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Le début des choses sérieuses au conseil municipal de Tours

Emmanuel Denis, maire de Tours. 6e vice-président en charge de la transition écologique, de la politique aéroportuaire et du contrat de plan Etat-Région

 

Ce vendredi 24 juillet les 55 élus du conseil municipal de Tours se réunissent de nouveau dans la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville. Cette fois, pas question de séance extraordinaire avec cérémonial républicain comme pour l’élection du maire le 3 juillet. Non, le choix de la pièce s’est fait en raison des mesures liées à la crise sanitaire. Le reste sera plus commun : ce coup-ci l’équipe d’Emmanuel Denis entre pleinement dans l’exercice de son mandat avec l’ambition de valider de premières mesures à la couleur de la nouvelle majorité. Avec 46 points à évoquer, l’ordre du jour est bien chargé. Et les sujets sensibles ne manquent pas…

De 2014 à 2020, on a eu l’habitude d’assister à des conseils municipaux à rallonge se terminant rarement avant 23h, parfois après 1h du matin soit 5 à 8h de réunions. Difficile à suivre, compliqué de résumer un si grand nombre d’heures de débats parfois soporifiques. Les citoyens assistant aux réunions dans le public s’en sont souvent lassés comme le prouvait la désertion des chaises au fil des heures. Voilà qui n’a sans doute pas encouragé les foules à se passionner pour les affaires publiques.

Peut-on espérer du changement après l’élection d’Emmanuel Denis ? Évidemment il n’est pas question de se priver de débats ou de piques verbales, ni d’aller au fond des sujets. Plutôt de ramener de la sérénité et du constructif autour de la table. Le nouveau maire a conscience de l’enjeu : « On va retravailler le règlement intérieur, il y aura peut-être des dispositions différentes, il faut éviter les hors-sujets » explique l’écologiste qui ne fut lui-même pas étranger aux  digressions de ces six dernières années. Cela dit, pas question de brusquer l’assemblée et l’opposition : « Il n’y aura pas de mesures trop strictes » lance-t-il, laissant supposer qu’on ne se retrouvera pas avec des limitations de temps de parole aussi strictes que celles qu’on peut observer à la Région ou à l’Assemblée Nationale.

Le sujet des indemnités de retour sur la table

En face d’elle, la majorité qui compte 43 élus retrouvera le groupe de l’ancien maire Christophe Bouchet (8 membres) et celui mené par Benoist Pierre, candidat LREM au 1er tour, allié avec la droite et le centre au second (Les Progressistes, comptant 4 membres). Des élus de cette opposition se verront proposer quelques responsabilités, notamment à la commission des finances. Un souhait du maire. Mais il faut compter sur eux pour soulever des lièvres dès les premiers points à l’ordre du jour… Par exemple, on peut s’attendre à un échange sur les indemnités des élus. Emmanuel Denis a annoncé qu’il baissait sa rémunération à la ville de 1 000€ (soit 20%) mais dans le même temps celle qu’il reçoit en tant que vice-président de Tours Métropole progresse de 30% par rapport à l’ancienne équipe.

Le sujet a créé un clivage lors du conseil d’installation de l’agglo vendredi 17 juillet… La majorité d’Emmanuel Denis a elle-même, voté différemment avec d’un côté une partie de ses membres (les insoumis notamment) votant contre cette augmentation, tandis que l’autre partie se retranchait derrière la concorde métropolitaine en la validant. Un sujet qui fait toujours des remous quelques jours plus tard. Emmanuel Denis zigzague pour se défendre, lui qui avait critiqué les augmentations accordées au milieu du mandat précédent en 2017. Il reconnait « une impréparation » pour l’explication de texte sur ce thème aux citoyens. « C’est le métier qui rentre » ajoute-t-il, renvoyant vers le président Wilfried Schwartz si l’on veut insister. Pressé de se justifier plus longuement, il emploie une ritournelle bien connue : certes ça augmente, mais regardez on ne paie pas autant les élus qu’ailleurs…

