Municipales à Tours : le grand bilan du maire sortant Emmanuel Denis

Facebook
Twitter
Email

La crise Covid, l’inflation, les changements incessants de gouvernements… C’est indéniable : le mandat 2020-2026 a été bousculé par une série d’événements nationaux et internationaux d’ampleur. Leurs conséquences ont naturellement eu des impacts sur la gestion municipale. Mais en 6 ans il y avait quand même largement le temps de mettre en place un programme. Comment le 1er maire écologiste de Tours s’en est sorti ? On a repris son programme de 2020 et 6 ans d’archives pour en dresser une analyse complète.

Il a fait quoi Emmanuel Denis en 6 ans ? On a repris son programme édité avant le scrutin de 2020 et on regardé ce qui pouvait aujourd’hui être considéré comme réalisé, en cours de réalisation, encore en projet ou passé aux oubliettes. Globalement, on peut dire que son bilan est dans la ligne de ce qu’il a proposé, notamment pour le sujet phare des mobilités. L’équipe « Pour Demain – Tours 2020 » promettait la création d’un réseau express vélo métropolitain… Il est en cours de déploiement (non sans grosses polémiques entre suppression de places de parking, accusations de hausse des bouchons voire création de piste cyclable dangereuse pour la Rue Marceau).

Dans le document, au rayon mobilités, figurait en bonne place le déménagement de la gare routière des Peupliers vers Vaucanson, au nord de la ville. Une promesse récemment concrétisée (là-encore avec fortes critiques). Le maire de Tours a fait valider à l’échelon métropolitain le début de la construction d’une 2e ligne de tram entre La Riche et Chambray, même si le plan initial d’un passage par le Boulevard Béranger a été ajourné, tout comme la transformation de la Place Jean Jaurès (l’éventuelle suppression des fontaines avait énormément fait parler).

Au chapitre des réalisations confirmées citons, naturellement, le passage de la quasi-totalité des rues de la ville à 30km/h, la mise en place d’abonnements Fil Bleu gratuits jusqu’à 11 ans (au lieu de 5), le lancement du projet du RER tourangeau (avec réouverture de la gare de Fondettes et hausse de desserte à Montlouis) ou encore le déploiement de deux lignes de bus de nuit. Sur d’autres aspects, l’écologiste avait promis le réaménagement de plusieurs places : c’est fait, notamment pour la Place du Grand Marché ou la Cité Mame.

L’engagement de planter 30 000 arbres et arbustes a été tenu avec des événements comme Les Plantations Citoyennes ou la création de petits massifs en ville (et un nouveau jardin Bd Béranger). Certaines règles d’urbanisme ont été revues pour davantage d’écologie dans les constructions (favoriser le bois-paille et les espaces verts par exemple). L’élargissement de l’aide aux devoirs a été concrétisé tout comme l’obtention du label Cité Educative, la mise en place du bail réel solidaire pour faciliter l’accession au logement ou le développement de l’open data.

La facture énergétique de la ville a été réduite avec le développement du réseau de chaleur (relié au Menneton pour l’Hôtel de Ville) et plusieurs écoles ont été rénovées ou reconstruites. Le problème des prêts toxiques a été résolu, la dette amoindrie (ces deux points avaient été entamé sous l’ancienne majorité) et les investissements ont augmenté.

Néanmoins, quand on regarde les 20 promesses fermes figurant en toute fin du livret, on ne trouve pas trace d’une grande part d’entre elles. Le grand parc de panneaux photovoltaïques envisagé à l’aéroport a été abandonné pour être remplacé par l’installation de dispositifs sur les bâtiments municipaux (comme le Palais des Sports). Oubliée la Maison des Associations à Tours-Nord tandis que la Maison de la Démocratie Permanente devra encore attendre car le projet du Haut de la Tranchée tarde à se concrétiser. Pour la Maison de l’Hospitalité – thème fort de discussion pendant la campagne – envisagée à l’Ilot Vinci puis à St Gatien, elle a finalement migré à Tours-Nord.

Concernant la culture, le lieu dédié aux musiques anciennes ? Il n’existe pas, tandis que le projet de nouveau CCNT a patiné pendant tout le mandat pour être enfin validé dans une nouvelle version moins coûteuse il y a quelques semaines. En revanche, la promesse de multiplier le recours aux artistes locaux pour divers événements a plutôt été respectée. Succès incontestable pour les musées, avec des expositions majeures et une hausse de fréquentation. Houle du côté de l’Opéra, avec plusieurs grèves et de longues négociations avant de céder sur la CDIsation d’une partie des artistes de l’orchestre.

Dans la liste de ce qui n’a pas été fait on notera l’absence d’ouverture d’une nouvelle crèche à Tours-Nord (bien que la ville ait acheté des places dans une crèche privée qui s’est montée depuis), d’un centre municipal de santé au Sanitas (en plus de celui promis et ouvert aux Rives du Cher) ou du centre urbain dédié aux livraisons pour réduire leur empreinte carbone (seul un pôle économique dédié au vélo a vu le jour au bord du Cher). La vocation sportive pour le Grand Hall du Parc Expo évoquée en 2020 est toujours à l’étude 6 ans plus tard (et même au cœur de la campagne). L’Ilot Vinci n’a pas bougé d’un pouce (à part l’installation de 2 œuvres de street art), un regret pour le maire qui avait promis un projet en 2023 avant de l’enterrer (ça venait du privé et ça ne s’est pas concrétisé).

