Politique

François Hollande : le pouvoir de dire « non » !

Ce soir, la Vème République a connu un moment historique. Après 8 minutes d’allocution, le président de la République François Hollande annonce qu’il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle en mai prochain. Tous les regards se tournent désormais vers Manuel Valls.

Difficile quand on est observateur de la vie politique, de ne pas avoir été touché par la séance présidentielle ce soir. Dans un décor aux drapeaux français et européens, François Hollande s’exprime. Dans les grands médias nationaux c’est la surprise. TF1 et France 2 ouvrent leur journal de 20 heures en précisant à leurs téléspectateurs que le président va prendre la parole. Quelques minutes plus tard, ce coup de tonnerre pousse les journaux télévisés à bousculer leurs titres. Il en sera certainement de même dans les rédactions de la presse écrite ou en ligne.

Pour le député Jean-Patrick Gille, rentré chez lui quelques minutes avant la prise de parole du président : « C’est une curieuse soirée… Le geste courageux de François Hollande donne désormais la possibilité d’un débat de haut niveau dans la primaire ». Il y a quelques mois, Jean-Patrick Gille écrivait sur les réseaux sociaux :  « Si on veut que la primaire marche, il faut que François Hollande n’y aille pas ! ». Pour Laurent Baumel, député-frondeur, soutien d’Arnaud Montebourg : « Ce sera un duel de lignes politiques entre Arnaud et Manuel Valls. Ce sera pour le premier Ministre un portage politique… Entre les deux, il y aura des lignes idéologiques différentes qui vont intéresser l’électeur ». Une façon aussi de mettre la pression sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Pour Jean-Patrick Gille : « le retrait de François Hollande va rendre plus difficile la candidature de Mélenchon et de Macron… » 

Avec le retrait de François Hollande de la course présidentielle, la candidature de Manuel Valls ne fait plus aucun doute. La primaire PS s’annonce donc tendue avec un duel Arnaud Montebourg face au premier Ministre sortant. Les cartes sont donc rebattues. Aujourd’hui, hasard du calendrier, Jean-Patrick Gille, le député de Tours, s’affichait avec Pierre Larrouturou du côté du métro convention ce matin à Paris. Le leader de Nouvelle Donne veut participer à la primaire de la gauche et le député de Tours lui apporte sous soutien. Mais qui pour soutenir Manuel Valls en Touraine ? Mystère… On peut penser que les proches de Marisol Touraine puissent être tentés de soutenir le premier ministre. Mais en faisant le tour des socialistes tourangeaux, ils ne sont pas légions. Ceux qui auraient pu voir dans la candidature de M. Valls un salut au socialisme décomplexé sont aussi partis chez Emmanuel Macron. L’ancien ministre des finances du futur ex-président s’exprimait hier soir sur l’antenne de RTL sans triomphalisme, disant avec un ton grave que « la décision du président de la République est difficile et digne ».

Avant une primaire commencée aujourd’hui et qui sera vraisemblablement sous haute tension, c’est l’Elysée ce soir qui devait l’être. Car François Hollande a pris sa décision seul. Solitaire devant une caméra à l’éclairage mal réglé, le président a fait le bilan de son presque quinquennat pour se rassurer, mais aussi pour répondre bon gré mal gré aux 7,5 % d’intentions de votes en mai prochain.

Cette soirée est assurément triste. Triste pour la France et la fonction de président. Triste pour les institutions. Mais surtout triste pour un homme qui laissera comme traces un bref passage de cinq ans comme locataire de l’Elysée. Les millions de Français assis devant leur écran télé, ont peut-être eu ce sentiment de vivre les peines d’un autre. Johnny Hallyday, aimait rappeler sur des paroles de Michel Berger que « l’on a tous quelque-chose de Tennessee ! ». Ce soir, on avait tous quelque-chose de François…

Crédit photo :  François Hollande à Tours en septembre dernier – (c) Arnaud Roy

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