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Ces jeunes lycéens tourangeaux qui s’engagent pour l’Europe

Le dimanche 26 mai direction l’isoloir pour les élections européennes, un scrutin qui captive peu l’électorat (45,7% de participation en Indre-et-Loire en 2014). Pour que ça change, des ados s’engagent via le Parlement Européen des Jeunes. Rencontre au lycée Ste-Ursule de Tours. 

Un mardi après-midi après les cours… La cour et les salles de classe se vident. Dans les étages, Philomène, Emma, Kevin, Marie, Eléa, Gabriel et Léa font des heures supp’. Toutes et tous s’impliquent dans l’organisation d’une session du Parlement Européen des Jeunes programmée cette fin de semaine, plus précisément du 26 au 28 avril dans les lycées Vaucanson et Ste-Ursule de Tours et au lycée Jean Monnet de Joué-lès-Tours. Leur mission pour cette première du genre dans le Centre-Ouest du pays : réunir une centaine de débatteurs d’Indre-et-Loire, de France voire d’autres pays européens. « Nous voulons réfléchir à l’avenir de l’Europe et de la citoyenneté » explique Philomène, 17 ans, l’une des élèves les plus impliquées dans le projet.

Au cours du week-end, les jeunes se mélangeront en commissions et échangent autour de thèmes prédéfinis avant de soumettre une liste de propositions concrètes aux élus du Parlement européen de Strasbourg. « Ça n’a pas beaucoup d’influence mais c’est à titre d’indication, peut-être pour orienter des directives, en tout cas pour montrer que les jeunes sont mobilisés » explique Kevin qui espère avoir au moins l’attention des élus locaux entre le vendredi et le dimanche. Une jeunesse qui prend en main les questions politiques, voilà un bel enjeu de 2019 : on l’a entendue lors du mouvement #MeToo pour défendre l’égalité entre les femmes et les hommes, ces derniers temps elle fait du bruit en faveur de la lutte pour le climat, serait-elle prête à s’impliquer dans les enjeux européens ?

« On parle beaucoup de l’Europe maintenant, c’est devenu important. Et une initiative comme celle-ci aide à plus s’ouvrir sur le monde »

Léa

« On est citoyens français et européens »

Dans le groupe composé d’élèves de 1ère et Terminale, seule Emma aura l’âge de voter le 26 mai. « Nous avons plein d’idées donc quand on n’est pas encore majeur le Parlement Européen des Jeunes permet de se faire entendre des adultes dans un monde où la politique se fait essentiellement avec des gens d’un certain âge » justifie Kevin.

Le jeune homme assume son côté europhile quand on lui parle du Brexit, le divorce entre le Royaume-Uni et l’UE : « l’Union Européenne c’est un havre de paix, je ne comprends pas qu’on puisse chercher à en sortir. » Emma va dans son sens (« on est citoyens français et européens »), Philomène, qui se verrait bien travailler dans les relations internationales ou la diplomatie va dans le même sens :

« Il y a des inconvénients mais il faut préserver cet espace qui est par ailleurs un marché financier important. L’Europe fait partie de notre avenir »

Suivant l’actualité avec plus ou moins d’attention (un peu à la télé, beaucoup sur Internet via les réseaux sociaux), les élèves de Ste-Ursule sont critiques quant au traitement des questions politiques et européennes : « souvent on nous parle d’Europe dans les grandes lignes, on passe beaucoup par des raccourcis, y compris en cours » résume Emma. « L’accès à l’information est compliqué, il faut beaucoup chercher. » « La moitié des gens ne savent pas pourquoi il faut aller voter le 26 mai » complète sa camarade Léa. De quoi faire courir le risque d’un débat centré sur des enjeux nationaux, au lieu de s’ouvrir vers les enjeux qui impliquent l’ensemble des pays membres.

« C’est avant tout par la coopération que l’on pourra régler des choses. »

Même ces ados motivés par leur projet se laissent un peu prendre au piège… Quand on leur demande de nous trouver des avantages à l’Union ce qui est cité en priorité ce ne sont pas les aides agricoles, les soutiens aux projets publics ou l’édification de normes continentales mais la possibilité de circuler facilement d’un pays à un autre. C’est donc tout l’enjeu : élargir les horizons par l’information, la discussion. « On doit mener le débat pour que l’Europe ait les moyens d’apporter des solutions » estime Philomène, évoquant les questions climatiques ou d’immigration.

« C’est avant tout par la coopération que l’on pourra régler des choses. Il faut que ces élections polarisent le rôle de l’Europe. »

Selon Kevin, « notre génération doit trouver les ressources nécessaires pour lutter contre les grands problèmes de société comme le réchauffement climatique. » « Je ne sais pas si on en a les moyens, mais il va falloir le faire » enchaîne Marie.

Et même si « les gens commencent à prendre conscience de la gravité de la situation » selon Eléa, ce n’est pas toujours simple de convaincre, jusque dans les couloirs de Ste-Ursule : « quand j’ai présenté le projet du Parlement Européen des Jeunes dans les classes, beaucoup n’écoutaient qu’à moitié… »

Les jeunes tourangelles et tourangeaux de Ste-Ursule tâchent donc d’aborder des sujets capables de fédérer un maximum de monde. Par exemple, une définition européenne des produits de première nécessité afin d’en réduire les taxes. Derrière cette idée, le sentiment d’une inégalité française par rapport à d’autres pays : les 20% de TVA sur les produits d’hygiène féminine. Pour Emma, « les tampons et les serviettes ce sont des produits de première nécessité, et on pourrait peut-être avoir un débat là-dessus. »


Un degré en plus :

Cet article a initialement été publié dans le N°2 du magazine papier connecté de 37°, gratuit, et disponible actuellement un peu partout en Indre-et-Loire.

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