Politique

Face à face avec Serge Babary, maire de Tours

Maire de Tours depuis un an-et-demi maintenant, Serge Babary a accepté de répondre aux questions de la rédaction de 37°. Petit tour d’horizon de la politique municipale.

LES FINANCES

37° : Monsieur Babary cela fait 18 mois que vous avez été élu maire de Tours, vous attendiez-vous à ce que la tâche soit plus simple ? Je pense notamment aux difficultés budgétaires que vous avez maintes fois mentionnées.

Serge Babary : J’assume très bien ma fonction de maire, ce n’est pas une tâche insurmontable. La difficulté que l’on a c’est la découverte de la situation financière réelle de la ville qui est due à des circonstances extérieures : les baisses de dotations de l’Etat pour lesquelles il faut trouver 11 millions d’euros sur trois ans et le swap toxique.

37° : Est-ce que cela remet en cause une partie du programme du candidat que vous étiez ?

Serge Babary : il y a des projets que nous ne pouvons pas déployer tout de suite parce que nous n’avons pas la capacité d’autofinancement nécessaire et que nous voulons nous désendetter tout en maintenant les investissements dans le même temps. Il va falloir faire un nouvel effort l’an prochain. Nous avons mis en œuvre des économies dans les services et sur les produits avec la vente d’une partie du patrimoine par exemple, que l’on avait budgété à 3 millions d’euros et qui va finalement être au-delà.

Quand dans l’opposition j’ai en face de moi des personnes qui au niveau national prennent des décisions en faveur des baisses de dotation de l’Etat et qui une fois à Tours s’expriment en disant que nous ne faisons pas ce qu’on avait promis, que nous manquons de projets, cela me fait sourire. Je veux bien que ce qui est vrai à Paris ne l’est plus quand on est à Tours mais on ne peut pas baisser les dotations de l’Etat d’un côté et se plaindre à Tours que l’on soit obligé de baisser les subventions par exemple. Des projets j’en ai 10 000 mais le problème c’est de pouvoir les financer.

37° : Où en est la médiation du Swap toxique ?

Serge Babary : Nous sommes dans la dernière phase, je ne vais pas forcément attendre la fin de la médiation pour demander que la banque se détermine pour l’année 2016 parce que j’ai besoin de clarification sur le prochain budget. Les intérêts à payer en 2016 pour le SWAP sont en principe de 8,6 millions d’euros (ndlr : contre 6,9 en 2015). A la fin de ce SWAP on va arriver à 47% d’intérêts pour des placements qui ne s’appuient sur rien et qui n’ont pas eu de contrepartie en termes d’investissements. Aujourd’hui toutes les sommes (plus de 14 millions d’euros) sont consignées à la caisse des dépôts.

37° : 2016 c’est la dernière année de ce SWAP, la situation financière sera moins compliquée par la suite ?

Serge Babary : Il faut déjà passer cette dernière année. Après, un autre mur se profile devant nous puisqu’en 2023 arrive la fin du report des emprunts précédents, et permettez-moi de dire qu’à côté le Swap c’est de la rigolade.

37° : Vous avez récemment déclaré que Tours était une ville pauvre. Que vouliez-vous dire ?

Serge Babary : Rien de plus que ce que cela veut dire. Tours a sept quartiers prioritaires, 33% de logements sociaux, quand on me dit que Tours est une ville riche je dis que c’est faux. L’opposition a cherché à polémiquer dessus, mais c’est un constat ce n’est pas un jugement. Je veux favoriser et améliorer les conditions d’habitat des Tourangeaux y compris des plus modestes, je n’ai jamais voulu chasser les pauvres, c’est un faux procès d’intention que de dire cela. Simplement je constate que cette ville a plein de potentialités, mais que contrairement à ce qu’on en dit, elle a son lot de pauvreté et que cela influe sur la politique mise en œuvre.

ECONOMIE

37° : Parlons un peu d’économie, pendant votre campagne vous aviez déclaré vouloir faire revenir les entreprises à Tours. Qu’avez-vous entrepris dans ce sens et avez vous des résultats concrets depuis ?

