Politique

La victoire de François Fillon : épisodes d’une victoire en Touraine

Les Tourangeaux ont choisi, à près de 70 %, ils ont voté pour que François Fillon brigue la présidence de la République. Chez les Républicains, on se réjouit de la réussite de cette primaire. En coulisses se préparent déjà les discussions d’après-match. Retour sur le feuilleton de cette soirée historique pour la droite française et tourangelle.

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19h00. Les bureaux de vote de la mairie de Tours viennent de fermer. Le temps est au dépouillement : « il y a eu moins de votants aujourd’hui » lance un scrutateur pressé de dépouiller.

19h30. Permanence des Républicains à Tours. Les locaux sont quasi vides. Les fillonistes ont prévu de se retrouver à la Brasserie de l’Univers. Serge Babary discute avec Fabrice Boigard, les yeux sont rivés sur l’écran du PC qui crache les premiers résultats en Indre-et-Loire. Les bureaux « ruraux » tombent, Fillon fait une percée. Près de 75 % de vote en sa faveur. À la mairie, les premiers « cent » tombent aussi. L’écart est moins important mais toujours à la faveur de François Fillon qui atteint les 55 % environ.

20h00. QG des Juppéistes : la Brasserie du Palais juste en face celle de l’Univers. Les mines sont crispées. BFM TV accompagne les centristes du 37. Seule Sophie Auconie est positive : « Je suis de nature optimiste, attendons tous les résultats !.. » déclare-t-elle aux premiers journalistes présents. Sur une table, assis devant un PC où trois autocollants « AJ ! » sont collés, deux militants pro Juppé saisissent les résultats. Ils sont concentrés, agacés d’être dérangés par des militants qui veulent savoir.

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20h22. La haute autorité des primaires prend la parole devant les caméras de télévision. Sur plus de 2100 bureaux de vote, 69% des électeurs à ce deuxième tour se sont exprimés en faveur de François Fillon, 31% pour Alain Juppé. Ici à Tours, on accuse le coup. À cette heure, les grandes villes de France n’ont pas encore donné leur verdict. La ruralité s’est fortement exprimée pour la droite conservatrice. le choix d’une rupture plutôt que d’une réforme. Sophie Auconie donne ses premières interviews. D’un ton un peu déçu, elle accuse le coup et souhaite que François Fillon soit « ferme mais aussi modéré ». L’ancienne députée européenne estime « qu’il faut une justice fiscale et sociale. Supprimer 500 000 fonctionnaires, c’est impossible…! ».
Et sur la place des idées centristes ? « Si Fillon veut être l’homme de la droite et du centre, il doit rassembler ! Je souhaite que l’on apporte une valeur ajoutée » ajoute Sophie Auconie.

20h35. Sur les bandeaux des chaînes d’info, on peut lire « 68,6% pour François Fillon ». 4156 bureaux ont été dépouillés.

20h42. Benoît Hamon répond à une interview. « aujourd’hui ? Il faut que l’on ait un projet de gauche sans équivoque sur les questions de justice sociale ». Un discours d’un candidat à la présidentielle comme un effet miroir au programme dur de François Fillon.

20h50. Au QG des Juppéistes, certains commencent à partir. Au même moment, les soutiens  tourangeaux de François Fillon arrivent à la permanence des Républicains. Thibault Coulon, Jean-Christophe Turot affichent un sourire. Pas loin, les soutiens du deuxième tour comme Céline Ballesteros. Dehors Claude Greff repart chez elle : « l’élection de François Fillon, c’est cool et c’est bien ! Les Français ne veulent plus de cette politique mitigée. Aujourd’hui la droite est solide… »

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21h00. Alain Juppé prend la parole. Le silence est fait dans la permanence. On écoute celui qui vient de tirer un trait définitivement sur son espoir de devenir un jour président de la République.

