Politique

Discorde budgétaire à l’Hôtel de Ville

Batailles de chiffres, accusation de budget « insincère », épargne nette faible, investissements maintenus pour les uns, en baisse pour les autres, etc… Le budget voté le 7 avril dernier dans les conditions que personne ne peut oublier, n’a pas fini de faire parler. L’opposition PS « Tours 2020 » menée par Jean-Patrick Gille ne décolère pas. Plus de deux semaines après la disparition de Jean Germain, ses héritiers ont laissé les souvenirs de celui qu’ils ont servi pendant près de vingt ans, pour attaquer le nouveau maire Serge Babary et son premier budget.

Difficile pour le quidam qui pourrait s’intéresser un tant soit peu au budget de sa commune de se faire une vraie idée sur la véracité des chiffres donnés à l’occasion du vote du budget, le 7 avril dernier. Même si la presse et les médias locaux ont fait œuvre de pédagogie pour expliquer les investissements et les dépenses de notre belle ville, il semble que droite et gauche ne s’y retrouvent pas.

Bien sûr on ne pourra pas reprocher à l’opposition socialiste, EELV, Modem et communiste de ne pas avoir siégé au moment où le matin même, Jean Germain mettait fin à ses jours. Il y a une décence et une compréhension qui doivent dépasser la froideur d’un ordre du jour ou l’intérêt général municipal. Une fois cette parenthèse fermée, certains auraient pu légitimement se poser la question de savoir si l’on ne pouvait pas repousser le conseil municipal ce jour-là. « C’était impossible pour des raisons juridiques » nous rappelle Jean-Patrick Gille, député de Tours et leader de l’opposition municipale. Le débat d’orientations budgétaires (le « DOB » dans le jargon municipal) avait eu lieu le 9 février. Le maire avait donc deux mois maximum pour que le budget définitif soit adopté, soit le 9 avril, dernière limite. Alors, nous direz-vous, entre le 7 et le 9 avril il y avait deux jours et il aurait pu être opportun de décaler au lendemain ou surlendemain le conseil municipal. Seulement voilà, réglementairement il faut un délai légal de 5 jours pour convoquer les conseillers municipaux. Une succession de circonstances malheureuses mais bien réelles qui n’ont pas laissé le choix à Serge Babary, marqué lui aussi par la disparition de l’ancien maire.

« On avait une gestion rigoureuse. En arrivant, ils se sont comportés comme des « cost killers » »

Aujourd’hui la vie politique reprend ses droits. « Le budget présenté par Serge Babary, c’était du bricolage. Il y avait une volonté de dissimulation avec l’utilisation de toutes les ficelles habituelles : emprunts, impôts, économies,… ». Cécile Jonathan, conseillère municipale PS siégeant à la commission des finances dénonce les « manœuvres » de la majorité UMP-UDI. « Serge Babary nous reproche un budget insincère ?! Mais l’exécution du budget en 2014, c’est eux ! ». C. Jonathan est en colère : « Oui, la baisse de la dotation globale de fonctionnement était prévue. Et donc nous n’avons rien dissimulé. Il n’y avait aucune insincérité dans notre dernier budget (NDLR : avant la défaite de J. Germain en mars 2014). Nous avons entendu parler d’héritage de notre gestion, mais il y a eu une mauvaise exécution budgétaire par la nouvelle équipe en place ». Pour Mme Jonathan, « si nous avions été présents ce jour-là au conseil municipal, j’aurais dit que l’on retrouve bien là une gestion « Royeriste » de la ville ».

Et voilà comment le temps d’un budget, on remonte le temps de la vie politique locale. Pour Jean-Patrick Gille, « il y a une absence de vision budgétaire et un manque de stratégie. On laisse filer les dépenses, on emprunte et on ajuste par l’impôt. Or dans l’audit de septembre dernier, c’est ce que dénonçait le cabinet Klopfer ! Pendant 19 ans, nous avons présenté des budgets sincères ». Et le leader de l’opposition d’ajouter : « On avait une gestion rigoureuse. En arrivant, ils se sont comportés comme des « cost killers » ». Jean-Patrick Gille assène : « Il y a eu une sorte de cavalerie sur l’investissement. Comment expliquer le chiffre de 28 millions d’investissements quand on dit qu’il n’y a que 100 000 euros d’épargne nette ? On ne s’explique pas tout dans les 7 millions d’augmentation des dépenses de fonctionnement de la ville, on se sait pas d’où ça vient ! ». Même si l’opposition reconnaît qu’il y a 3 millions sur les 7 liés aux frais de personnels, restent 4 millions à expliquer aux habitants.

Les socialistes mais aussi leurs partenaires dans l’opposition s’estiment mal informés

L’opposition municipale dénonce une « gestion au fil de l’eau  qui ne comprend ni maîtrise des dépenses de fonctionnement, ni plan stratégique d’investissements et encore moins de stratégie financière… », peut-on lire sur la déclaration que comptait faire JP. Gille ce 7 avril au conseil municipal. Les socialistes mais aussi leurs partenaires dans l’opposition s’estiment mal informés. JP. Gille souligne que les documents budgétaires ont été remis la veille de la commission du budget ce qui laissait seulement 24 heures pour « déchiffrer des centaines de pages et faire des amendements ou contre-propositions ». Pour le député, la majorité municipale reprend des pratiques usitées du temps de Jean Royer, qui avaient conduit d’après JP. Gille « à un fort endettement et à des augmentations d’impôts à répétition ».

De son côté le Modem dénonce « un manque de maîtrise et de vision ». Pour Pierre Commandeur, seul élu Modem au conseil municipal, « la hausse des dépenses de fonctionnement est la plus importante depuis 10 ans ». Pour lui le choix d’augmenter les impôts est « un choix politique non assumé ». Et de conclure que « cette manière de faire de la politique, en plus d’être dommageable pour le portefeuille des Tourangeaux, ne peut qu’éloigner ceux-ci de leurs représentants, les amenant vers l’abstention ou le choix des extrêmes ».

Une chose est sûre, le prochain Conseil municipal du 26 mai promet d’être tendu. Les déclarations à gauche irritent le maire de Tours ainsi que sa majorité. Peu de dossiers actuels font le consensus à droite et à gauche. Si, il y a peut-être un dossier qui rassemblera toutes et tous dans les prochaines semaines, celui de savoir quel boulevard, avenue ou rue portera le nom de l’ancien maire de Tours.

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