Serge Babary : Même si l’économie est un domaine de Tour(s)Plus (ndlr : Serge Babary y est vice-président délégué au développement économique et au tourisme), nous avons tout réactivé autour de l’université, de la recherche et de l’innovation, notamment autour des pépinières d’entreprises avec des startups que l’on soutient. Il y a eu une quinzaine d’entreprises de créées avec au total 70 personnes qui y travaillent, c’est un beau succès.

Par ailleurs, nous avons travaillé sur le commerce et c’est une satisfaction de voir arriver des enseignes internationales qui choisissent Tours pour son potentiel de développement dans l’avenir. Je pense à Nespresso ou Hema qui vient d’installer chez nous son plus grand magasin en France.

Le tourisme est également un élément très fort du développement économique. Nous avons une grosse satisfaction de voir l’enseigne Hilton choisir Tours pour y installer deux hôtels alors qu’elle n’est installée en dehors de Paris que dans trois villes en France (Strasbourg, Evian, Versailles). Je n’oublie pas non plus le tourisme d’affaires pour lequel Tours est dans le top 10 en France en terme d’accueil. Les congrès vont se multiplier, on va installer un « convention bureau » (ndlr : une cellule chargée de la promotion des congrès et du tourisme d’affaires). A titre d’exemple, en 2016 le congrès des sapeurs pompiers se tiendra chez nous. Cela représente 20 000 nuitées. Nous accueillerons également les cinquièmes rencontres de la coopération franco-japonaise.

TOURISME

37° : Vous parlez de tourisme, mais nous avons parfois l’impression qu’il y a peu de relations entre Tours et le reste de la Touraine dans ce domaine…

Serge Babary : Vous avez raison, le principe géographique est que Tours est la porte d’entrée des châteaux de la Loire mais les connexions sont peu officialisées. Ce constat fait, la décision qui a été prise avec le président du Conseil Départemental, Jean-Yves Couteau, c’est un rapprochement entre l’ADT (Agence Départementale du Tourisme) et la SPL (Société Publique Locale) Tours Val de Loire Tourisme par le biais d’une fusion. Jusqu’à présent l’ADT s’occupait de la promotion et des contacts extérieurs tandis que la SPL n’avait quasiment qu’un rôle d’accueil des touristes. En regroupant les deux nous allons avoir un outil complet. Un cabinet travaille actuellement sur les avantages et les inconvénients et le projet sera mené dans les prochains mois.

Un autre axe de développement est le tourisme culturel auquel je crois beaucoup. Le CCCOD dès l’année prochaine devrait en être un exemple avec 100 000 visiteurs espérés par an. Nous avons également beaucoup de projets sur la Loire. Nous avons déjà commencé cette année avec de nouveaux sites d’attractivité comme Tours-Plage.

37° : Quel bilan faites-vous de Tours-Plage justement ?

Serge Babary : Malgré les contraintes administratives, j’ai voulu que cela se fasse dès cette saison. Du côté des tourangeaux c’est un succès, il y a eu beaucoup de monde. Et de l’autre côté les commerçants sont également très satisfaits, le bilan est donc très positif. Cela reviendra l’an prochain avec des améliorations.

RAYONNEMENT

37° : Vous avez créé un poste d’adjoint au rayonnement mais qui n’a pas de services propres, comment cela fonctionne concrètement ?

Serge Babary : C’est un travail transversal effectivement mais cela se justifie. Si on reprend l’exemple de la Loire que l’on souhaite se servir comme élément de rayonnement, le rôle de Christophe Bouchet c’est de réunir toutes les structures compétentes qui travaillent autour. Pour la Loire il y a une multiplicité d’acteurs parce qu’il y a le fleuve mais aussi les berges qui ne dépendent pas des mêmes services. Il faut aussi voir l’Unesco, le service des parcs et jardins, les services juridiques, l’architecte des bâtiments de France pour la partie à Tours Centre. Le rôle de Christophe Bouchet c’est de faire le lien entre tous pour porter un projet de rayonnement à l’extérieur.

37° : Vous parlez d’attractivité autour de la Loire, quels sont les autres projets pour le rayonnement de la ville ?

Serge Babary : Il y a les festivités pour le 1700e anniversaire de la naissance de Saint-Martin bien sûr. Nous pensons également à la francophonie. J’estime que Tours a une légitimité pour en parler. Nous souhaitons que dans le concert général de la francophonie, Tours soit reconnue comme le centre de ressources pédagogique de la francophonie dans le monde. On va avoir un certain nombre d’appuis de la part de diplomates pour nous soutenir dans notre démarche. Il ne faut pas louper le coche parce que la francophonie, avec la démographie en Afrique, va avoir un poids dans le monde d’ici quelques années.

