PolitiqueA la uneInterviews

Collèges, masques, tests, tourisme : le coronavirus bouscule l’organisation du Conseil Départemental

 

Depuis le début du confinement, l’économie est en panne sèche, à l’exception des activités considérées comme essentielles. Le schéma est inversé pour les services publics et les collectivités territoriales, très sollicités mais qui ont dû ralentir leur cadence de travail en raison des conséquences de l’épidémie de Covid-19. Comment s’organise le quotidien ? Quel plan pour la sortie de crise ? 37° fait le point avec le président (LR) du Conseil Départemental d’Indre-et-Loire Jean-Gérard Paumier. 

Au quotidien :

« Sur 2 500 agents nous avons environ 1 000 personnes en télétravail avec des roulements à la semaine ou sur 15 jours. 200 autres ordinateurs arriveront la semaine prochaine. Nous n’avons arrêté aucune mission avec, si nécessaire, l’organisation de rendez-vous après contact téléphonique. Les prestations sociales sont maintenues même si elles arrivent à échéance » explique Jean-Gérard Paumier. Une dizaine de Maisons de la Solidarité sont par exemple ouvertes au public sur rendez-vous 1 à 2 demi-journées par semaines. L’accueil téléphonique est assuré pour la Maison Départementales des Personnes Handicapées, la protection de l’enfance poursuit ses missions, les mineurs étrangers non accompagnés qui arrivent sont mis à l’abri.

« Certains agents volontaires ont également été appelés en renfort pour la cuisine voire le ménage dans des EHPAD de Tours, Chambray-lès-Tours ou Vernou-sur-Brenne » ajoute l’élu. « Tout le monde participe à sa façon à l’animation de la vie départementale comme le service des archives qui a créé une application pour permettre aux gens de renseigner les cartes de combattants de la seconde guerre mondiale. Nous avons déjà dépassé le cap des 500 000 visiteurs ! »

Pour gérer au quotidien, « nous organisons des réunions en audioconférence tous les matins avec le comité de direction. J’appelle chaque jour 5 à 6 collègues élus par roulement, je transmets un point du jour chaque soir aux élus, parlementaires et représentants du personnel. Il est également accessible sur l’intranet pour tous les agents du Conseil Départemental » indique le président. L’assemblée départementale prévue en avril a été annulée, celle du 15 mai est reportée au 29 mai avec seulement 19 élus présents sur 38 pour respecter la distanciation sociale. Une autre session devrait réunir tout le monde en juin : « Je préfère cette solution à la visioconférence car je ressens un besoin de se revoir et de parler en direct. L’audio et la vidéo ce n’est pas pareil » justifie Jean-Gérard Paumier.

Covid et protections :

Selon son président, le Conseil Départemental d’Indre-et-Loire a été peu touché par le coronavirus, hormis une Maison de la Solidarité de Tours. « Les personnels ont été confinés et tout le monde s’en est sorti » assure-t-il.

Concernant les masques « nous avons plusieurs semaines d’avance » affirme Jean-Gérard Paumier. En considérant que chaque membre du personnel utilise un masque toutes les 4h, le Département aurait besoin de 5 000 unités par jour mais « dans les bureaux où les agents sont seuls ça ne s’impose pas. » Des masques en tissu seront tout de même fournis à tout le monde pour les trajets entre leur domicile et le lieu de travail. Jusqu’au 11 mai ses services distribuent gracieusement des cartons aux EHPAD, aux résidences séniors ou aux aides à domicile. « J’ai également pris eu des contacts avec des dentistes ou des podologues pour voir comment on peut aider à la reprise. » L’élu assure que sa filière d’approvisionnement est « sûre » et propose de centraliser des commandes pour la période de déconfinement, « mais ce ne sera plus gracieux ».

Les tests :

« Je me bagarre depuis le début pour qu’on fasse plus de tests » s’agace Jean-Gérard Paumier. Le Laboratoire de Touraine de Parçay-Meslay spécialisé dans les analyses vétérinaires a obtenu l’autorisation d’en pratiquer « mais dans la réalité c’est encore très insuffisant. La doctrine c’est de tester les résidents et personnels d’EHPAD dès l’apparition d’un premier cas. Je pense qu’il faut aller au-delà et tester tous les EHPAD d’ici fin mai, Covid ou pas. C’est une sécurité que l’on doit au personnel car ils sont en première ligne. »

Le Département a également précommandé des tests sanguins, capables de déterminer si on a été en contact avec le virus et si on a développé des anticorps. « On en a commandé 27 000 dont 6 000 pour nous et d’autres pour des communes et communautés de communes. Mais tant qu’ils ne sont pas homologués on ne peut pas valider l’achat » déplore également le président. Ces tests serviront en priorité au personnel.