« La moyenne des présidents d’agglomérations est de 5 640€ (3 400 à Tours Métropole, ndlr) et pour les vice-présidents c’est 2 567€. Nous sommes aussi en-dessous (2 300€, ndlr). Et les simples conseillers métropolitains ne touchent que 200€ quand dans la précédente assemblée ils avaient tous une délégation et une indemnité plus élevée ce qui n’est pas légal. Il y a un rééquilibrage des choses. Au final l’enveloppe annuelle progresse de 100 000€. La hausse aurait été plus importante si on était restés dans la configuration précédente. »

Quant à la ville, malgré des rémunérations en hausse pour les conseillers municipaux en raison des responsabilités qui ont été confiées à l’ensemble des membres de la majorité, le maire met en avant la baisse de l’enveloppe globale : 74 443€ par mois sous sa mandature, contre 75 532€ sous Christophe Bouchet. Une petite paille, alors que la municipalité reste très endettée (210 millions d’€) et qu’elle est en train de connaître une année 2020 atypique avec une baisse de ses recettes en raison de la crise sanitaire (pas de recettes de stationnement pendant plus de deux mois, pas de droit de terrasses après l’exonération accordée aux bars et restaurants…).

Le remplacement du Plan Etincelle par des aides directes aux entreprises

Quel sera l’impact total du Covid sur les comptes de la municipalité ? Impossible de le dire aujourd’hui. S’il y a eu des recettes en moins, il y a également eu des dépenses non exécutées (au hasard : pas de feu d’artifice le 14 juillet). Mais d’autres sorties d’argent imprévues. Et puis les subventions exceptionnelles accordées pour la solidarité ainsi qu’à des associations ou clubs sportifs fragilisés ces derniers mois. Elles seront validées à partir de ce conseil municipal (200 000€ pour le CCAS, 150 000€ pour le sport, 220 000€ pour la petite enfance). « Le Covid nous obligeait à organiser rapidement ce conseil. On va encore devoir agir pendant de nombreux mois et avoir pas mal de situations compliquées » détaille Emmanuel Denis qui annonce une enveloppe de 100 000€ d’aides directes aux entreprises, via Tours Métropole (des subventions de 0 à 5 000€ accordées sur dossiers). « L’objectif c’est d’être agiles et réactifs avec peu de démarches pour les sociétés » explique la première adjointe Cathy Münsch-Masset.

Frédéric Miniou, adjoint aux finances

Sûr que ça aussi ça fera débat car ce plan est financé avec une somme initialement dédiée au Plan Etincelle du maire précédent (des bons d’achat de 50€ à dépenser dans les commerces). La nouvelle majorité a refusé d’imprimer les 10 000 derniers chèques qui devaient être distribués afin de flécher 500 000€ vers d’autres projets, et ne pas en faire bénéficier que des commerçants mais aussi le milieu de la culture ou, donc, les TPE-PME.

La recherche de fonds pour financer de grands projets

Parmi les autres mesures marquées du sceau d’Emmanuel Denis on pourra citer l’élargissement du dispositif Vacances Apprenantes avec de nouveaux stages fin août pour des collégiens et lycéens. Le reste de l’ordre du jour comporte à la fois des délibérations techniques… et d’autres liées à des actions de l’équipe battue comme le vote obligatoire du compte administratif, qui doit normalement être étudié avant le 30 juin (date butoir décalée d’un mois en raison de la situation). D’après l’adjoint aux finances Frédéric Miniou il fait état de « recettes en hausse, dues notamment à la cession de biens immobiliers » et seules les dépenses de personnel sont en augmentation.

Néanmoins, le nouvel élu déplore « le sous-investissement chronique depuis des années. » « Si on veut financer des projets significatifs comme les mobilités douces il faudra chercher de nouvelles recettes, notamment via les fonds européens » dit-il. Par exemple pour financer le Plan Ecoles impulsé par Christophe Bouchet et que son successeur va poursuivre. Premier chantier : trouver le moyen de réduire la facture pour la reconstruction de l’école maternelle Jean de la Fontaine à Tours Nord qui va coûter 7,5 millions d’€ dont 60% actuellement à la charge de la ville.

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