La cité de la gastronomie est également un élément d’attractivité important.

37° : Où en est-on à ce sujet ?

Serge Babary : Il y a eu tout un travail de préparation assez lourd puisqu’il a fallu reprendre le projet précédent et le revisiter. Nous sommes actuellement dans la dernière ligne droite. Nous avons mis en route une nouvelle association, le programme est rédigé. Je reçois la semaine prochaine Monsieur Faure, chargé du tourisme auprès du ministre des affaires étrangères avec le président d’Atout France, l’organisme qui se charge de la promotion de la France à l’étranger, que j’avais déjà rencontré l’an dernier. On va leur montrer plusieurs lieux.

37° : Il y aura donc un lieu dédié à la cité de la gastronomie ?

Serge Babary : Oui même si nous ne savons pas encore lequel puisqu’il faut voir quels appuis nous aurons de la région, de l’Etat et des différents partenaires. L’intérêt de ce projet c’est d’aider la marque « Touraine Loire Valley » à être reconnue parmi celles qui seront retenues par Atout France pour la communication à l’international. Il y en aura une dizaine de sélectionnées au total et je pense que Tours a toute sa place.

CULTURE

37° : Parlons un peu de culture et plus précisément du dossier du Plessis-Théâtre. José-Manuel Cano Lopez a ouvertement demandé de nouvelles discussions à la mairie que lui répondez-vous ?

Serge Babary : J’ai déjà rencontré Monsieur Cano-Lopez a plusieurs reprises, il a tous les éléments en main. Le fait est que la ville ne peut pas, en raison de sa situation financière, maintenir ses subventions et continuer à l’héberger gratuitement dans ce château qui est en plus, en très mauvais état. Je rappelle aussi que la ville reste un de ses plus gros financeurs. Le problème dans ce dossier est que Monsieur Cano Lopez dit : « j’ai un projet, il faut tant de finances en face ». Moi je lui ai dit que l’on ne pouvait plus le financer, ni prendre en charge les travaux nécessaires. C’est à lui de s’adapter et je lui ai dit sur tous les tons. Je veux bien le revoir de nouveau, j’ai de bonnes relations avec lui, mais l’issue de la discussion ne pourra pas être de demander plus de moyens à la ville.

37° : La mairie est-elle prête à lui proposer un autre lieu d’accueil ?

Serge Babary : Mais Monsieur Cano-Lopez ne veut pas aller ailleurs. Pourtant il faut qu’il comprenne que nous faisons avec nos moyens. C’est le même problème avec le collectif Ohé du Bateau, ils ne peuvent pas demander tout et n’importe quoi à la ville, les subventions dépendent aussi d’aléas financiers et là en ce moment nous ne pouvons pas faire plus ou alors comment j’explique derrière aux Tourangeaux que je dois augmenter les impôts pour financer ces projets ? J’ai déjà dû les augmenter pour l’année 2015 et je ne l’ai pas fait de gaieté de cœur, je rappelle que je suis entré en politique il y a 25 ans contre la fiscalité, je suis un libéral convaincu, seulement je m’adapte aux contraintes de réalité. A eux d’en faire autant.

37° : Vous parlez d’Ohé du Bateau, vous avez certainement vu qu’ils comptent relancer une souscription pour envisager le rachat du lieu ?

Serge Babary : Je ne m’y oppose pas, cela fait des années qu’ils l’envisagent, qu’ils passent à l’acte. La ville de Tours n’a aujourd’hui pas les moyens de financer les travaux.

EDUCATION

37° : Au sujet de la réforme des rythmes scolaires, après une rentrée scolaire 2014 compliquée, comment s’est passée cette rentrée ?

Serge Babary : La rentrée cette année s’est bien passée. Il y a eu des ajustements d’horaires, un transfert de gestion de TAP à des associations et cela fonctionne plutôt bien. Il y a des écoles où 100% des enfants sont inscrits. Je rappelle également que cette réforme représente un coût énorme puisque l’Etat n’apporte que 450 000 euros (ndlr : 50 euros par enfant. 9000 enfants sont scolarisés en école maternelle et primaire à Tours) sur un montant total de 2,1 millions d’euros. Il reste donc 1,6 million d’euros à la charge de la commune.