On attend aussi, toujours, la rénovation du Musée des Beaux-Arts, la maison de retraite publique à Tours-Sud, la requalification du Palais des Sports, les nouveaux parkings relais, la promesse d’un lieu de baignade sur la Loire (toujours à l’étude), la possibilité de faire venir les personnes âgées dans les cantines scolaires ou les 3 millions d’€ annuels pour le budget participatif (on est à 500 000€, et Emmanuel Denis promet seulement de doubler cette somme pour le prochain mandat). Le tiers lieu remplaçant le vieillissant gymnase de la Rotonde reste également dans les cartons. Et même si la rénovation du Sanitas a un peu avancé (avec des démolitions et la construction du nouveau gymnase du Hallebardier bientôt livré), le projet de l’ANRU s’étire en longueur.

Malgré ces « trous dans la raquette », il serait malhonnête de dire qu’Emmanuel Denis n’a pas respecté son programme. En particulier parce qu’on sait qu’avec les délais administratifs et les difficultés financières on ne peut pas tout faire en 6 ans, surtout pour un 1er mandat. Ainsi, ses actions ont été dans la direction des annonces faites durant la campagne. Pas toujours comprises, et pas toujours bien expliquées, mais cohérentes avec sa doctrine politique. Des ajouts ont également été faits dont la création de commerces de proximité aux Deux-Lions, les installations pour le rugby à la Cousinerie (avec l’accueil de l’équipe d’Irlande durant la Coupe du Monde 2023) la très critiquée fermeture du Pont Wilson aux voitures (toujours pas digérée 6 ans plus tard) ou l’extinction de plusieurs quartiers la nuit après 1h du matin (le déploiement de l’initiative a été suspendu).

Ces 6 années ont d’ailleurs été marquées par de nombreuses brouilles avec des acteurs clés de la ville. Beaucoup de collectifs de riverains ou de commerçants ont pétitionné voire manifesté contre les décisions municipales, avec accusations d’autoritarisme, en particulier… en matière de circulation (vélorue aux Prébendes, réforme du plan de circulation aux Douets et aux Deux-Lions…). L’équipe municipale a tenté de répondre avec des dispositifs de concertation, sans jamais réussir à faire l’unanimité. Une tension visible aussi lors des réunions du conseil municipal, étirées en longueur par les heurts avec les oppositions (longs débats, par exemple, sur les attributions de subventions conditionnées à un droit de regard sur les projets, parfois trop poussé selon les autres groupes).

Néanmoins, malgré quelques départs – dont celui de Bertrand Rouzier, la majorité plurielle de 2020 est demeurée unie. Elle a même survécu aux polémiques dont la mise en cause de l’ex-première adjointe Cathy Münsch-Masset dans une affaire financière, ce qui lui a coûté son poste même si elle a fini par être mise hors de cause par la justice. Plus tard, c’est le conseiller municipal Christopher Sebaoun qui a été sous les feux des projecteurs après son interpellation dans une affaire de consommation de drogue.

Au rayon des polémiques, on ne manquera pas de citer la mise en cause de l’adjoint au maire chargé des sports Eric Thomas, condamné pour diffamation en 2023 en première instance après des propos sur le Tours FC, puis innocenté en cassation. Ce mandat aura, en plus, vu la disparition du club de foot historique de la ville, que la ville a tenté de sauver avec la création d’une structure coopérative (un échec). C’est finalement par une association avec Joué-lès-Tours et Ballan que la Vallée du Cher a pu retrouver des matchs de N3 cette saison.

Le bilan du maire de Tours est enfin imbriqué dans celui de la Métropole. Le tram, le SERM, Vélival… Les gros sujets viennent de l’intercommunalité (ou de la SET pour la Clinique St Gatien et les Casernes), d’autant que dans le même temps la mairie n’a pas enclenché de grand projet (l’évolution des Halles se fera à minima, les grandes ambitions de la Cité de la Gastronomie ont été jugulées, et on a déjà parlé de l’Ilot Vinci). Le problème c’est que cette métropole a été pas mal secouée entre changement de président (après l’affaire de la gifle donnée par Wilfried Schwartz à son collaborateur) et atermoiements (pas que sur le tram, les déchets aussi). Emmanuel Denis et sa majorité ont même un temps quitté l’exécutif intercommunal, ne pesant dés lors plus grand choses sur ses décisions. Les dernières années ont tout de même été plus sereines avec la mise en place d’une certaine entente entre le maire de Tours et le président Frédéric Augis, pour le retour à une forme de « Métropole des maires » qui cherche le consensus plus que les décisions orientées politiquement. Ça semble plutôt faire ses preuves, en tout cas sur la face visible de l’iceberg.

Olivier Collet et Mathieu Giua

Image à la Une : Emmanuel Denis, le soir de son élection en 2020

Facebook
Twitter
Email

La météo présentée par

TOURS Météo

Inscription à la newsletter