Politique

Bruno Le Maire à Tours : un outsider de la primaire à droite, décomplexé…

Près de 500 personnes ont assisté au meeting de Bruno Le Maire, vendredi dernier à l’Hôtel de Ville de Tours. Parmi elles, le maire de Tours, Serge Babary, soutien de l’ancien énarque mais aussi les élus « qui comptent » chez les « Républicains » d’Indre-et-Loire. Discours rodé et air décontracté, « BLM » a un projet ambitieux quitte à choquer… Décryptage.

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« La Primaire, c’est Le Maire » peut-on lire sur les tee-shirts portés par les jeunes « Républicains » qui soutiennent l’ancien ministre de l’Agriculture. Couleurs flashy, disposition d’une salle comme une arène, Kakemono dans tous les coins, Bruno Le Maire veut incarner le renouveau. Pour lui, renouveler « c’est appliquer le projet pour lequel on a été élu ». Ce slogan résonne comme une promesse de campagne adressée tout d’abord à des électeurs de droite qui dans, à peine deux mois, iront aux urnes pour les primaires de la droite et du centre.

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Son look de jeune premier issu des beaux quartiers de Paris est une force mais aussi une faiblesse

Le quadra, ancien haut fonctionnaire, doit séduire. Son look de jeune premier issu des beaux quartiers de Paris est une force mais aussi une faiblesse. Pourtant il fait partie du sérail politique. Alors « BLM » aux mocassins Berlutti aux pieds est-il vraiment ce renouveau à droite qu’il entend incarner ? Peut-il coiffer au finish les deux leaders incontestés de cette primaire ?

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C’est dans une musique et un accueil digne d’un meeting de campagne présidentielle qu’il pénètre dans la salle de l’Hôtel de Ville, caméras de télévision collées au visage de celui qui est pour l’instant 4ème dans les intentions de vote les 20 et 27 novembre prochains. L’équipe de campagne de Bruno Le Maire est sur les dents. Les journalistes, caméramen et preneurs de son de la nouvelle émission de Yann Barthès « Quotidien » sont présents. Quelques minutes avant, les médias ont eu du mal à pénétrer dans la salle.

« Tu es ici chez toi Bruno et tu vois ici l’union à un sens. !… » (Frédéric Augis)

« Quel accueil Bruno ! » scande Serge Babary qui est le premier à prendre la parole micro à la main. Puis c’est au tour de Frédéric Augis, patron des « Républicains » d’Indre-et-Loire d’accueillir chaleureusement l’invité de la Touraine : « Tu es ici chez toi Bruno et tu vois ici l’union à un sens. !… ». Une dialectique qui sonne comme une incantation à éviter les divisions pendant cette primaire. Légitimiste, le maire de Joué-lès-Tours rappelle, afin que tout le monde comprenne, « qu’il n’y a un taulier ici c’est Philippe Briand ! … ». Bruno Le Maire écoute impassible, lui et Philippe Briand se connaissent bien. Frédéric Augis tend alors le micro au maire de St-Cyr-sur-Loire et président de Tour(s) Plus…

Le meeting suit son cours. Philippe Briand, en chauffeur de salle, prépare le terrain pour « BLM ». Le dimanche d’avant, le Journal du Dimanche a publié un sondage sur les musulmans de France. 25 % d’entre-eux diraient ne pas vouloir respecter les lois de la République au détriment de la Charia. Il n’en fallait pas moins pour que les élus s’offusquent et réagissent : « Ici on vit selon nos traditions, soit vous la bouclez sinon vous retournez d’où vous venez !… » martèle Ph. Briand. La salle applaudit.

« Voulez-vous d’une France dirigée par une seule promotion de l’ENA, la promotion Voltaire ?! » (Bruno Le Maire)

Bruno Le Maire se lève. Debout au milieu de la salle, les pieds sur un cercle bleu comme un boxeur sur un ring, « BLM » va pendant une heure déployer son projet à une salle attentive. Conscient de son retard sur Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, il déclare : « David peut gagner contre deux Goliath !… ». Et David-BLM de poursuivre avec un constat entendu maintes fois : « Nous les politiques, on ne nous croit plus ! Il faut changer la classe politique ! Fini le cumul des mandats, il faut réduire à 400 le nombre de députés, obliger les Haut-Fonctionnaires à démissionner, etc… ».