Les collèges :

Jean-Gérard Paumier se dit « préoccupé » par la perspective d’une reprise des cours à partir du 11 mai. « Le ministre Jean-Michel Blanquer est très flou » ajoute-t-il. Le président du Conseil Départemental prévoit néanmoins plusieurs mesures pour les établissements et leur personnel sous sa direction : livraison de masques et gel hydroalcoolique, mais aussi augmentation du nombre de services de cantine pour respecter la distanciation sociale au moment des repas. « J’ai dit à la rectrice qu’il fallait recruter plus de surveillants » précise l’élu qui suggère également que ce soient les profs qui changent de classe à chaque cours, et non plus les élèves comme c’est plutôt la coutume aujourd’hui. « Il va peut-être falloir modifier certaines pratiques » souligne-t-il.

Par ailleurs, le Conseil Départemental a donné plusieurs dizaines d’ordinateurs à des collèges dont les élèves n’étaient pas équipés afin de suivre les cours à distance.

Protection de l’enfance :

Pour soulager les assistants familiaux qui accueillent des enfants dans leur foyer 24h/24, 7 jours sur 7 en raison du confinement, le Département a proposé un accueil temporaire en centre de loisirs pendant les vacances scolaires.

Grands événements et tourisme :

Les Kampagn’Arts, Terres du Son, le festival de hazz de Montlouis-sur-Loire… Les événements culturels et sportifs sont annulés à la pelle pour 2020. Le Département maintient ses subventions et propose une aide supplémentaire pour compenser l’absence des recettes de billetterie. « Si on ne soutient pas ces événements, la perte sera irréparable et irrémédiable » indique Jean-Gérard Paumier. « Dès que le déconfinement sera derrière nous on rencontrera les organisateurs pour voir ce que l’on peut faire » précise-t-il. Cela vaut aussi pour l’entreprise qui exploite le plan d’eau d’Hommes en délégation de service publics.

Quant au tourisme, « c’est un des points qui m’inquiète le plus » s’alarme l’élu. « L’Etat doit donner la main aux préfets. Ce n’est pas à lui de fixer les règles pour tout le monde alors qu’ici la préfète sait quelle peut être la règle au Clos Lucé, à Chenonceau ou à la Forteresse de Chinon. Si nous ne rouvrons pas nos monuments, beaucoup d’entreprises vont mourir. » Le Département prépare d’ores et déjà une stratégie de communication pour inciter les Français des régions limitrophes à passer leur été en Touraine, en insistant par exemple sur ses grands espaces : « Au Grand-Pressigny on peut tout à fait passer une journée au musée et dans la nature en respectant les gestes barrières. Mais il faut qu’il y ait un bistrot ou un restaurant ouvert à côté pour boire et manger. C’est indispensable de leur permettre de rouvrir. »

Le coût de la crise :

Les mesures d’accompagnement pour la culture, le sport ou le tourisme ; l’achat de masques ; l’augmentation du nombre de bénéficiaires des prestations sociales en cas de hausse du chômage… Autant de dépenses nouvelles pour le Conseil Départemental. Et moins de recettes. « On va perdre au bas mot 30 millions d’€. En fin d’année on pourrait avoir un problème de l’ordre de 10 millions même s’il est trop tôt pour être affirmatif » expose Jean-Gérard Paumier.

Un point complet sur les dépenses liées au Covid sera prêt d’ici quelques semaines. Face au surcoût annoncé, le président départemental envisage de « lisser » certains investissements (les reporter) sans pour autant y renoncer car, par exemple, « les 11 millions d’€ d’aides aux communes déclenchent 40 millions d’€ de travaux qui font travailler les entreprises locales. » L’élu en appelle tout de même à l’Etat pour reporter la réforme de la taxe foncière qui doit priver la collectivité de recettes fiscales. Il espère aussi que certaines dépenses comme l’achat de masques seront comptées comme de l’investissement et pas du fonctionnement. La différence est de taille car le Conseil Départemental a le droit d’emprunter pour investir, mais pas pour organiser son fonctionnement.

Print Friendly, PDF & Email