21h10. François Fillon s’adresse à la France. À la permanence, on applaudit. « La victoire me revient, bâtie sur des convictions !… Ma démarche a été comprise. La France veut des actes ! » déclare le candidat à la présidence de la République. « Ce soir, j’ai une pensée particulière pour Nicolas Sarkozy. Et ce soir, je tends la main à tous ceux qui veulent servir notre pays… ». Applaudissements à nouveau… « Dans notre pays, il y a un appel à l’exemplarité et aux valeurs. Ces valeurs, je les défendrai ! nous avons en mains tous les atouts pour devenir une nation moderne… J’ai le devoir de redonner confiance aux Françaises et aux Français mais aussi de vaincre l’immobilisme… François Hollande a abaissé la fonction présidentielle. Je vais relever le défi de la vérité avec les Français dans les prochains mois… ». Dans les enceintes de l’écran plat de la permanence du boulevard Heurteloup, on entend crier : « François président, François président !!! ».

Pour Jean-Christophe Turot, conseiller municipal de Joué-lès-Tours, « on va continuer à soutenir notre candidat et le plus dur reste à faire. Il y a un message d’espérance. Il faut convaincre aussi la jeunesse française ! »

21h25. Thibault Coulon s’exprime : « C’est la victoire du courage politique, d’une droite qui s’assume. Mais aussi une victoire du parlé vrai ! ». L’adjoint au maire de Tours salue les primaires ouvertes : « Si cela avait été une décision du parti, ce n’est pas François Fillon qui serait sorti ». Et d’ajouter : « Ces résultats vont rappeler que nos électeurs veulent une droite claire. Ici localement, il n’a pas été fortement soutenu… Moi, cela fait très longtemps que je n’avais pas été aussi heureux en politique ». « Filllon est le meilleur pour faire baisser le Front National » conclue-t-il.

22h00. Françoise Amiot répond à nos questions : « Ce soir c’est un vrai plébiscite de notre famille politique et cela devrait permettre l’union. Ce succès, c’est la victoire de tous les Français !… Localement ça doit tout changer et on doit s’interroger sur la réorganisation de notre famille ici en Indre-et-Loire… Je suis toujours candidate à la candidature pour les élections législatives. Je considère que les cartes doivent être rebattues… Car il faudra une majorité pour le futur président de la République ». C’est en conquérante revigorée que l’adjointe aux finances de Serge Babary à Tours entend désormais peser. Mais tout le monde de voit pas cela d’un bon œil.

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Pour Céline Ballesteros, adjointe au maire de Tours : « il faut que tout le monde se rassemble. Il n’y a aucune carte à rebattre… ». La candidate aux élections législatives sur Tours est heureuse que ce soit un homme d’expérience qui conduise la droite républicaine : « On ressent une peur de l’avenir, on est au bord de l’explosion sociale ! ».

La très « Sarkozyste » fédération sort affaiblie dans cette primaire. Les voix minoritaires d’hier se font entendre fort et clair depuis hier soir.

Ce soir, la grande famille de la droite républicaine, a trouvé son patriarche. Mais à Tours, comme certainement ailleurs, si le mot d’ordre est le rassemblement pas sûr que cela se fasse aisément. A la permanence des Républicains d’Indre-et-Loire, il y avait certes quelques élus qui comptent et des militants heureux et malheureux. Mais des absents remarqués. Le président de la fédération, Frédéric Augis et son mentor, Philippe Briand, le député-maire de St-Cyr et patron de Tour(s) Plus. On a pu entendre chez certains que les cartes vont être rebattues. Commence aujourd’hui, aussi, une partie de poker. Avec son lot de bluffs et de rapports de force. Entre Républicains tourangeaux d’abord. Parce que la très « Sarkozyste » fédération sort affaiblie dans cette primaire. Les voix minoritaires d’hier se font entendre fort et clair depuis hier soir. Un moment que certains attendaient pour finir « avec une certaine conception de la politique ici localement » nous dira discrètement un élu LR. Puis ensuite, les relations avec les élus et instances UDI d’Indre-et-Loire qui ont, malgré tout, la gueule de bois. Les négociations seront difficiles demain avec les LR. A moins que l’ère Fillon qui s’annonce, tende une main stratégique à un centre qui sera nécessaire aux rééquilibrages des forces à l’aune du premier tour des présidentielles. Car, il ne faut pas l’oublier, seul le peuple de droite s’est exprimé. Reste encore la grande majorité silencieuse. Celle qui décidera du sort de la France.

crédits photos : Arnaud Roy pour 37°

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