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[Municipales] Isabelle Faës / Laurent Raymond : un duel pour l’avenir de Saint-Avertin

En général quand on élit son maire il reste en place 6 ans. Depuis 2014, Saint-Avertin en a connu trois. D’abord Jean-Gérard Paumier devenu président du Conseil Départemental en 2016, puis Alain Guillemin et enfin Laurent Raymond, élu en décembre 2018 lors d’une élection municipale partielle convoquée à la suite d’une démission collective au sein du conseil municipal. En 2020, le centriste espère cette fois rempiler pour un mandat complet. Face à lui, une concurrente dont c’est le 1er combat en tant que tête de liste : Isabelle Faës. Nous les avons rencontrés.

Laurent Raymond est maire de Saint-Avertin depuis fin 2018 mais il faisait déjà partie de la liste Paumier en 2014. En 6 ans, il a eu le temps de bien se faire connaître et salue presque un à un les clients du Café des Sports où il nous a donné rendez-vous. « J’ai réalisé mes 15 objectifs de 2018, maintenant je vais pouvoir préciser mes intentions » lance-t-il pour introduire son propos. Objectif en cas de victoire : accentuer les investissements. L’élu égrène son bilan : « Nous avons soulevé des aides de l’Etat de la Région ou de la Métropole ; nous avons rétabli la cohésion sociale et pérennisé 15 emplois en situation précaire depuis des années ; en 2019 nous avons présenté le plus gros budget d’investissement que la ville ait jamais connu – 6 millions d’€ – pour faire sortir en 18 mois des projets qui n’avaient pas vu le jour en 3 ans. Nous avons poursuivi sur le même modèle en 2020. »

Dans le genre ambitieux, l’homme présente son programme avec de multiples engagements allant d’une généralisation du bio dans les menus des cantines (toujours préparés directement dans les restaurants scolaires plutôt que dans une cuisine centrale) à la création d’une halle pour proposer un marché couvert (3 sites sont envisagés). Laurent Raymond compte repenser l’entrée de ville au centre-bourg en rasant un vieux commerce à l’abandon pour laisser la place à un projet de logement « qualitatif » incluant des appartements à loyer modéré. Il envisage de repenser la gare routière du Boulevard Paul Doumer avec plus de végétalisation, de couvrir le parking de la piscine avec des panneaux solaires pour faire en sorte que le bâtiment soit autonome pour sa consommation d’électricité ou encore verdir les cours d’écoles et la ville via un programme de plantations d’arbres.

Une nouvelle tête pour l’opposition

Des arbres, Isabelle Faës en veut aussi : 15 000 en 6 ans, 1 par habitant. Cette prof de musique du lycée Grandmont, également chef de chœur et chargée de cours à l’Université ne prétend pas « avoir réponse à tout » mais s’affiche volontariste sous la bannière « Réinventons Saint-Avertin ». Placée en queue de liste derrière Philippe Lebot fin 2018, la voici propulsée N°1 pour donner un nouvel élan à la commune et à la Métropole dont elle espère le virage écologique. Se disant sans détour de gauche, elle mène pourtant une équipe sans étiquette définie et n’adhère à aucun parti. Saint-Avertinoise depuis 29 ans, elle emmène avec elle l’ex directeur de l’école de commerce Escem Gérard Hoffmann qui l’a rejoint après avoir mené sa propre liste il y a 15 mois.

« Ce n’est pas une fusion, c’est un rassemblement de personnes qui ont les mêmes idées. Je ne connaissais pas Gérard Hoffmann et j’ai été surprise. Nous avons les mêmes idées en matière d’écologie net de solidarité » commente Isabelle Faës qui a compilé 130 engagements pour sa commune en cas de succès, dont une trentaine de projets directement en lien avec l’écologie. Comme le maire sortant, elle veut accroître la part de bio et de local à la cantine, passer au zéro plastique, créer un tissu de petites entreprises autour de l’environnement ou ouvrir une ressourcerie. En cas de canicule, elle promet une entrée gratuite de la piscine et s’insurge contre les bâtiments municipaux « pas entretenus » qu’elle souhaite rénover :

« La ville n’est pas endettée mais c’est au prix d’une dégradation des équipements municipaux. Il faut mettre en place un plan pluriannuel de travaux pour faire des économies d’énergie. »

Le tramway à Saint-Avertin ?

