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[Municipales à Tours] Coulisses de campagne : comment fonctionne la permanence de Christophe Bouchet

Beaucoup y voient l’outil indispensable d’une campagne réussie : la permanence. Elle permet d’organiser des réunions d’équipe, de stocker les tracts à distribuer ou de recevoir les potentiels soutiens. Un véritable camp de base en attendant le 1er tour des élections municipales dimanche 15 mars. Reportage.

Quand on parle de permanence de campagne, à Tours, chacun sa méthode. Il y a ceux qui ont pignon sur rue dans le centre-ville et se disent prêts à accueillir le public (Christophe Bouchet, Xavier Dateu), celui qui s’installe en périphérie et organise des expos pour tenter d’attirer du monde (Emmanuel Denis, Avenue Maginot), celui qui se met un peu à l’écart avec des drapeaux sur le balcon (Benoist Pierre, dans les étages d’un immeuble Rue Nationale), Claude Bourdin qui se balade avec un barnum « zéro empreinte carbone » (excepté celle qui a servi à fabriquer ledit barnum) ou ceux qui n’en ont pas (Philippe Lacaile, Gilles Godefroy…).

Christophe Bouchet fait donc partie de la catégorie des candidats qui ont suffisamment de moyens pour s’offrir un grand local en hyper-centre pendant trois mois, en l’occurrence l’ancien restaurant Hippopotamus du Bd Heurteloup. « On occupe seulement le rez-de-chaussée » explique Cécile Estivin qui gère la communication du maire sortant, en quête d’une reconduction de son bail à l’Hôtel de Ville. Face à l’entrée, quelques bureaux ou les bénévoles peuvent faire du phoning auprès des soutiens, une pile de cartons avec les tracts qui présentent le bilan du mandat. Un seau, aussi, à cause d’un problème de fuite d’eau. Sur la gauche, un coin café, un peu de brioche dont personne ne semble connaître la provenance, un reste de bouteille d’eau pétillante, un tableau, un canapé et une grande table. Plein de chaises aussi, car les réunions réunissent facilement plusieurs dizaines de personnes.

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Évidemment, le sourire de la tête de liste est partout, sur un mur de photos de campagne ou via de grandes affiches. Dans l’équipe, on joue à fond la carte orange et bleu : « Ça tombe bien j’avais plein d’habits orange dans ma garde-robe » blague l’actuelle première adjointe Marion Nicolay-Cabanne. Tout le monde mange des clémentines. On a vu Françoise Amiot avec un bonnet orange quand Christophe Bouchet ne sort plus sans un combo cravate orange-chaussettes orange (sic). « J’aime bien cette association, c’est joyeux » commente-t-il. Et si quelqu’un se pose la question, rien à voir avec un soutien du parti centriste MoDem dont c’est la couleur officielle (ce dernier milite en faveur de Benoist Pierre).

Distribution des éléments de langage au comité de soutien

La permanence de la liste « Tours nous rassemble » est ouverte du lundi au samedi en non-stop de 9h30 à 19h30, gérée en alternance par une cinquantaine de bénévoles sur des créneaux de 2h ou 3h. « Samedi nous avons reçu une douzaine de Gilets jaunes. On a discuté, ils pensaient que Christophe Bouchet était avec La République En Marche » nous explique-t-on. L’équipe se dit ouverte à ce genre d’échanges : « On veut bien discuter mais on ne veut pas de casse » commente Madeleine qui passe une partie de l’après-midi sur place. Régulièrement, des citoyennes ou citoyens poussent la porte pour demander une information sur le programme, parfois proposer un coup de main. Ici un père et sa fille, un peu plus tard un couple dont le mari est fan de l’OM que Christophe Bouchet a présidé. « Plusieurs viennent formuler leurs doléances, leurs suggestions ou leurs remarques » indique Cécile Estivin qui enchaîne par une petite pique : « C’est une permanence qui vit et qui est ouverte… Contrairement à d’autres ! » Et hop, un tacle pour Benoist Pierre. « Oh, celle de la Rue Bernard Palissy n’est pas toujours ouverte non plus ! » Ça, c’est pour Xavier Dateu.

Depuis le début de la campagne, l’équipe de Christophe Bouchet a distribué 25 000 bilans (il lui en restait 5 000 en début de semaine). D’ici le 15 mars, elle prévoit d’écouler 80 000 programmes en boîte aux lettres et sur les marchés. Enfin, pardon, dans la langue du candidat on dit « contrat de mandature ». Mais en vrai c’est la même chose.

Au total, en comptant les membres de la liste, l’équipe Bouchet c’est une centaine de personnes : « Des gens de toutes les générations, qui aiment leur ville et sont contents d’aider. » Y compris des mineurs comme un ex-membre du conseil municipal des jeunes : « Je dois bien ça à Serge Babary qui a créé cette institution » commente Amine. Les enfants de certains candidats s’investissent aussi quelque peu. Parmi les fidèles déjà là en 2014, Françoise, militante Les Républicains : « Cela fait trois semaines qu’on a distribué le bilan. Certaines personnes reviennent pour nous poser des questions pertinentes après l’avoir lu. »

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Au quotidien, la campagne se fait sur les marchés, à la gare ou avec du porte-à-porte : « Nous avons ciblé une quarantaine de bureaux de vote qui nous sont favorables et nous utilisons un logiciel spécifique de stratégie électorale » détaille le (jeune) directeur de campagne Hugo Corazza. Des SMS sont également envoyés à un listing de connaissances ou de soutiens… Ou pas, d’ailleurs. On a lu sur les réseaux des messages s’offusquant de cette propagande ciblée… sans mention de la marche à suivre pour se désabonner (comme c’est normalement de coutume pour ce genre d’envoi) : « Il suffit de nous appeler à la permanence et on s’en occupe. Une seule personne l’a fait pour l’instant » veut dédramatiser Cécile Estivin.

