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Des transports gratuits dans l’agglo de Tours ? C’est le moment d’en débattre !

Grimper dans le tram ou le bus sans se préoccuper de chercher sa carte ou sa petite monnaie pour acheter un ticket… ça peut faire rêver. Evidemment ! Quand c’est gratuit, c’est toujours plus facile. Pas de question à se poser, on en profite, et puis c’est tout. En plus l’abonnement Fil Bleu a bien augmenté pour certains usagers pendant l’été 2019. Quand même, des transports urbains gratuits n’est-ce pas un peu trop osé, c’est-à-dire trop cher pour la collectivité ? Certains pensent que oui. Pas tout le monde. De plus en plus d’agglomérations optent pour des bus à 0€ (une trentaine en France) et plein de candidats tourangeaux comptent porter l’idée pendant la campagne des élections municipales jusqu’en mars 2020.

Qu’en pensez-vous ? Pour donner votre avis, la ville de Saint-Pierre-des-Corps organise un débat public mardi 12 novembre à 20h Salle de la Médaille, en présence du sénateur Guillaume Gontard, membre du groupe Communiste, Républicain, Citoyen et Ecologiste – plutôt favorable à de tels dispositifs après avoir travaillé sur ce thème dans le cadre d’une mission parlementaire… Interview.

Guillaume Gontard.
Guillaume Gontard.

Guillaume Gontard : Une des premières choses qu’on a voulue avec cette mission c’est de dépassionner le débat. 29 villes sont passées à la gratuite, on voulait donc aller voir comment ça se passait, et ça fonctionne ! Les réseaux de bus ont vu leur fréquentation augmenter. Un maire me disait : « Avant on fabriquait du CO2 avec de l’argent public, nos bus étaient quasiment vides. La gratuité a été un vrai levier pour que des gens qui ne prenaient pas les transports finissent par les utiliser. » A Dunkerque, on observe ainsi des changements d’habitudes, par exemple de la part de personnes qui ne se rendaient jamais au centre-ville parce qu’elles n’en avaient pas les moyens.

La hausse de la fréquentation c’est le seul argument pour dire que ça marche, la gratuité ?

Guillaume Gontard : Il y a plusieurs aspects… L’optimisation du service, des motivations sociales (comment on permet à des gens d’accéder à la mobilité malgré de faibles moyens) et un argument environnemental : est-ce que l’on diminue l’utilisation de la voiture individuelle, et donc la pollution ? Il y a aussi des questions plus larges que sont l’aménagement du territoire ou l’attractivité des centres-villes. C’est un ensemble. On peut dire qu’au niveau du levier – faire en sorte qu’on ait plus de gens à transporter – ça fonctionne. Reste à savoir si ces gens ont abandonné leur voiture, s’ils ne se déplaçaient pas du tout avant, ou alors à pied et à vélo… Pour l’instant on a très peu d’études. Hormis à Dunkerque où la gratuité a séduit une grosse proportion de gens qui utilisaient la voiture auparavant. Mais il faut dire que très peu de déplacements se faisaient autrement.

Ce qu’on entend pas mal comme critiques quand on évoque une gratuité des transports c’est : « De toute façon il faudra bien payer à un moment et nos impôts vont augmenter ! »

Guillaume Gontard : C’est vrai pour n’importe quel service. La gratuité des transports est un vrai choix politique. Est-ce que se déplacer est un vrai besoin universel comme l’éducation et la santé ? Et comment on le finance ? Actuellement le coût est généralement partagé entre les usagers, le versement transport des entreprises et des subventions. Donc si on enlève la part de l’usager, il faut compenser par de l’argent public. Si ce choix permet de transporter plus de gens, de moins utiliser la voiture et moins polluer la ville… C’est tout gagné !

Justement, qui dit augmentation du nombre de passagers dit potentiellement bus à rajouter car leur fréquence ne suffit plus. Ils sont bondés, il faut en mettre d’autres, et c’est un coût supplémentaire…

« La gratuité : vrai choix politique »

Guillaume Gontard : Il y a une vraie question de priorités. Prenons un exemple en Île-de-France avec la ligne 13 du métro parisien surbondée. Si on demande aux usagers s’ils veulent la gratuité, ils vont vite dire qu’ils préfèrent un moyen plus confortable pour se déplacer. Mettre en place la gratuité c’est bien mais il faut aussi ne pas engendrer une dégradation du service si l’offre ne suit pas la demande.

Aujourd’hui parmi la trentaine d’agglos qui ont mis en place cette gratuité, aucune n’est de grande taille comme Tours. Est-ce que ça marcherait dans une métropole où l’organisation est différente, notamment avec l’existence d’un tramway ?

Guillaume Gontard : C’est vrai que pour l’instant on n’a pas d’exemple de gratuité sur des réseaux plus complexes et denses. Souvent sur ces réseaux la part de la billetterie – ce que payent les usagers – est importante. Avec la gratuité la perte de ressources serait conséquente. Dans ce contexte, la réflexion ne se fait pas de la même manière.

« Ne pourrait-on pas envisager une sorte de « démobilité » ? Que les gens se déplacent moins mais qu’ils se déplacent mieux ? »

Rendre les transports gratuits, est-ce un enjeu local ou national ?

Guillaume Gontard : Ça doit se raisonner à l’échelle locale. Dunkerque ce n’est pas la même chose que Tours, que Grenoble… Chaque territoire a ses particularités. Et puis quand on parle gratuité, n’oublions pas les zones rurales. Il faut éviter une trop grande distorsion entre d’un côté des territoires périphériques qui n’ont pas ou peu de transports et de l’autre une grande ville où il y a déjà un réseau important qui va bénéficier, en prime, de la gratuité. En Moselle près de Nancy une commune avait un réseau de bus pour emmener les gens vers la métropole. Ça ne fonctionnait pas. Ils ont mis en place la gratuité, revu leur système, et ils sont maintenant à 400 000 personnes transportées.

La réflexion doit s’élargir au-delà des limites de la métropole. Cela implique de se pencher sur l’aménagement du territoire : quand on fait un centre commercial à l’extérieur, qu’on supprime des services publics en centre-ville ou dans les bourgs, on augmente les nécessités de déplacements. Ne pourrait-on pas réfléchir à une « démobilité », faire en sorte que les gens aient moins à se déplacer, ou alors des déplacements choisis et non des trajets subis de 2h dans des transports bondés ? C’est du long terme mais il faut le prendre en compte.

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