37 ° : Quel regard avez-vous en tant que maire mais aussi en tant qu’ancien président de la CCI sur le dossier de l’Escem ?

Serge Babary : C’est un grand gâchis. Nous sommes arrivés au point que l’on craignait, à savoir que les chambres consulaires ne peuvent plus financièrement soutenir les écoles. C’est ce constat qui avait amené le projet France Business School (FBS), c’est-à-dire un rassemblement de cinq écoles (Brest, Clermont, Amiens, Tours-Poitiers, Orléans). C’était un bon projet même si tout le monde n’y a pas mis de la bonne volonté. Il fallait changer d’organisation, le projet FBS était une tentative de sauvetage qui n’a pas marché. Le problème actuel de l’Escem existerait avec ou sans la tentative FBS puisque les chambres consulaires n’ont plus d’argent pour financer les écoles.

LES REGIONALES

37° : Les investitures aux Régionales risquent de laisser des traces dans votre équipe municipale. Comment se sont déroulées les discussions autour du candidat de la ville de Tours ?

Serge Babary : Alors que je n’avais jamais évoqué l’idée d’être candidat aux élections régionales, les responsables politiques régionaux m’ont sollicité en me disant que cela serait bien que je sois sur la liste pour faire le contrepoids entre Tours et Orléans. Ces arguments s’entendent et méritent d’être pesés. Ma décision définitive était prévue mercredi dernier pour mon passage à TV Tours, j’ai donc décidé de réunir ma majorité le lundi précédent pour avoir leur avis. Cette réunion qui aurait dû être très simple a donné lieu à des réactions un peu brutales de certains qui ne comprenaient pas que je puisse être candidat. Or je n’étais pas candidat, je demandais simplement l’avis de mes élus parce que j’estimais que c’était naturel et je voulais être transparent.

Le jeudi matin, j’apprends qu’une délégation d’élus veut me voir. En face de moi il y avait une trentaine d’élus qui m’ont exprimé leur désaccord avec le fait que Thibault Coulon soit candidat. Le moment de tension du lundi qui s’ajoutait à d’autres moments de tensions précédents était pour eux celui de trop. Il y avait une feuille exprimant cette position avec 32 signatures.

37° : Du coup vous avez tranché en défaveur de Thibault Coulon ?

Serge Babary : J’ai simplement fait remonter ce fait aux décideurs politiques qui se réunissaient le dimanche. Je ne pouvais pas mettre cette lettre dans ma poche et faire comme si rien ne s’était passé. Si Thibault Coulon y allait, ces 32 personnes n’auraient pas fait campagne et n’auraient pas accompagné cette liste. C’est un geste fort tout de même. La situation est que nous sommes en face d’un élu qui n’a pas su réunir de la sympathie autour de lui, c’est comme ça. Maintenant la décision est prise par les instances politiques, pas par moi.

37° : Jacques Chevtchenko sera donc le candidat proposé par la ville de Tours ?

Serge Babary : Je le répète, la constitution d’une liste c’est des équilibres sensibles. La ville de Tours doit en effet être bien représentée à la région c’est pour cela que la place 4 lui est réservée. Au passage si j’y avais été on me donnait la seconde place sur la liste, cela n’aurait certainement pas plu à Patrick Cintrat. La proposition qui a été faite par les instances, vu que je ne voulais pas être candidat, est qu’elle revienne au premier adjoint. Mais à aucun moment j’ai proposé quelqu’un pour barrer la route d’un autre. Je n’ai pas manipulé qui que ce soit comme je l’ai entendu.

Si certains veulent faire carrière politique, et c’est tout à fait honorable, il faut réunir plusieurs dimensions : de la volonté, des compétences, mais aussi de l’empathie avec le milieu, il faut savoir gagner la confiance des autres. A un moment donné quand il y a un tel rejet sur une personne, c’est qu’il y a quand même un problème.

37° : Cela ne remet pas en cause la place d’adjoint de Thibault Coulon ?

Serge Babary : A aucun moment. Je reconnais un certain nombre de compétences à Thibault Coulon, je l’ai dit à plusieurs reprises publiquement.

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