Le budget de la campagne est géré par un administrateur financier, Gilles Joureau (c’est obligatoire). On n’en connaîtra pas le montant. Comme toute équipe, celle de Christophe Bouchet a fait un appel aux dons.

A la permanence, le lundi, c’est jour de réunions. En milieu d’après-midi un point stratégie réseaux sociaux animé – entre autres – par l’élu en place Jérome Tebaldi, Stéphanie Hubert-Dogan ou Louis Aluchon. Puis une réunion d’équipe pour préparer les actions de terrain ou se faire briefer sur le programme, dirigée par Thibault Coulon.

« On essaie de ne pas trop faire de réunions, d’être au maximum sur le terrain » insistent Cécile Estivin et Hugo Corazza. A mesure que l’on approche du 1er tour, les proches du maire passent de plus en plus de temps en campagne, de moins en moins dans leur entreprise ou en mairie. Certains comme Jérome Tebaldi et Louis Aluchon ont pris une à deux semaines de congés dans leur entreprise. « La semaine dernière j’ai fait du 80% maire, à partir de maintenant ça va plutôt être 50% » commente Christophe Bouchet. « On gère les affaires courantes mais il n’y a plus vraiment de décisions qui se prennent. Même les services sont dans l’attente du résultat des élections, c’est comme ça à chaque fois » complète Marion Nicolay-Cabanne qui consacre encore une dizaine d’heures hebdomadaires à sa tâche de première adjointe. Parmi les dossiers encore en cours : le calage de dates de banquets de fin d’année, par exemple. Les décisions plus conséquentes se feront au printemps en cas de réélection : « Pas comme nos prédécesseurs qui avaient pris des décisions impactantes pour le Haut de la Rue Nationale à 15 jours du scrutin » raille le maire-candidat. Ça, c’est pour la gauche.

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C’est aussi à la permanence qu’on rôde les éléments de langage, en gros qu’on accorde les discours pour que tout le monde parle d’une même voix. Parmi les formules qui sortent de la bouche de Thibault Coulon :

« Notre projet on le présente en 4 phases, comme un quatre-quart breton c’est riche, substantiel et il y a à manger pour plusieurs jours. »

« Insistez sur les mini-forêts urbaines, cette proposition est très importante pour Christophe. »

Ou encore la formule pour faire son auto-critique tout en valorisant son action :

« Il y a les projets que nous renforçons comme la propreté ou la rénovation énergétique où nous avons l’objectif le plus élevé de tous les candidats et puis ceux que nous lançons car le contexte de 2020 n’est pas le même que celui de 2014. »

L’actuel adjoint en charge de l’économie insiste au passage sur le soutien officiel du parti UDE (petit parti écologiste par ailleurs en délicatesse financière), en les définissant comme « les écologistes pragmatiques », sous-entendu en opposition aux écologistes extrémistes tels qu’Emmanuel Denis.

Trouver la bonne façon de communiquer

Dans l’équipe en charge des réseaux sociaux, on se réjouit d’une vidéo vue 1 900 fois en quelques heures : « Les gens savent qu’on en publie une chaque matin. Ils les attendent pour les relayer. En 2014 on ne mettait pas beaucoup de moyens sur Internet mais aujourd’hui on y concentre nos efforts. Nos soutiens ne lisent peut-être plus la NR ou leurs mails tous les jours. » Toutes les semaines, les colistiers sont briefés pour partager les informations essentielles, on leur rappelle de changer leur photo de profil pour s’afficher aux couleurs orange et bleu… « Moi j’ai trouvé un smiley cœur orange, je l’utilise dans les commentaires » se félicite Marion Nicolay-Cabanne. Décidément, cette passion pour le orange…

Séance photo d'une partie de la liste entre deux réunions.

Forcément, l’équipe surveille aussi comment sa campagne est perçue : « On regarde un peu les commentaires mais on ne rentre pas dans des débats stériles. On a repéré les faux profils créés par d’autres candidats. Nous on ne fait pas ça » nous dit Stéphanie Hubert-Dogan. Agréable surprise pour l’équipe « Tours nous rassemble » : « On a de très bons retours sur Linkedin. » Mais Twitter c’est zéro, ou presque.

Et bien sûr, une stratégie de campagne ça évolue au fil des semaines : « Au début pour nos réunions il y avait juste un discours de Christophe Bouchet. Ensuite on a fait 60% discours, 40% échanges et maintenant on tend vers le 50-50 » explique Cécile Estivin. Le genre de décisions qui se prennent en débriefing. « C’est important d’avoir ces moments pour se retrouver d’autant qu’il y a autant de travail que de plaisir. » Le soir du 1er tour (et du second, au cas où), c’est évidemment Boulevard Heurteloup que toute l’équipe se réunira pour suivre les résultats.

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