CulturePolitique

La suppression de Culture O Centre par la Région fait grincer des dents

La semaine dernière en marge du premier débat d’orientations budgétaires de la nouvelle assemblée régionale, c’est l’annonce de la suppression de Culture O Centre qui a fait parler. Une annonce qui n’a pas manqué de faire réagir dans le milieu culturel régional.

Pour faire face aux contraintes budgétaires, François Bonneau avaient évoqué plusieurs pistes, dont la volonté de réduire le nombre de structures associées, c’est-à-dire des agences spécialisées dans un domaine (économique, culturel…) et financées par la Région. Parmi ces agences dépendant de la Région mais fonctionnant en autonomie, avec budget propre et en marge des services internes de la collectivité, Culture O Centre, l’agence de développement culturelle de la région est la première ciblée et devrait disparaitre du paysage régional en 2016.

Culture O Centre c’est quoi ?

Agence de développement culturelle, Culture O Centre est une structure employant 16 personnes et dont l’action principale est de jouer « un rôle pilote dans l’aménagement culturel du territoire ». Parmi les missions de Culture O Centre on retrouve l’accompagnement de professionnels dans la structuration de leurs projets, mais aussi le soutien aux collectivités pour leurs projets de territoire ou la diffusion de la culture dans les territoires. Parmi les autres actions menées par Culture O Centre il y a également la mise en relation et en réseau des acteurs culturels par le biais de rencontres professionnelles. Enfin, mission historique de l’agence, on retrouve également la mise à disposition d’un parc matériel conséquent.

Avec un budget annuel aux alentours de 2,5 millions d’euros, Culture O Centre se retrouve donc dans le collimateur de la majorité socialiste bien décidée à mener une politique d’économies sur fond de resserrement budgétaire.

Répondant aux premières réactions suscitées suite à l’annonce de la suppression de la structure, pour François Bonneau comme pour Michèle Bonthoux, vice-présidente à la culture, il ne s’agit pas de réduire les moyens donnés à la culture, mais « d’économiser sur les coûts de structure en intégrant les missions de Culture O Centre dans les services internes de la Région ». Un basculement des activités vers les services internes qui ne s’accompagnera que d’une reprise partielle des salariés de Culture O Centre, sans qu’on connaisse pour l’instant le nombre exact de salariés conservés dans les effectifs.

Pourquoi cette décision suscite-t-elle des réactions ?

Moins de deux mois après son élection, la suppression de Culture O Centre fait tâche pour la majorité socialiste, alors que la culture fut au centre de la fin de campagne et que le soutien d’une partie du monde culturel régional a sans aucun doute contribué à la réélection de François Bonneau. Pour Gwendal Stephan de la compagnie Le Muscle, auteur d’une lettre ouverte sur la suppression de Culture O Centre : « François Bonneau était le seul à vraiment parler de culture lors de la campagne. Et là on se retrouve avec une décision brutale et maladroite ». Pour le chargé de production de la Compagnie Le Muscle : « il ne s’agit pas de nier les difficultés économiques, ni d’être en confrontation avec les élus, mais simplement de s’interroger sur la pertinence de ce choix, alors que la décision tombe sans même qu’il y ait eu un audit de fait sur la structure par exemple ». Une structure primordiale à écouter notre interlocuteur : « Sans Culture O Centre on aurait jamais pu mettre en place notre projet culturel sur la communauté de communes de Bléré par exemple. Ils nous ont beaucoup aidés et appuyés. La création en territoires ruraux n’est pas une chose facile à mettre en place, avec la disparition de l’agence, on va perdre un interlocuteur important dont c’était la compétence de nous accompagner dans ce domaine », conclue-t-il.

Un soutien loin d’être unique à voir les nombreuses réactions qui affluent depuis jeudi dernier. Une page de soutien à Culture O Centre a même été créée sur Facebook. Une page regroupant plus de 600 membres en quelques jours et dont les principales craintes exprimées se regroupent surtout sur le déséquilibre que cela engendrerait entre territoires ruraux, là où Culture O Centre intervient principalement, et territoires urbains.

Pourtant Culture O Centre n’a pas non plus que des soutiens. Dans ce genre de débat culturel souvent passionné, certains n’hésitent pas non plus, de façon virulente parfois, à pointer les manques de l’agence, comme son absence de visibilité sur certaines missions ou encore son coût de fonctionnement.

Malgré tout alors que beaucoup d’acteurs culturels avaient appelé à voter pour François Bonneau lors des élections régionales de décembre dernier, et alors que ce dernier avait eu des discours pro-culture assez forts, la suppression de Culture O Centre comme premier fait marquant du nouveau mandat, créé une véritable rupture avec les acteurs culturels. « Je vous annonce qu’il ne faudra plus prendre en compte ma voix lors des prochaines échéances » écrit ainsi l’un d’eux à François Bonneau…

crédit photo : Mathieu Giua (image d’archives)

 

Print Friendly, PDF & Email