Quand on parle d’environnement, la question du vélo s’invite très vite dans les discussions. Avec Laurent Raymond comme Isabelle Faës. Elle ambitionne de passer de 2,5 à 5% de déplacements cyclistes dans la commune via une subvention pour l’achat de vélos électriques ou des aménagements cyclables, y compris dans les entreprises afin d’encourager les salariés à pédaler (par exemple en aménageant des locaux pour se changer si nécessaire avant de commencer sa journée de travail) : « Plus on fera la promotion du vélo, plus les chefs d’entreprises devront s’adapter. » Lui plaide pour que « tous les sites majeurs de Saint-Avertin soient accessibles à vélo en aménageant des axes, quitte à faire certains détours tant qu’ils restent raisonnables. » Il voit aussi comme une priorité l’aménagement du Pont d’Arcole (parallèle à l’A10) afin de faire plus de place aux circulations douces. Comment ? Ce n’est pas tranché.

En revanche, Laurent Raymond a une idée plus claire au sujet de la 2e ligne de tramway. Le projet actuel (La Riche-Chambray) frôle Saint-Avertin sans y pénétrer. Le maire-candidat souhaiterait l’allonger de 2-3km afin de prévoir un décrochage vers le quartier des Grands Champs et son collège :

« Le tramway traverserait Trousseau ce que souhaite le CHU pour éviter la mise en place de navettes complémentaires. Cela permettrait de desservir le collège et des écoles privées et de créer une liaison directe vers le lycée Grandmont. »

« C’est une bonne idée mais je crois qu’elle arrive un peu tard » réagit Isabelle Faës. Son adversaire conteste, en assurant qu’il est encore possible de modifier le tracé sans retarder encore plus la date de mise en service déjà passée de 2023-2024 à 2025-2026.

Différence de vision sur la culture et la Métropole

Avec seulement deux listes en compétition dans la commune, l’élection de Saint-Avertin se règlera en un seul tour le 15 mars. Traditionnellement la 5e ville du département d’Indre-et-Loire vote à droite mais la gauche a progressé entre 2014 et 2018, Isabelle Faës espère donc capitaliser là-dessus tandis que Laurent Raymond compte sur la reconnaissance du travail accompli. Malgré des convergences de points de vues, les divergences entre les deux listes sont assez nettes. Exemple sur le plan culturel : « Notre programmation est riche et vertueuse » argumente le maire actuel qui compte amplifier l’impact de son nouveau festival du jeu de société à Cangé, organiser une biennale du livre polar ou encourager la programmation d’artistes locaux le dimanche au Nouvel Atrium. Pour renforcer l’accessibilité de la médiathèque, il suggère la création d’un service de portage des ouvrages au domicile des personnes âgées.

En face, Isabelle Faës parle d’un certain « immobilisme » culturel, se disant déçue par la proposition du Nouvel Atrium qu’elle juge trop tournée vers des artistes nationaux. « Quel accès à la culture assure-t-on dans les quartiers des Grands Champs ou de Château Fraisier ? La médiathèque n’est pas accessible en bus, elle est peu ouverte et le périscolaire c’est plus de la garderie qu’autre chose. Par exemple il n’y a pas d’intervenant musique dans les écoles. » Elle suggère une place accrue aux groupes émergents ou une tarification en fonction des revenus pour toutes les activités.

Dernier point d’achoppement marquant que nous aborderons aujourd’hui : la place de Saint-Avertin dans l’agglomération. « Il y a peut-être autre chose à trouver que de se définir comme une commune ‘près de Tours’ » déplore Isabelle Faës qui estime par ailleurs le poids de la commune « assez faible » au sein de Tours Métropole qu’elle voudrait voir fonctionner à la façon d’une assemblée où les courants politiques auraient le dessus, plutôt que l’organisation actuelle avec tous les maires à des postes de responsabilités, quelle que soit leur sensibilité. A l’inverse, Laurent Raymond – actuel vice-président en charge du numérique – veut conserver ce schéma : « Notre ville est vraiment partie prenante dans les décisions » insiste-t-il. A partir du mois d’avril, elle disposera d’ailleurs de 4 sièges dans la future assemblée métropolitaine, contre 3 aujourd’hui.


Un degré en plus :

Rendez-vous vendredi sur Info Tours pour découvrir encore plus de propositions des deux candidats de Saint-Avertin, notamment sur le sport, la sécurité, la circulation, l’éducation et l’urbanisme.

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