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Emmanuel Macron en Touraine, épisode 3 : les à-côtés de la visite présidentielle

Quasiment 44 mois de mandat et trois visites en Indre-et-Loire : Emmanuel Macron est un président qui vient régulièrement dans notre département. Après l’avoir choisi pour parler du compagnonnage, d’éducation et de Renaissance, il l’a choisi pour son premier déplacement de 2021 ce mardi 5 janvier, également sa première sortie publique après avoir attrapé le coronavirus. Le chef de l’Etat s’est rendu à la CAF du Champ Girault pour parler aux familles monoparentales qui ont des difficultés à recevoir leurs pensions alimentaires. Il en a également profité pour rencontrer des élus locaux. Comme toujours, ces déplacements se font dans une certaine bulle avec des règles strictes, encore renforcées par la crise sanitaire. Ambiance…

Rues barrées, stationnement interdit… La visite présidentielle a paralysé une partie du centre-ville de Tours. Ce n’était pas la ville morte comme à Amboise au printemps 2019 lors des 500 ans de la Renaissance avec le président italien mais dès 8h les rues autour de la préfecture et du Champ Girault ont été interdites au stationnement ; dès la fin de matinée des dizaines de gendarmes et policiers procédaient à des contrôles d’identité ; dès 13h le secteur entre la gare et Velpeau a été complètement bouclé, uniquement rendu accessible aux forces de l’ordre et à la presse. Certains riverains pouvaient circuler au compte-goutte, quant aux curieux ils sont restés tenus à bonne distance, celle-ci augmentant à mesure que l’arrivée du chef de l’Etat approchait.

Pas question de laisser venir Emmanuel Macron sans lui savonner un peu la planche : c’était l’idée des Gilets Jaunes et de quelques syndicats qui ont organisé un rassemblement dès 11h Place Jean Jaurès. Petite manifestation : entre 100 et 150 personnes. Dans le cortège : des professionnels de santé, des aides à domicile qui réclament aussi les 183€ du Ségur de la santé accordés au personnel hospitalier ou encore des Gilets Jaunes ou des militants pour plus d’écologie et moins de violences policières.

Une délégation d’aides-soignantes de l’ADMR41 a fait le déplacement depuis Blois. Elles sont en grève depuis le 21 décembre pour réclamer des hausses de salaires et ont tout fait pour rencontrer le chef de l’Etat, jusqu’à parlementer avec les forces de l’ordre qui ont promis de faire le nécessaire pour tenter de décrocher un rendez-vous. Après 45 minutes de sur-place dans le froid au pied de la mairie, le cortège s’est élancé en direction de la gare pour se rapprocher du lieu de visite annoncé par l’Elysée. Il a été bloqué par un cordon de policiers au croisement du Boulevard Heurteloup et de la Place du Général Leclerc.

« C’est un barrage ferme, personne ne passe » lancent les policiers dès que quelqu’un demande à franchir le cordon. Une seule exception : pour une femme les bras chargés de paquets et devant faire une livraison dans un service du Conseil Départemental. Les autres étaient invités à rebrousser chemin jusqu’au Grand Passage. A moins de se décaler de 10m vers le nord… En effet, ironie du sort, le barrage bloquait seulement le boulevard côté sud. Piétons ou vélos pouvaient donc circuler sans problèmes sur le mail ou l’autre partie de la route.

Même si la manifestation n’est pas de grande ampleur, l’opération de communication est réussie : TF1, BFMTV, l’émission Quotidien de TMC ou la déclinaison française de la chaîne russe RT accompagnent les médias locaux pour rendre compte de la mobilisation. Une déléguée CGT de la sécurité sociale répète à plusieurs reprises qu’elle ne veut pas cautionner cette visite présidentielle qu’elle définit plutôt comme le déplacement d’un président en campagne pour sa réélection. Elle préfère parler du besoin de renforcement des services publics, les autres manifestants insistant sur le manque de moyens pour l’hôpital, les problèmes de délocalisations d’entreprises…

Vers 12h30, les derniers manifestants s’en vont, les policiers lèvent le barrage mais la zone reste calme. Les bus sont déviés, les contrôles se font plus pressants et à chaque intersection. Devant la CAF, le chien spécialiste en détection de substances illicites ou explosives inspecte les sacs des journalistes et leur matériel sono ou vidéo. Les médias sont ensuite isolés dans une salle de presse pour rédiger ou dans une zone de duplex s’ils veulent faire des directs sur leurs chaînes ou radios respectives. Les services de l’Elysée indiquent que depuis ces deux zones il n’y aura aucune chance de voir le président. Seul un petit groupe de journalistes pourra assister à la rencontre sans poser de questions : aucun échange n’a été prévu.

