, il y a les progressistes comme Emmanuel Macron ou Manuel Valls, les identitaires comme Marine Le Pen ou Jean-Luc Melenchon et les conservateurs comme François Fillon. Le temps est venu pour les deux grands partis de gouvernement, PS et LR, de réfléchir à leur avenir. Pour la droite, le salut vient, pour l’instant, d’un homme droit dans ses bottes qui promet du « sang et des larmes ». Pour la gauche, point de salut mais un éparpillement « façon puzzle » de ses courants, de ses barons et de ses dogmes.

Il y a ceux qui attendent le déluge, la foudre, la fin d’un monde socialiste désuet

Dimanche soir prochain, quelque soit celui qui l’emporte, le Parti Socialiste aura perdu. Manuel Valls ne suivra pas Benoit Hamon si ce dernier devait l’emporter, et vice-et-versa. La bombe à retardement explosera précisément ce soir-là et l’onde de choc soufflera, sans doute, les bonnes volontés qui y croient dans les 100 fédérations locales de la rose. Celle d’Indre-et-Loire n’échappera pas à la curie annoncée. Le parti tourangeau est tenu, bon gré mal gré, par des soutiens d’Arnaud Montebourg. Ils sont minoritaires. En face, des chantres de Manuel Valls ou de Vincent Peillon. A la tête, une conduite bicéphale entre Francis Gérard, premier secrétaire, et Franck Gagnaire, premier secrétaire adjoint. Mais il ne faut pas s’y tromper, l’un surveille l’autre, certes de manière bienveillante mais voulu par Solférino. Les tensions, si elles ne sont pas visibles à l’œil nu, sont réelles au microscope des observateurs avisés. Comme la maison mère, les fissures sont importantes et le résultat de dimanche prochain risque d’accentuer le phénomène. Déjà le vent tourne. Certains élus socialistes « canal historique » ont succombé à l’appel d’En Marche ! D’autres croient mordicus que la rose ne fanera jamais et qu’il faut résister coûte que coûte à la fatalité annoncée par les médias. Et puis au milieu, il y a ceux qui attendent le déluge, la foudre, la fin d’un monde socialiste désuet. Ce sont les bâtisseurs de demain, jeune garde tourangelle biberonnée par les anciens qui attendent leur heure. L’histoire se répète mais jusqu’à quand.

Que vont-ils tous devenir ? Laurent Baumel, Jean-Patrick Gille, Marisol Touraine mais aussi les Francis Gérard, Vincent Tison, Wilfried Schwartz ou même Alain Dayan. Dans toutes ses personnalités, tous les courants, tous les dogmes, toutes les baronnies et les époques d’un PS qui peut disparaître. La semaine prochaine nous donnera déjà des éléments de réponse. La présidentielle d’avril et mai sûrement et le congrès de Poitiers à l’automne incontestablement. D’ici là, les pourfendeurs de la gauche de papa continueront de tracer leur chemin. « En Marche ! » et « La Gauche Insoumise » s’en frottent déjà les mains. A Tours, comme ailleurs…

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