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Débattre devient un désir

Lundi 25 février, 3 réunions du Grand Débat étaient organisées en simultané à Tours : aux Halles, à l’école Jean de la Fontaine et dans la salle familiale des Fontaines. A trois semaines de la fin de l’opération initiée par Emmanuel Macron pour répondre à la crise des Gilets Jaunes, que peut-on en retenir ? Reportage et entretien avec le député LREM Philippe Chalumeau.

En entrant dans la salle familiale des Fontaines, on a eu quelques secondes d’hésitation : une douzaine de personnes bientôt rejointes par trois jeunes hommes… Pas foule pour cette réunion du Grand Débat. Mais depuis le 17 novembre plus que jamais, on a appris à ne pas trop se fier aux préjugés et que de bonnes surprises pouvaient émaner de toute assistance. Animée par la première adjointe de la ville Marion Nicolay-Cabanne et l’adjoint au maire en charge de Tours Sud Julien Alet, la réunion a duré 1h30, sous l’œil du député de la majorité Philippe Chalumeau, et du maire, passé prendre le pouls pendant une bonne demi-heure.

Le RIC ou l’ISF brandis haut et fort sur les banderoles le samedi ont été abordés, mais de manière relativement succincte. Les femmes et les hommes présents ce 25 février avaient bien d’autres priorités. On a commencé par parler transports en commun, du manque de bus le dimanche avant de dériver sur la nécessité d’un accès plus large à la culture : « les médiathèques devraient s’adapter comme un boulanger, par exemple ouvrir le dimanche après-midi ou le soir de 16h à 20h » propose une femme sous prétexte que « les musées sont bien ouverts le dimanche » Mais une autre participante la recadre : « si les services publics sont ouverts ça signifie que d’autres personnes vont devoir travailler le dimanche. Il faut que ce soit un choix car c’est traditionnellement un jour de repos. »

Des propositions pour le Sénat, un service civique obligatoire ou la fiscalité

Impliqués ou non dans la vie locale, les citoyens qui composent l’assistance sont d’âges et d’horizons divers. Clairement pas d’accord sur tout, mais globalement respectueux les uns des autres, offrant un panel d’opinions assez large et plutôt fructueux sur les horaires d’ouvertures des mairies, l’optimisation fiscale, le manque de revenus des retraités en situation de handicap ou l’utilité de poursuivre la construction de routes en 2019, dans un monde qui aurait peut-être tendance à vouloir se passer de la voiture. Des propositions émergent : « ne pourrait-on pas taxer les camions qui traversent la France sans s’arrêter ? », « ce serait peut-être intéressant de rendre obligatoire un service civique pour tous les jeunes ? », « il faut que les sénateurs soient élus par le peuple »…

En parallèle, beaucoup de ressentiments teintés d’incompréhensions, parfois dû à du manque d’informations. Mais aussi né d’un réel sentiment d’injustice :

« Sur l’écologie, il n’y a pas de vraies décisions. » « Je dois changer ma voiture cette année, je ne sais pas quoi faire. Aux Fontaines, il n’y a pas assez de prises pour des véhicules électriques. On nous laisse avec la culpabilité de rouler avec une voiture qui pollue. Ok il y a un problème, mais qu’est-ce qu’on nous propose ? »

Mais aussi :

« J’ai vu ce que l’on peut jeter dans les supermarchés : des quantités astronomiques alors que certaines personnes n’ont pas de quoi manger à leur faim. Parfois on jette à cause de mesures d’hygiène, ça fait mal au cœur. Comment on peut diminuer ce gâchis ? Il y a un manque de courage politique en matière d’alimentation » (alors qu’une loi sur l’alimentation vient justement d’entrer en application).

Ou encore :

« Lors des enquêtes publiques sur les grands projets, il n’y a pas de prise en compte de l’avis des citoyens. »

La question de la vie démocratique a également été abordée, assez longuement d’ailleurs. On a parlé de l’utilité des élections, de la reconnaissance du vote blanc, des avantages ou des dangers de référendums sur de grandes questions nationales. La discussion a glissé vers l’éventualité d’organiser plutôt des consultations locales, en s’inspirant du modèle des votations suisses. Mais comment faire en sorte qu’un grand nombre de personnes participe à la campagne quand une réunion publique pourtant bien relayée par les médias et les institutions peine à rassembler ? « Les gens qui ne votent pas ne sont pas là ce soir » note une femme. Constat implacable. « Comment amener l’information aux habitants » s’interroge le groupe avant de quitter la salle, laissant la question en suspens.

A la sortie, le député LREM de Tours fait une analyse de la situation :

« Il y a eu plus d’un million de contributions, 10 000 réunions, c’est un grand succès. Ce qui est important c’est d’écouter les gens. J’en retiens un fil rouge : la question institutionnelle. Il y a une crise de la représentativité, c’est absolument indéniable. Aujourd’hui les gens veulent être acteurs de la vie publique, ce qui est normal. Donc on a besoin de respirations démocratiques qui n’existent plus… pas toujours… qui commencent à être un peu organisées mais qui sont mal vécues. Les gens ont l’impression de ne pas participer. C’est pour ça que la revendication majeure c’est le Référendum d’Initiative Citoyenne. Notre société doit réinventer la représentativité. »

Créer un nouveau genre d’assemblée locale ?

Une requête a été prononcée à plusieurs reprises : le manque d’action rapide de l’État, son incapacité à réagir aux évolutions du monde. Philippe Chalumeau tempère : « il faut se méfier des réponses simplistes et ne pas vouloir être trop rapide. » Pour ne pas décevoir, l’élu souligne l’importance d’une synthèse « de grande qualité qui fera ressortir l’état de réflexion du pays. Tout le monde ne sera pas d’accord c’est sûr mais il faut que l’on arrive à trouver des solutions acceptables à proposer aux citoyennes et aux citoyens. On va essayer de contenter le maximum. Il y a plein de bonnes idées. Ce soir j’ai au moins retenu quatre. »

De là à rendre ce Grand Débat permanent, ou du moins plus fréquent ? Philippe Chalumeau fait aussi une contribution au pot commun : « il faut sans doute réinventer une instance autour des parlementaires, des associations ou de citoyens tirés au sort… Peut-être une assemblée locale qui peut agréer des propositions à faire remonter. Ce serait une manière d’installer de façon pérenne ce que l’on vit depuis un mois. Si on y arrive, on aura avancé. C’est l’enjeu. »

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