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Les derniers combats de Sophie Auconie, députée démissionnaire

Sophie Auconie

On la savait malade depuis l’annonce de son cancer des seins l’année dernière, puis de sa double mastectomie en novembre à la clinique Vinci de Chambray-lès-Tours. Cette semaine Sophie Auconie a annoncé sa prochaine démission de l’Assemblée Nationale, après trois ans et demi de mandat. « La mort dans l’âme » mais parce que la députée UDI du Lochois dit ne plus avoir la force de faire face « au stress, à la pression ». Avant de partir, l’élue de 57 ans tient à boucler certains dossiers avec une certaine opiniâtreté.

Sophie Auconie a la voix fatiguée de quelqu’un en convalescence, situation à laquelle s’ajoutent les exigences de la vie de députée, et en particulier les allers-retours entre l’Indre-et-Loire et le Palais Bourbon à Paris : « Ce jeudi nous entamons l’examen du texte de loi sur la pédocriminalité à 10h30 et les discussions vont se poursuivre jusque tard dans la nuit. Vendredi matin je dois prendre le TGV à 7h25 car je lance le Parlement des Enfants au Grand-Pressigny. Ce stress total, tout le temps, c’est l’illustration de ce qu’il faut que j’arrête » nous dit-elle. La décision s’est imposée à elle ces dernières semaines, en prenant conscience qu’elle récupérait difficilement de sa longue anesthésie : « J’ai des conséquences collatérales qui n’ont rien à voir avec le cancer mais qui ont impacté mon système digestif. Je ne vais pas bien. »

Un témoignage fort sur sa maladie

Ainsi, Sophie Auconie démissionne. Ex-députée européenne, ex-élue au conseil municipal de Tours (2008-2020), cadre dirigeante de l’UDI, proche de Jean-Louis Borloo, souvent décriée mais capable d’en faire fi pour rester au premier plan, c’est une figure de la politique tourangelle qui met un stop brutal à sa carrière. « La mort dans l’âme » insiste-t-elle :

« La 3e circonscription d’Indre-et-Loire ce sont 80 communes qui ont besoin d’un député extrêmement engagé car les effets de la crise sanitaire vont impacter un certain nombre d’acteurs économiques, associatifs ou institutionnels. Lorsqu’on retrouvera un rythme normal, il faudra quelqu’un d’extrêmement impliqué au côté de chacun des acteurs et je n’ai plus la pêche pour le faire. »

Avant de prendre de la distance, la centriste compte bien profiter jusqu’au bout de sa place à la tribune. D’abord pour témoigner de son cancer, et de façon frontale :

« Quand la députée Marielle de Sarnez est morte on a parlé de longue maladie. On parle souvent de longue maladie. Moi j’ai eu un cancer. Je mesure combien ça reste une maladie qu’on n’ose pas encore citer. A mon sens ce n’est pas totalement accepté par celui qui est malade. On n’est peut-être pas encore assez sensibilisés, et moi la première : j’avais des antécédents familiaux assez lourds dans ce domaine du cancer du sein mais je n’ai pas été assez sérieuse dans la surveillance de ma poitrine, malgré les conseils. Personne n’est à l’abri de ce mal du siècle. »

Pour enraciner la prise de conscience, Sophie Auconie aborde sans détours son opération « extrêmement mutilante avec une atteinte au symbole de ma féminité et de ma maternité » mais insiste aussi sur « la qualité d’accueil et des soins » à Chambray et l’espoir d’en avoir fini avec la tumeur car « les ganglions analysés indiquent qu’il n’y a pas eu de passage des métastases. Le cancer est resté localisé. Je pense que cette histoire-là est derrière moi. » Elle évoque aussi l’importance d’être soutenue, citant notamment son suppléant Gérard Dubois (conseiller départemental du canton de Descartes) et le sénateur tourangeau Pierre Louault qui été « d’une grandeur morale difficile à égaler. »

Une prise de parole sur la pédocriminalité

« Je veux finir mon mandat correctement » indique également la Tourangelle, ce qui signifie qu’elle va garder son fauteuil quelques jours, probablement jusqu’à la fin du mois. Ce mercredi, elle a abordé en séance le sujet des retraites supplémentaires : « Ce sont 13 milliards d’€ qui doivent aller sur les comptes des Français. Les assurances ne font aucun effort pour rechercher leurs ayants-droits et bénéficiaires. Cela fait plus d’un an et demi que je me bats sur ce dossier. Là c’est l’adoption finale, et je voulais y être. » S’en suit le débat sur la pédocriminalité, alors que l’actualité des dernières semaines nous a apporté de longs débats sur l’inceste ou le consentement via les témoignages de Camille Kouchner, Audrey Pulvar ou Coline Berry :

« Il y a des valeurs que je défends depuis tellement longtemps. Quand Marlène Schiappa a lancé son texte sur la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, certaines de mes propositions ont été jugées inconstitutionnelles. Aujourd’hui le garde des sceaux les reprend pour améliorer les sanctions pénales. Je le salue mais on a perdu deux ans. »

Sur ce dossier, Sophie Auconie plaide pour une imprescriptibilité des crimes sexuels commis sur des mineurs : « 30 ans de prescription ce n’est pas satisfaisant. Le frère de Camille Kouchner (dont le père Olivier Duhmal est accusé d’inceste) a 49 ans. Les faits sont donc prescrits ce n’est pas normal. Si un adulte veut dénoncer des faits à 60 ans il doit pouvoir le faire. » L’élue en profite pour dire « chapeau » aux réseaux sociaux qui « libèrent le parole » : « Je suis admirative du courage que ça nécessite de dénoncer et mettre en lumière ces actes abominables. C’est le moment d’adapter le droit. » Et pas question pour elle de dire, comme on l’entend, que la présomption d’innocence est dévaluée : « En cas de doute, elle bénéficiera toujours à l’auteur présumé. »

Une élection à venir au printemps

Les sujets locaux préoccupent également l’élue UDI, effarée que le nouveau directeur départemental de l’éducation nationale n’ait pas contacté les députés – même en vision – dans le but de leur présenter la carte scolaire : « Je serai avec les maires qui vivent les difficultés de fermetures de leurs écoles ou de leurs classes. Je ne partirais pas tant que je n’aurais pas rencontré le DASEN. J’estime que la carte scolaire met en danger les écoles car certaines se retrouveront avec une seule classe et ce n’est pas acceptable, surtout dans la conjoncture que nous traversons. Je veux donc comprendre sa méthodologie. » Une manifestation avec la même ambition avait également lieu ce mercredi à Tours.

Et après quel avenir pour Sophie Auconie ? Sur proposition du président de l’Assemblée Nationale Richard Ferrand elle prend la vice-présidence de l’Autorité de Régulation des transports pour six ans non renouvelables : « Je vais continuer à avoir un travail intellectuel dans un domaine qui me passionne tout en étant préservée des pressions » commente-t-elle. Elle compte également accompagner son successeur sur la 3e circonscription d’Indre-et-Loire. Qui ? On devrait le savoir dans le printemps, peut-être en mai. Pierre Louault, actuellement sénateur ? « Non » répond la dépitée. Son suppléant Gérard Dubois ? « Il tiendrait remarquablement ce rôle » dit-elle, sans confirmer une candidature.

Il faudra également voir qui se présente en face. Peut-on s’attendre à un basculement du territoire vers LREM, ou à son ancrage plus à droite selon les personnalités en présence ? Que fera la gauche ? Les électeurs iront-ils aux urnes ? Ce seront les défis des prochains mois, avec une Sophie Auconie plus spectatrice qu’actrice mais sans doute jamais très loin des affaires.

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