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Quelques minutes plus tôt, ce désaveu pour la classe politique fut illustré en direct, quand en plein milieu de la salle un jeune individu a surgit pour dénoncer la loi « Travail ». La voix tremblante, les yeux rivés sur le creux de sa main gauche comme pour lire un texte improvisé, le garçon fut ramené manu militari à l’extérieur de l’Hôtel de Ville par le policier en charge de la protection de Bruno Le Maire et de la sécurité de la mairie. Et quand on interroge ce jeune étudiant de 18 ans en sociologie à l’université de Tours sur son initiative, il répond : « elle est purement personnelle. Les politiciens de droite et de gauche ne tiennent jamais leurs promesses. La loi « Travail » n’est pas acceptable. Il n’y a plus le côté humain dans la politique. Je vote à gauche mais j’ai l’impression que l’on est plus en démocratie ». Et de terminer encore tout tremblant, « je ferai la même chose avec un politicien de gauche ».

Bruno Le Maire de son côté poursuit dans une salle survoltée. « Voulez-vous d’une France dirigée par une seule promotion de l’ENA, la promotion Voltaire ?! » lâche l’ancien énarque de la promotion Valmy (96-98). S’ensuit alors la promesse, s’il est élu Président de la République, d’une consultation par référendum « le 18 juin 2016 pour que vous puissiez vous exprimer sur la classe politique française ! » lance-t-il à l’auditoire. Sans savoir quelle question sera posée aux Français, BLM revient sur son contrat présidentiel, « un long travail de 4 ans qui porte une réponse politique, avec mon idée de référendum, à la défiance des Français pour sa classe politique ». L’élève studieux des « Républicains » séduit par son discours et son travail. Mais il se défend quand on lui parle des 1 000 pages de son contrat : « Mon contrat n’est pas un catalogue de la Redoute ! … ». Pourtant il y a le choix dans ce document : sécurité, identité, fiscalité, santé, économie, justice avec au cœur du projet douze chantiers prioritaires pour celui qui veut succéder à François Hollande dans quelques mois.

« On ne doit plus être résigné à faire vivre des millions de gens avec des aides sociales »

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« Pour moi, le point de départ de mon projet, c’est la justice… ». « BLM » joue sur les frustrations d’un électorat qui veut plus de sécurité et plus de réponses sur une petite et moyenne délinquance. Mais la « justice » selon l’ancien ministre, c’est « aussi la justice sociale, la justice fiscale, la justice régalienne, … ». Si l’on ne peut accuser Bruno Le Maire d’être pris la main dans le sac d’une forme de poujadisme, les mots sont chics mais aussi chocs. Le public exulte. Et quand il s’agit de taper sur le corps des fonctionnaires et des régimes spéciaux, les applaudissements sont nourris. Le candidat donne ce soir-là en pâture tous les thèmes qui font mouche auprès de militants et sympathisants dont beaucoup sont nés au lendemain d’une deuxième guerre mondiale ou pendant les trente glorieuses. Et quand il s’agit de taper sur les « assistés », il enfonce le clou : « On ne doit plus être résigné à faire vivre des millions de gens avec des aides sociales. On doit être prêts à embaucher quelqu’un en dessous du SMIC et qu’il continue à percevoir des aides… ».

Point d’orgue d’un programme ancré bien à droite, les syndicats et l’Education Nationale. « On doit faire passer la représentation salariale de 50 à 250 salariés comme le préconise Bruxelles ! ». Longtemps critique sur les positions de Bruxelles en matière agricole, B. Le Maire sait quand il faut aller chercher du côté de l’Europe pour porter son projet. Enfin il termine son propos sur l’Education. « L’Education Nationale ? Des cataplasmes sur une jambe de bois ! … Au CP, pas question de la langue arabe (Le public hue… ) mais oui ! seulement de la langue française ! ».

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Dans deux mois, le peuple de droite et du centre devra choisir son candidat à la présidentielle. Candidat qui pourrait être selon toutes vraisemblances le futur Président de la République. En attendant, les projets et les discours se crispent, stigmatisent et sont pour certains, d’une rare violence rencontrée plus de 8 mois avant une élection présidentielle. Pour Bruno Le Maire, une ambition, celle d’être entendu par les électeurs dans la surenchère et le capharnaüm annoncé pendant cette primaire. Le guindé « BLM » a fait un choix, celui de se mouiller… Mais jusqu’où ? A suivre.

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