Politique

En Touraine, les sénatoriales ont exacerbé les divisions politiques

Analyse du scrutin de ce dimanche qui a permis d’élire Serge Babary, Isabelle Raimond-Pavero et Pierre Louault pour la Haute Assemblée.

L’Indre-et-Loire a trois nouveaux sénateurs. Jusqu’à hier, le département était représenté par deux socialistes désormais Macron-compatibles et une communiste (Stéphanie Riocreux, Jean-Jacques Filleul et Marie-France Beaufils). Désormais, ce sont deux élus Les Républicains et un élu UDI qui débattront des lois au Palais du Luxembourg. Côté LR, on a rassemblé 27% des voix. Sont donc élus le maire de Tours et 1er vice-président de la métropole, Serge Babary, et la vice-présidente du Conseil Départemental Isabelle Raimond-Pavero. Par ailleurs, la tête de liste UDI Pierre Louault, vice-président du Conseil Départemental, maire de Chédigny et président des maires d’Indre-et-Loire obtient aussi un siège, les centristes ayant rassemblé 22% des suffrages.

La dernière fois que la droite tourangelle a tout raflé aux sénatoriales, c’était en 1982. La voilà donc toute puissante. C’était plausible, envisageable, mais pas certain car Martine Chaigneau et Christian Gatard, deux outsiders venus d’En Marche (l’une candidate officielle, l’autre dissident), auraient aussi pu se glisser dans le trio.

Qui pour remplacer les sénateurs dans leurs anciennes fonctions ?

Les sénatoriales ont beau être un scrutin mineur, en Touraine elles vont avoir de nombreuses conséquences. Serge Babary, Isabelle Raimond-Pavero et Pierre Louault vont notamment devoir quitter tous leurs mandats exécutifs actuels pour respecter la nouvelle loi qui interdit de cumuler les fonctions. Il va donc falloir remanier l’équipe des vice-présidents du département, trouver un nouveau patron aux maires tourangeaux, un nouvel édile à Chédigny, placer quelqu’un d’autre à la vice-présidence économique de Tours Métropole et, surtout, élire un nouvel occupant au bureau du maire de Tours. Des bouleversements politiques loin d’être anodins. C’est donc le top départ d’un grand jeu de chaises musicales qui risque bien d’entraîner quelques malaises…

A la mairie de Tours, les joutes ont déjà commencé avec trois candidats sérieux en lice pour succéder à Serge Babary : Xavier Dateu, Christophe Bouchet et Thibault Coulon. Une fois qu’on connaîtra le nom du nouveau patron de la 1ère ville d’Indre-et-Loire, il faudra aussi recomposer l’équipe des adjoints, le tout en essayant de maintenir la majorité en ordre de marche en vue des élections municipales de 2020 ou 2021. Et ça risque de ne pas être facile car les différents prétendants ont tous leur côté clivant. Ça promet donc des étincelles à l’Hôtel de Ville, au moins en coulisses.

Le centre fracturé.

Par ailleurs, si l’UDI37 s’en sort bien ce dimanche en plaçant Pierre Louault, ce dernier a surtout été élu grâce à son expérience, son aura auprès des élus tourangeaux. Il le reconnait lui-même, d’ailleurs. Et pour bien s’en rendre compte, on peut observer le score de Christine Fauquet, elle aussi centriste : avec 7,22%, elle termine 6ème. Pas si ridicule que ça : sa centaine de voix montre que le centre se cherche une identité… La conseillère régionale confirme d’ailleurs qu’elle quitte l’UDI, « une coquille vide ». Elle reste néanmoins membre des Centristes avec l’ancien ministre Hervé Morin, Maurice Leroy (député du Loir-et-Cher) ou encore Philippe Vigier (Eure-et-Loir). Pour Pierre Louault en revanche, la maire de Saint-Règle a surtout rassemblé ceux qui n’aiment pas Sophie Auconie, la députée du Lochois devenue récemment présidente de l’UDI en Touraine. Et la réconciliation ne semble pas du tout à l’ordre du jour. Cependant, « je constate qu’en additionnant les voix des listes UDI et Fauquet on fait plus que Les Républicains » analyse Pierre Louault avec fierté et un brin de taquinerie.

Du côté de La République En Marche, on a de quoi se mordre les doigts.

Avec 12,5%, la liste de Martine Chaigneau est 3ème. Pas suffisant pour avoir un élu. Mais si l’on ajoute les 10% de la liste menée par Christian Gatard, qui a soutenu le président Macron à la présidentielle, on arrive au score de Pierre Louault. Le jeune parti tout feu tout flamme qui a tout raflé aux présidentielles et aux législatives connait donc là une première défaite. A cause de l’inquiétude des collectivités locales et donc des grands électeurs vis à vis de la politique gouvernementale, mais aussi en raison de ses divisions en Touraine. En même temps, à force de réunir des membres de tous les horizons souvent attirés par l’espoir de se placer quelque part et de prendre du galon, cette issue paraissait plausible, voire presque inévitable.  LREM a maintenant 3-4 ans afin de se structurer pour de bon, faire émerger une ligne directrice et des têtes capables de fédérer les militants afin de faire bloc pour briguer de nouveaux mandats.

Des miettes pour la gauche.

Enfin, à gauche, ces sénatoriales ont scellé le sort du PS en Indre-et-Loire : avec environ 9% la liste de Laurent Baumel termine 5ème. Cela avait beau être prévisible, cela ne fait jamais bien plaisir… L’ancien député du chinonais était d’ailleurs amer ce dimanche soir, persuadé qu’il aurait été possible d’arracher un siège en faisant alliance avec les communistes qui ont fait 6,3%. « On verra quels combats mener dans les années qui viennent » commente sobrement Laurent Baumel.

Bref, avec ces sénatoriales, chacun a pu compter ses troupes. Certains en sortent grandis, d’autres moins. Quant aux failles entre partis ou entre personnes, elles se sont encore élargies. Le champ politique est aujourd’hui rempli de crevasses qui seront sans doute lentes à cicatriser.

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