A l’extérieur, un petit groupe de journalistes attend l’arrivée de la voiture présidentielle. Les policiers gèrent l’intendance : coupent les rubalises qui barrent l’accès aux places de stationnement, évacuent les riverains, surveillent un homme sur son balcon. Dans les bâtiments du Champ Girault, des unités d’élite sont postées… au cas où. Quelques personnes, usagères de la CAF, font la queue devant l’entrée principale. Le président pénétrera lui dans les locaux par une porte sur le côté. Devant le bâtiment, un homme détaille une histoire confuse et explique qu’il doit absolument rencontrer le président. Il n’en sera rien.

Covid oblige, le déplacement se fait en petit comité. Les chaises sont espacées dans la salle pour la rencontre. Pas de comité d’accueil d’élus locaux comme c’est la coutume en pareil cas… Ils sont conviés plus tard à la préfecture pour une rencontre d’une petite heure. Les services de l’Elysée indiquent qu’Emmanuel Macron doit repartir au plus tard pour 17h soit à peine trois heures à Tours.

Finalement, le chef de l’Etat arrive avec 40 bonnes minutes de retard au Champ Girault, après un court échange avec le maire de Tours et le président de Tours Métropole sur le tarmac de l’aéroport. En descendant de voiture, il passe devant les journalistes restés dehors sans un mot et s’engouffre dans la CAF, un masque noir couvrant son nez et sa bouche. Ça dure 10 secondes. Quelques minutes plus tôt on a entendu des avions de chasse dans le ciel gris. A 50m, une grappe de Gilets Jaunes s’est mêlée aux curieux mais le président n’a pas pu s’en rendre compte.

Malgré son retard, Emmanuel Macron a passé le temps prévu à la CAF : une bonne heure et demi pour rencontrer son personnel, un groupe de parents célibataires (des mères et un père), une blogueuse maman solo, une avocate spécialisée dans l’aide aux familles et un représentant de l’association tourangelle Médiation et Parentalité. L’objectif de son déplacement était de faire la promotion d’un nouveau service généralisé depuis le 1er janvier et testé en Indre-et-Loire depuis le 1er octobre : en cas de difficultés pour le versement des pensions alimentaires, la CAF peut saisir l’argent sur le compte du parent qui ne paie pas pour le verser à qui de droit. Cela concerne des centaines de milliers de couples séparés dans le pays.

« J’ai découvert la gravité du sujet au moment de la crise des Gilets Jaunes et du Grand Débat car il y avait beaucoup de femmes sur les ronds-points. On a vu qu’il y avait beaucoup de mamans solos qui ne pouvaient pas vivre quoi que travaillant car elles n’arrivaient pas à toucher les pensions alimentaires. Ce ne sont pas des choses extérieures. La charge mentale est énorme et il ne faut pas rajouter une forme de culpabilité. C’est tellement dur ce que vous avez à vivre. L’objectif est de ne plus avoir cette pression, de sécuriser l’arrivée des paiements. Ce sont des investissements dans une nation plus juste. C’est un coût face à l’injustice » a déclaré Emmanuel Macron.

Le chef de l’Etat a pris le temps d’écouter des témoignages parfois longs, certains témoins finissant en larmes. Il a été question de pères violents, qui refusent de voir leurs enfants, d’une mère complètement absente, de difficultés avec la justice… Le dispositif de la CAF a été unanimement salué même s’il est jugé comme un premier pas et pas la solution complète aux difficultés des familles monoparentales. Quoi qu’il en soit, Emmanuel Macron n’a pas voulu parler d’autre chose depuis Tours, malgré des questions posées sur la campagne de vaccination anti-Covid dont la lenteur est critiquée de toutes parts.

Peu avant 16h30, le président a pris la direction de la préfecture pour une rencontre avec des élus tourangeaux. Dans le même temps, les rues restaient fermées et quadrillées par les forces de l’ordre… Même les riverains avaient du mal à accéder à leur domicile. Un No Man’s Land devenu habituel au fil des ans pour les visites du chef de l’Etat (quelqu’il soit)…

Photos : Pascal Montagne

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