Politique

Election Présidentielle : La lourde responsabilité des perdants

Désormais, le duel Macron-Le Pen est dans tous les esprits. Des esprits troublés aussi par les résultats et par les choix à faire dans dix jours. Des non-choix aussi pour certains qui ne souhaitent pas se prononcer entre l’un ou l’autre. Des irresponsabilités aussi quand d’autres appellent les Français et Tourangeaux à déjà sanctionner l’éventuel futur président. Mais la messe n’est pas encore dite… Entre votes blancs, abstentions et même certains élus de la République qui ne veulent se prononcer, on pourrait même s’y perdre…

Le premier enseignement que l’on peut tirer des résultats inédits de dimanche dernier est presque devenu une lapalissade. Les deux grands partis de gouvernements sont K.O, moribonds ou aux bords de l’explosion. La faute à qui ? Pour les élus revanchards mauvais perdants, la faute aux médias ou à la « médiacratie »… Trop facile. Pour d’autres plus raisonnés, la faute à des partis vieillissants qui n’intéressent plus, qui ne produisent plus d’idées et  qui ne renouvellent pas leurs cadres. Aujourd’hui, il y a comme une ambiance mortuaire où viennent mourir les vieux éléphants. Chez les socialistes d’abord où Benoit Hamon a été seul pour faire campagne. Les ténors, pour une fois, préférant bouder les caméras. Puis de l’autre côté, des ténors « Républicains » attendant quelque-chose, pris en otage par leur candidat qui est allé jusqu’au bout en fonçant dans le mur. Le pire, ce sont ceux qui disent aujourd’hui que François Fillon n’aurait pas du insister, aurait du ne pas y aller bien que nous avons pu les voir juste derrière le candidat, assis et applaudissant les propos virulents contre un candidat de 39 ans.

Certains souffleront sur les braises pour ne pas mourir

Emmanuel Macron a pris l’espace, un espace important sur l’échiquier politique. La place est désormais exigüe pour le Parti Socialiste coincé entre l’excellent résultat de la gauche insoumise de Jean-Luc Mélénchon et la gauche d’En Marche. Idem pour « Les Républicains » bloqués entre un Front National plus fort à chaque élection présidentielle et la droite d’En Marche. Alors est-ce la fin des dinosaures, est-ce l’extinction des deux grands partis de gouvernements ? Peut-être… Les Français semblent vouloir profondément modifier le paysage politique. Ils devront donc être cohérents demain. Dans cinquante jours, ils donneront (ou pas) une majorité au futur locataire de l’Elysée. Puis, certains souffleront sur les braises pour ne pas mourir, demandant aux électeurs crédules de réagir, de plonger la France dans la cohabitation pour contrer la nouvelle présidence. Quelles irresponsabilités d’assumer déjà pour certains le blocage des institutions pour mieux prendre leur revanche, à l’instar de comme Jean-Pierre Raffarin lundi sur RTL. Chez les socialistes, c’est la quadrature du cercle : Sauver des postes de députés pour éviter la débâcle comme en 1993 où à peine 60 députés constituaient le groupe socialiste à l’Assemblée Nationale. Et en même temps être tenté de se rapprocher des « marcheurs » tout en préparant les batailles du futur congrès à Poitiers à l’automne.

Si Emmanuel Macron est élu, il ne pourra avoir (certainement) qu’une majorité relative

L’hydre « Macron » a faim. Elle risque bien aussi de faire disparaître de l’eco-système politique, les partis « satellites » des deux grands absents du second tour de la présidentielle. Quid demain de l’UDI ? Un centre – droit qui a quitté quelques jours le candidat Fillon empêtré dans le « Penelope Gate » avant de revenir au bercail comme un simple supplétif obéissant. Quid des « Verts » ? Qui doivent avoir la gueule de bois après le score faible du candidat socialiste. Bien évidemment, tous espèrent réagir aux élections législatives. Il est un fait, si Emmanuel Macron est élu, il ne pourra avoir (certainement) qu’une majorité relative. Les travers de la Vème république auront alors de beaux jours devant eux.

Si le jeune président est acculé par un parlement qui veut lui faire payer son pari fou et bien il ne faudra pas s’étonner des mouvements et crispassions entre l’exécutif et le parlement. Des batailles d’influence qui feront oublier que le presque quadra président est aussi là pour changer la France.

Crédit photo : Pascal Montagne

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