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La Touraine pourrait – enfin – résoudre son gros problème de déchets

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C’était la mauvaise nouvelle fiscale de 2021 : Tours Métropole qui acte un bond de la taxe pour enlèvement des ordures ménagères. 35€ supplémentaires pour les foyers de ses 22 communes. Une facture justifiée par l’augmentation du coût de traitement des ordures, et le retard que les collectivités ont pris pour trouver une alternative à l’enfouissement en cours de prohibition par le gouvernement. Depuis, le président de l’agglomération a promis qu’il n’y aurait pas de nouvelle hausse en 2022. Un espoir de sortie de crise ?

La préfecture d’Indre-et-Loire qui crée un poste exprès pour aider les élus locaux à gérer leurs problèmes de déchets… Annoncée à la rentrée, cette information montre l’ampleur du problème. Les collectivités locales sont dans une telle impasse qu’il faut une personne de l’extérieur pour remettre les choses dans l’ordre. C’est-à-dire établir une solution apte à fonctionner dès qu’on ne pourra plus enterrer le contenu de nos poubelles dans les centres de Chanceaux-près-Loches et Sonzay qui fermeront d’ici 2024 et 2029 (pour cause de saturation).

L’idée c’est de ne pas revivre le camouflet de Mettray, en l’occurrence l’abandon d’un projet d’usine de production de gaz vert à partir des déchets. Les riverains avaient dit non si fort que Tours Métropole avait rapidement fait marche arrière… prenant d’un coup 5 ans de retard. L’alternance politique de 2020, la pandémie et les cafouillages de gouvernance de 2021 n’ont pas arrangé les choses mais la situation semble aujourd’hui stabilisée. Et c’est désormais Benoist Pierre qui hérite de la patate chaude. Elu d’opposition à Tours, le candidat LREM des élections municipales de 2020 a été propulsé 17e vice-président de l’agglo chargé des déchets et de la transition écologique et énergétique. Dans la foulée, il a logiquement pris la suite de Touraine Propre, le syndicat réunissant différentes collectivités pour élaborer des schémas communs à l’échelle du territoire.

Touraine Propre c’est tout petit, ça fonctionne juste avec deux personnes salariées. Mais c’est essentiel parce que c’est une assemblée d’élus locaux qui se réunit pour établir sa stratégie en matière de gestion des déchets (66 000 tonnes de matières non recyclables produites en 12 mois). Sans projet collectif, chaque collectivité ferait les choses dans son coin occasionnant surcoûts et autres difficultés. « On a des solutions à offrir » plaide ainsi Benoist Pierre qui travaille notamment avec son prédécesseur, l’écologiste Martin Cohen issu de la majorité du maire de Tours Emmanuel Denis mais aussi le président de la communauté de communes Gâtine-Choisille-Pays de Racan, Antoine Trystram.

Encourager le compostage individuel

Quelles solutions ? Déjà, trouver une façon de gérer les biodéchets (tout ce qui est compostable, des épluchures aux restes alimentaires en passant par les sapins de Noël et les mauvaises herbes arrachées dans les jardins). « On en a engagé des études et les résultats seront présentés d’ici quelques mois » garantit Benoist Pierre. L’idée serait d’avoir de quoi récupérer et traiter tout ce qui vient des cantines ou des restaurants du département « soit à peu près la moitié des 12 à 15 000 tonnes de biodéchets produites chaque année dans le département. » Une matière « à forte valeur marchande » assure le président, donc que l’on pourrait revendre pour financer le coût de la récupération (probablement confiée à une entreprise privée). En revanche, concernant les particuliers pour qui une collecte coûte 2 à 3 fois le prix d’un ramassage normal, la solution reste le développement du compostage collectif ou des composteurs individuels avec vers de terre (déjà 20 000 distribués dans l’agglo de Tours).

Ensuite, il faut donc une alternative à l’enfouissement. Et vite. L’idée retenue c’est la création d’une unité d’incinération pour produire de la chaleur capable d’alimenter le nord de l’agglomération tourangelle. « D’ici fin 2022 on devrait avoir un schéma acté et un calendrier » promet Benoist Pierre qui imagine la construction de cette usine sur les terrains libérés par l’armée à proximité de l’aéroport de Tours, donc loin des habitations en espérant ne pas créer de ressentiments de la part de la population. « Nous aurions besoin de 3 à 5 hectares » explique l’élu, soit une paille par rapport aux 700ha mis à disposition par les militaires.

Une usine dimensionnée pour plusieurs agglomérations

L’ambition : poser la première pierre d’ici 5 ans. Le projet coûterait entre 50 et 70 millions d’€. Là-encore, le site serait géré par un opérateur privé. Il est garanti « sans odeurs et avec très peu de fumées, par ailleurs traitées » détaille le président de Touraine Propre s’appuyant sur l’exemple de Copenhague qui utilise déjà le procédé, et ajoutant l’argument de la hausse du prix du gaz pour convaincre : « La chaleur produite à partir de déchets coûtera moins cher. »

La question en suspens c’est la taille de l’équipement. Pour combien de tonnes de déchets on le calibre ? 30 000, 40 000, 50 000, 70 000 ? Tout dépend d’om vient la matière première. L’idée d’en amener depuis les départements voisins semble abandonnée à cause du coût du transport et de la pollution engendrée par les bennes (malgré le développement des véhicules à hydrogène, leur généralisation ce n’est pas pour tout de suite). En revanche, plus près de nous, il faut savoir si le Chinonais entre dans la danse car son unité actuelle est e fin de vie. Le plan en vogue, ce serait donc de prévoir un bâtiment capable de traiter « plutôt 50 000 tonnes par an », soit un ratio également compatible avec la politique de réduction des déchets engagée par les collectivités. Mais attention quand même à ne pas oublier la hausse régulière de la population départementale qui peut atténuer les allègements de poubelles dus aux efforts de la population déjà présente.

Accentuer les actions de prévention

Pour réduire la quantité d’ordures non recyclables à gérer, l’Indre-et-Loire a plusieurs options. La première c’est l’élargissement des consignes de tri en vigueur depuis le 1er janvier dans les 22 communes de Tours Métropole. Tous les emballages peuvent désormais finir dans la poubelle jaune, même les films plastiques tout fins. Ce qui devrait réduire les refus de tri de l’usine de La Grange David à La Riche (transférée à Parçay-Meslay à l’horizon 2023-2024). L’horizon présenté par l’agglo de 300 000 habitants est de récupérer 4kg de déchets recyclables en plus par an et par personne tout en faisant une économie de 400 000€, « si les citoyens sont responsables » insiste Benoist Pierre (les refus de tri ont atteint 40% pendant la période Covid, il espère désormais redescendre sous les 30%).

Une politique qui se combinera avec d’autres actions comme de la sensibilisation directement auprès des populations, notamment via des associations comme Zéro Déchet Touraine. Mais aussi la poursuite du développement des petites maisons où l’on s’échange des livres plutôt que de les jeter. « On doit faire le plus possible attention à réutiliser, choisir les offres qui consomment le moins, privilégier le vrac » insiste Benoist Pierre qui épouse – pour le coup – le discours de Martin Cohen qu’il a remplacé. Signe que la stratégie tourangelle sur les ordures va finir par friser le consensus ?

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